[CRITIQUE/RESSORTIE] : As tears go by - Ainsi vont les larmes

[CRITIQUE/RESSORTIE] : As tears go by - Ainsi vont les larmes

Réalisateur : Wong Kar-Wai
Acteurs : Andy Lau, Maggie Cheung, Jacky Cheung, Alex Man, Ronald Wang,...
Distributeur : The Jokers / Les Bookmakers
Budget : -
Genre : Drame, Romance.
Nationalité : Hong-Kongais.
Durée : 1h42min.
Date de sortie : 14 mai 1989
Date de ressortie : 29 juin 2022
Synopsis :
Petit gangster de Hong-Kong, Wah se partage entre son boulot habituel, le recouvrement de dettes, et la nécessité de protéger son acolyte, Fly, à la conduite problématique : celui-ci ne cesse d’emprunter de l’argent qu’il ne peut jamais rembourser. Mais cette vie, déjà̀ passablement déréglée, est bouleversée quand Wah doit héberger sa jolie cousine, Ngor, qui vit loin de la ville, sur l’île de Lantau. Wah entame alors un épuisant va-et-vient entre son amour naissant pour Ngor, mirage d’une vie paisible, et sa fidélité́ à son «frère» de gang, Fly, tabassé à répétition par les hommes de main d’un autre gangster, Tony. Wah devra choisir sa destinée.


Critique :

#AsTearsGoBy de Wong Kar-wai, c'est la poésie de la nuit, des ruelles sombres, des recoins discrets, des lieux festifs, des pièces où se joue les sentiments. C'est le contraste entre la brutalité sanglante et la mélancolie des sentiments, à la douceur éphémère. (@Teddy_Devisme) pic.twitter.com/BeB8xIHcPx

— Fucking Cinephiles (@FuckCinephiles) June 25, 2022

Premier long-métrage de Wong Kar-wai longtemps inédit en France, il s'agit d'un polar de commande qui propulse le scénariste au siège de metteur en scène. Film de genre, As tears go by montre la violence dans l'univers des triades (les groupes mafieux chinois), sans jamais cacher être un remake officieux du Mean streets de Martin Scorsese. On y trouve déjà ce qui fera la patte du cinéaste dans ses prochains films : le romantisme et ses fluctuations, les cadrages dont l'angle de vue bascule soudainement, le morcellement de la temporalité, l'attrait pour les couleurs vives et leur excès. Déjà dans ce premier long-métrage, il y a une histoire d'amour au sein d'un univers violent. Si bien que l'auto-destruction d'un des protagonistes reflète le chaos progressif dans lequel s'inscrit le film : la romance connaît ses moments douloureux, entre l'attente, l'absence et l'éloignement dangereux. En miroir des séquences sanglantes et du chaos qui s'installe, il y a ce romantisme qui n'arrive pas à trouver son point de fixation ultime. C'est un film de double poursuite, à la fois celle des ennemis qui peuvent apporter la mort, puis celle de l'amour à vivre paisiblement.

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Copyright The Jokers Films


Les deux fonctionnent ensemble, dans un même tempo. La romance a sa part de séduction, d'attente, de consommation et d'absence. Tout comme la violence a sa part d'intégration, de reconnaissances, de missions et de trahison / vengeance. Les deux sont synonymes de souffrance pour le protagoniste Wah, cherchant à protéger coûte que coûte son ami Fly et à construire une vie paisible avec Ngor. Ainsi, les obsessions de Wah entrent en collision constamment et créent une sorte d'onde de choc. La présence à un endroit affecte systématiquement l'autre obsession. Et même si les scènes de violence / d'action sont plutôt bien chorégraphiées et agréables à voir, Wong Kar-wai manifeste un plus grand intérêt pour les temps morts. Ce sont dans les moments de dialogues, de romantisme et d'humour que le cinéaste est le plus passionné. Ce sont donc dans les répercussions intimes et sentimentales que le film révèle toute sa puissance. Dans un temps mort, la mise en scène fait l'équilibre sensuel et tendre face à la nécessaire brutalité et frénésie de la violence.

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C'est justement parce que Wah est dans cet entre-deux, que le film navigue entre des ambiances différentes avec cohérence. Les paysages que traverse le protagoniste sont aussi nombreux que l'esprit préoccupé de Wah est vaste. L'amour impossible répond à un lien fraternel imposant, l'univers paisible et pastoral répond à un univers masculin violent. Le rouge de l'amour répond au rouge du sang. Ce n'est donc pas innocent de voir comment Wong Kar-wai insiste avec plaisir sur la vivacité des couleurs, et surtout le rouge. La violence et la romance sont poussés dans des ailleurs imaginaires. Il y a une volonté de se détacher d'une réalité, pour amener la violence dans un urbanisme fantasque, et la romance dans l'espoir éternel d'un paysage pastoral. Avec la plastique du film, le cinéaste cherche ce qui est caché de la réalité, creuse les tourments intimes, lui permettant de mettre en scène une frontalité très graphique dans la violence. As tears go by c'est la poésie de la nuit, des ruelles sombres, des recoins discrets, des lieux festifs, des pièces où se joue les sentiments. C'est le contraste entre la brutalité sanglante et la mélancolie des sentiments. Il y a même l'apport du bleu froid et des rayons de lumière naturelle, qui apportent à la fois une sensation stridente et une douceur éphémère, pour apaiser les tourments.

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Une sensation nécessaire car Wong Kar-wai n'hésite pas sur le dynamisme de son montage. Le rythme est parfois saccadé, la frénésie des obsessions entraîne des corps furieux, les travellings sont rapides, les ralentis sont nombreux : il y a une concentration sur le vertige du mouvement. Celui qui fait basculer l'ambiance d'un espace, qui permet de passer d'une obsession à une autre, qui montre la fragilité des sentiments. C'est même pour cela que le cinéaste morcelle le temps de son récit. A travers plusieurs ellipses, Wong Kar-wai crée aussi le vertige avec une déflagration de l'intime : le corps devient une silhouette, la frénésie laisse place à la solitude amochée. Grâce à cela, le cinéaste trouve les palpitations les plus vulnérables et dangereuses qui s'exercent dans chaque obsession. Les temps morts prennent encore davantage de sens, car dans le hors-champ de la nuit et des ruelles sombres violentes, il y a cette douceur vulnérable, cette palpitation qui reconnecte les corps et les esprits au monde. La violence détache les âmes, le romantisme les relie. Mais seul l'un des deux peut gagner.
Teddy Devisme
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