Nuit d'ivresse

Un grand merci à Rimini Éditions pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « Nuit d’ivresse » de Bernard Nauer.

Nuit_d_ivresse

« Elle est moche. Pour tout vous dire, elle est même plus moche que vous. ça vous donne une idée ! »

Un soir de réveillon de la Saint-Sylvestre, Jacques Belin, animateur d’un jeu télévisé à succès, attend sa fiancée dans un bar de la Gare de l’Est. Il y fait la connaissance de Frède, une femme qui sort de prison, venue prendre un train pour Metz. Tout les oppose et, pourtant, cette nuit très arrosée et pleine de surprises va les rapprocher.

« Clic clac, l’affaire est dans le sac ! »

Nuit_d_ivresse_Josiane_Balasko

Révélés sur les planches puis, dans un second temps, au cinéma, les membres du Splendid connaissent d’abord un succès collectif en tant que troupe. Mais forts des succès des deux premiers volets des « Bronzés » puis du « Père Noël est une ordure », ils s’émancipent progressivement pour développer chacun de leur côté leurs propres projets. A commencer par Michel Blanc qui devient alors un temps la muse de Patrice Leconte, ou Thierry Lhermitte qui s’impose rapidement comme l’un des jeunes premiers en vue du cinéma français. Actrice déjà prolifique au cinéma, Josiane Balasko n’en délaisse alors pas pour autant ses activités d’écriture. Elle signe ainsi le scénario du film « Les hommes préfèrent les grosses » (Jean-Marie Poiré, 1981) dont elle est la vedette, puis, dans la foulée, écrit plusieurs pièces pour le théâtre : « Bunny’s bar » (1982), « L’ex-femme de ma vie » (1989) ou encore « Un grand cri d’amour » (1996). Ma sa pièce la plus emblématique reste sans doute « Nuit d’ivresse », écrite et créée en 1985, qu’elle interprète sur scène successivement avec ses camarades Michel Blanc puis avec Thierry Lhermitte. Fort de son succès, elle décide l’année suivante d’adapter la pièce pour le cinéma sans toutefois en assurer la réalisation, finalement confiée réalisateur débutant qui vient alors de signaler grâce à un court-métrage très remarqué (« Dialogue de sourds », 1985, avec Pierre Richard et Jacques Villeret).

« Dès qu’il y a une planche pourrie, il faut que je marche dessus... »

Nuit_d_ivresse_Thierry_Lhermitte

De prime abord, « Nuit d’ivresse » est avant tout l’histoire d’un quiproquo. Une rencontre entre deux personnages aux antipodes l’un de l’autre qui n’aurait jamais dû avoir lieu.Et qui donne lieu à une balade nocturne et (surtout) éthylique dans le Paris interlope des années 80 où, là encore, cohabitent deux mondes aussi ambivalents que ses personnages : un Paris populaire (la gare de l’est et le café de la communauté maghrébine) et un Paris huppé et branché réservé aux élites (la soirée chez le producteur du héros). Mais « Nuit d’ivresse » est aussi une aventure humaine. Une rencontre entre deux solitudes qui, en dépit de leurs différences, souffrent d’une même frustration affective et qui, au fil de leurs mésaventures, vont apprendre à s’apprivoiser. La grande réussite du scénario tient en ses personnages ambivalents et versatiles, qui ne sont jamais véritablement ce qu’ils veulent (ou plutôt que la société veut) nous faire croire : Frède, l’ancienne taularde, se révèle au final beaucoup plus tendre et fine qu’il n’y parait, tandis que Jacques, l’animateur vedette lauréat du Dandy d’or et archétype du gendre idéal, est au final bien moins sympathique (et surtout très égocentrique) qu’il n’en a l’air. Leur épopée nocturne donnera ainsi lieu à une série de péripéties et – surtout – de situations cocasses d’autant plus drôles qu’elles sont toutes traitées avec une ironie mordante et même une pointe de cruauté (formidables scènes de la chorégraphie de majorette dans le sous-sol d’un parking ou du dérapage total de la soirée chez le producteur). Forcément, l’alchimie entre Josiane Balasko et Thierry Lhermitte fonctionne à plein et une pléiade de seconds rôles sympathiques viennent joyeusement ponctuer cette comédie loufoque et vaudevillesque qui brocarde à tout va le monde des médias et la futilité du show-business. Une comédie drôle et profondément attachante, dont le seul défaut tient sans doute dans le choix d’une fin volontairement heureuse, qui dénote un peu avec l’ironie mordante du reste du film.

Nuit_d_ivresse_Bernard_Nauer

***

Le blu-ray : Le film est présenté en version restaurée dans un Master Haute-Définition et proposé en version originale française (2.0).

Côté bonus, le film est accompagné d’une interview de Josiane Balasko et Thierry Lhermitte (2021, 16 min.) et d’une interview de Bernard Nauer (2021, 20 min.). Sont également proposés des documents d’archive datant de la sortie du film (1986) : émission « Zoom sur » avec Josiane Balasko et Thierry Lhermitte (RTS, 38 min.), interview de Josiane Balasko, Thierry Lhermitte et Bernard Nauer (RTBF, 7 min.), émission « Les Paris du cinéma », reportage sur la tournage (INA, 14 min.) ainsi que d’une Bande-annonce.

Édité par Rimini Éditions, « Nuit d’ivresse » est disponible en DVD ainsi qu’en blu-ray depuis le 18 janvier 2022.

La page Facebook de Rimini Éditions est ici.


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