TOTAL RECALL (1990) (Critique)

TOTAL RECALL (1990) (Critique)TOTAL RECALL (1990) (Critique)

SYNOPSIS: 2048. Doug Quaid rêve chaque nuit qu'il est sur la planète Mars à la recherche de la belle Melina. Sa femme, Lori, s'efforce de dissiper ce fantasme. Doug va bientôt s'apercevoir que son rêve était artificiel et que sa femme est une espionne chargée de veiller à son reconditionnement mental. Il se souvient d'un séjour réel sur Mars, à l'époque où il était l'agent le plus redouté du cruel Coohagen. Il décide de s'envoler sur Mars à la recherche de son énigmatique passé.

Malgré la non-linéarité de ses intrigues qui semble à priori s'opposer à des adaptations cinématographiques, l'œuvre de l'écrivain de science-fiction ( Philip K.Dick est l'une des plus exploitées. C'est sans doute parce que Dick est avant tout un auteur de concepts, d'idées et que cette quête du " high-concept " marque le cinéma de science-fiction contemporain. Sa thématique principale, le questionnement de la réalité, sa modification et sa manipulation est aussi en phase avec les préoccupations de notre époque. C'est bien sur Blade Runner tiré de son roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? par Ridley Scott qui va servir de détonateur à cette vague d'adaptation ( Dick mourra quelques jours avant la sortie du film sans avoir jamais su à quel point son œuvre allait devenir influente). Initialement c'est d'ailleurs vers un film de science-fiction cérébrale que s'orientent les premières versions de l'adaptation de la nouvelle Souvenirs à vendre ( We Can Remember it for You Wholesale) qui va devenir Total Recall dont les droits furent achetés, du vivant de l'auteur, par le duo de scénaristes Dan O'Bannon et Ronald Shusett. Incapables de mener le projet du fait de sa complexité (ils se tourneront vers un sujet plus simple qui deviendra Alien) ils en cèdent les droits qui vont passer de studio en studio avant d'atterrir entre les mains du producteur Dino De Laurentiis ( La strada, Flash Gordon). Le grand producteur italien va le développer sans succès avec l'australien Bruce Beresford (Miss Daisy et son chauffeur) puis avec David Cronenberg Scanners, La mouche). Ce dernier va développer douze (!) versions du scénario (sans surprise le réalisateur canadien est à l'origine de l'idée des mutants de Mars et du fameux Kuato) avant de quitter le projet pour divergences artistiques. Il désirait rendre hommage aux thématiques de Philip K. Dick, là où De Laurentiis, O'Bannon et Shusett voulaient un film d'action sur Mars. Quand la société de Dino De Laurentiis s'effondre suite à l'échec du Dune de David Lynch, Arnold Schwarzenegger qui avait fait campagne sans succès auprès de De Laurentiis pour le rôle principal (il préférait Richard Dreyfuss ou William Hurt) convainc Mario Kassar et Andrew Vajna producteurs des Rambo de racheter les droits du script pour lui et en faire un actioner de SF dans la veine de Predator ou Running Man qui lui ont apporté récemment de grands succès. Impressionné par son Robocop le chêne autrichien recrute personnellement Paul Verhoeven pour diriger le film. Le " hollandais violent " fait appel à la plupart de ses collaborateurs de RoboCop, le directeur de la photographie Jost Vacano ( L'histoire sans fin, Das boot), le concepteur de production William Sandell, le monteur Frank J. Urioste ( Die Hard ,Cliffhanger) et le concepteur d'effets spéciaux de maquillages Rob Bottin.

TOTAL RECALL (1990) (Critique)

