Les Sept de Chicago (2021) de Aaron Sorkin

Après un premier long métrage prometteur avec "Le Grand Jeu" (2017), Aaron Sorkin revient avec un film siglé Netflix sur une histoire vraie, l'affaire dite des "Chicago Seven" (Tout savoir ICI !), qui fait suite aux manifestations durant la Convention nationale démocrate de 1968. Le projet date de 2007 d'après un scénario de Sorkin mais qui devait à l'origine être réaliser par Steven Spielberg mais après la grève de la Writers Guild of America de 2007-2008 repousse le projet. Entre temps rappelons que Sorkin se fait connaître comme scénariste à succès avec des films comme "The Social Network" (2010) de David Fincher, "Le Stratège" (2011) de Bennett Miller ou (2016) de Danny Boyle. Ensuite, après un scénario retravaillé et divers réalisateurs envisagés le poste de réalisateur revient finalement à Aaron Sorkin, la réussite de son premier film ayant dû facilité le choix. Spielberg demeure co-producteur via Dreamworks... En marge de la convention démocrate 1968 à Chicago qui a pour bit de désigner le futur candidat à la présidence des Etats-Unis, des affrontements violents ont lieu suite à quoi des poursuites sont engagés contre plusieurs manifestants accusés de conspiration et d'incitation à la révolte. Ils sont des leaders anarchistes et hippies, mais il y a aussi l'un des fondateurs des Black Panthers...

Les Sept de Chicago (2021) de Aaron Sorkin

Ce dernier est Bobby Seale et est incarné par Yahya Abdul-Matten II remarqué dans (2018) de James Wan et (2019) de Jordan Peele. Deux fondateurs du mouvement hippie, Abbie Hoffman (qui usait beaucoup de l'humour lors de ses actions) incarné par Sacha Baron Cohen vu récemment dans "Borat : Nouvelle Mission Filmée" (2020) de Jason Woliner, puis Jerry Rubin (qui oubliera vite son passé en devant un riche entrepreneur et un des premiers investisseurs de Apple) joué par Jeremy Strong qui s'est fait une spécialité des faits réels après des films comme (2014) de Ava DuVernay et (2017) de Kathryn Bigelow, puis qui retrouve Sorkin après "Le Grand Jeu". Citons ensuite Tom Hayden (futur époux de et futur sénateur) incarné par Eddie Redmayne qui fait ainsi une pause entre "Les Animaux Fantastiques" (2018-2022), et après "The Aeronauts" (2019) de Tom Harper. Les autres membres accusés sont interprétés par Alex Sharp (Rennie Davis), Noah Robbins (Lee Weiner) et Daniel Flaherty (John Froines). Citons le personnage de David Dellinger (un des militants pacifistes les plus influents des Etats-Unis) incarné par John Carroll Lynch vu dernièrement dans "The Highwaymen" (2018) de John Lee Hancock, le procureur est joué par Michael Keaton dont le dernier film est (2019) de Tim Burton. A leurs côtés citons encore trois grands acteurs, Frank Langella, Mark Rylance et Joseph Gordon-Levitt... Le film se place dans la grande tradition des fresques historico-politico-judiciaires, un grand événement, des incidents, une justice à multiples vitesses, un pouvoir en porte-à-faux, des idéologies qui se bousculent... Le film débute pourtant après les manifestations en question pour se focaliser essentiellement sur le procès des "7" pour un film purement judiciaire. L'écueil du genre est une mise en scène souvent engoncée dans les murs d'un tribunal tout en ayant un scénario assez dense pour explorer tout l'éventail des possibilités autour de l'intrigue sans omettre une dose de suspense, toujours délicat quand on connaît d'emblée les conclusions. Sorkin est assurément un scénariste talentueux. Il passe en revue les différents courants qui étaient présent des Black Panthers aux Hippies en passant par les pacifistes anti-Viêtnam même si c'est très survolé afin de se focaliser sur les luttes intestines d'un petit groupe. Là-dessus on peut être un frustré sur le personnage de Bobby Seale (Black Panther) qui est délaissé au profit des autres alors que sa présence est sans aucun doute le point fort de ce procès.

Les Sept de Chicago (2021) de Aaron Sorkin

Limité forcément par la densité des thématiques Sorkin a donc dû sacrifier une partie pour choisir avant tout les membres "hippies". Dommage... D'autant plus que les moments les plus forts lors des audiences reposent souvent sur Bobby Seale, alors qu'ensuite le procès tourne un peu en rond. Il faut attendre le "twist" (un grand mot) où il est surtout amusant de voir que le grain de sable est dû à celui qui trahira ses idées originelles des années plus tard. Malheureusement, entre Bobby Seale mis en retrait du récit et jusqu'à ce moment il manque cruellement de moments forts, peu de tension finalement tant l'ineptie de ce procès paraît flagrante avec un juge si véhément et tyrannique que la procédure joue la carte de l'incroyable mais vrai. Le vrai soucis réside donc dans le sérieux de fond, car il s'agit malheureusement d'un procès ayant réellement existé, et il faut alors absolument créer une tension constante pour y croire alors que jamais on a peur pour les accusés tant ça semble ubuesque. On oscille donc, devant le film, constamment entre le manque de punch et d'audace, de force et d'émotion, puis entre l'incroyable théâtre ubuesque qui nous scotche de par ces procédures insensées. Le soucis qui crée ce décalage est sans doute dû à la réalisation de Sorkin qui demeure un peu trop classique, sans le panache qu'il faudrait pour dynamiter un peu ce procès, autant sur le fond que dans la forme. Par contre on reste happé par le côté théâtre, avec des acteurs au diapason (charismatique Langella, impeccable Rylance...) et tout de même quelques séquences marquantes (surtout autour de Bobby Seale). Au vu du sujet et du casting, le film est par contre un candidats sérieux aux prochains Oscars, notamment nommé pour le Meilleur Film, et Meilleur Scénario original en sachant qu'il est déjà lauréat du Golden Globe du meilleur scénario. En conclusion Aaron Sorkin signe une fresque passionnante sur un petit pan d'Histoire, riche de complexité à différents niveaux de lecture qui pêche surtout par une mise en scène académique et par un manque de puissance émotionnel. Ca reste un très bon moment et un film à conseiller.

Note :

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