Arnold Schwarzenegger incarne Doug Quaid, modeste ouvrier du bâtiment qui mène une vie heureuse auprès de sa femme Lori (Sharon Stone), mais qui chaque nuit rêve d'une autre vie sur la colonie de Mars. Il se rend dans une société appelée Rekall, qui offre grâce à des à des implants de mémoire des vacances interstellaires sans risques, Quaid peut commander un séjour de deux semaines sur Mars et en garder un souvenir aussi vif que s'il y était allé lui-même. En bonus il peut choisir de vivre l'expérience dans la peau d'un autre. Alors qu'il choisi l'option " agent secret ", la procédure tourne mal, l'implant Rekall entre en conflit avec les souvenirs réels de Quaid que des forces obscures ont effacés. Il découvre alors que sa vie est une fabrication et traqué par des tueurs menés par le terrifiant Richter ( Dick qui se déroule dans un espace plus métaphysique, où les vrais et faux souvenirs de Quaid se heurtent, incompatibles avec ce qui doit d'être un film d'aventures. Cette quête de soi prend donc la forme d'une chasse à l'homme haletante qui finit par envoyer Quaid sur Mars (il ne s'y rend pas dans la nouvelle) au cœur d'un mouvement de résistance des colons à la dictature du gouverneur Coohagen ( Ronny Cox) aux cotés de la fille de ses rêves, Melina (Rachel Ticotin). Cohaagen fait exploiter un minerai, le turbinium par une population de colons affligée de mutations dues aux protections bons marché contre les radiations de leurs habitations. Michael Ironside) va devoir aller sur Mars pour démêler cette conspiration et découvrir qui il est vraiment. C'est à partir de ce moment charnière que le film abandonne la nouvelle de Vilos Cohaagen, Verhoeven choisit Ronny Cox, son Cohaagen sait que le sous-sol de Mars cache des machines, vestiges d'une civilisation disparue, qui ont le potentiel de créer une atmosphère pouvant soutenir la vie humaine mais il est plus rentable de contrôler la population via un environnement artificiel que de les utiliser. Pour incarner l'Infâme " Dick " Jones de Michael Ironside qu'il avait envisagé pour le rôle de Clarence Boddiker (l'autre méchant de RoboCop et pour le rôle de son bras droit, Robocop) et qu'il retrouvera d'ailleurs pour Starship Troopers. Si il n'a pas le physique imposant de la star de Terminator, son intensité incroyable et sa voix caverneuse en font un antagoniste parfaitement crédible. Pour incarner de l'épouse du héros le réalisateur s'adonne à son fétiche pour les blondes Sharon Stone dont la carrière piétine et dont le film va marquer les débuts de l'ascension fulgurante. Le personnage de l'impitoyable Lori sert en quelque sorte un prototype à celui de de la hitchcockiennes en castant une Catherine Trammell de Basic Instinct.

TOTAL RECALL (1990) (Critique)

Total Recall est un des rares exemples d'une réussite issue de la collision d'éléments contradictoires : le récit tortueux d'un auteur questionnant la réalité à travers cette histoire d'un homme dont les fantasmes sont peut-être des résidus d'une mémoire réprimée, la volonté d'une star de s'offrir un véhicule mêlant action et " high-concept " et enfin la vision d'un réalisateur provocateur de premier ordre, désireux d'explorer les extrêmes de la sexualité (il glissera une prostituée à trois seins dans la foule de Venusville le " quartier rouge " de la colonie), de la violence et des pulsions les plus sombres de l'humanité. Les trente années qui nous séparent de sa sortie nous permettent de voir le film comme le volet central d'une trilogie informelle de science-fiction sur le thématique du pouvoir totalitaire. Verhoeven, dont l'enfance sous l'occupation allemande à façonné sa vision du monde s'est arrangé pour masquer son propos politique et satirique derrière les excès de l'action " comic-book " et de la violence " Hard-R" . Aujourd'hui l'avenir qu'extrapolait Verhoeven s'est réalisé - des corporations et des forces de l'ordre militarisées contrôlent nos vies et nous abrutissent d'informations qui ressemblent de plus en plus à de la propagande il apparaît comme visionnaire. Si l'aspect politique est plus proéminent dans RoboCop et Starship Troopers qu'ici le réalisateur montre néanmoins comment la propagande qualifie les résistants de "terroristes" et décrit des massacres comme " le rétablissement de l'ordre avec un recours minimal à la force ". L'antagoniste est ici un gouvernement totalitaire qui poussent la logique d'exploitation jusqu'à faire payer aux gens ordinaires l'air qu'ils respirent. Cohaagen n'est pas un génie maléfique mais un simple haut-fonctionnaire zélé d'un pouvoir plus grand que lui, un visage ordinaire du mal à l'image des gouverneurs coloniaux ou des dignitaires nazis de l'enfance de Verhoeven.

TOTAL RECALL (1990) (Critique)

Si le film de Verhoeven n'en suit pas la lettre il conserve beaucoup de l'esprit de l'œuvre de Philip K. Dick. Tout au long du film, l'intrigue amène le public à questionner la réalité des événements ce qui déroulent sous ses yeux : sont-ils réels ou un souvenir factice implanté dans le cerveau de Quaid chez Rekall. Plusieurs séquences laissent planer le doute mais la plus emblématique reste celle où en plein combat sur Mars apparaît un personnage qui se présente comme un employé de Rekall et affirme au héros qu'il est encore sur Terre, en plein rêve en train de vivre un épisode psychotique et qu'il devra être lobotomisé s'il se refuse d'en sortir. Si une goutte de sueur semble le trahir quand Quaid menace de le tuer sans conséquences (puisqu'il s'agit d'un rêve) tous les événements qu'il décrit comme faisant partie du scénario qu'il a commandé vont se réaliser par la suite et le film se clôt sur un fondu au blanc qui peut être interprété comme la représentation d'une lobotomie. Le second retournement du film (que nous ne déflorerons pas ici) joue sur la dualité cette fois-ci des identités autre thème fétiche de Dick. Avec cette révélation le film fonctionne à l'inverse du précédent : si dans RoboCop Murphy tentait désespérément de reconstruire son identité authentique, Quaid lui va tout faire pour y échapper.

TOTAL RECALL (1990) (Critique)

Mais Verhoeven ne perd jamais de vue qu'il doit livrer un véhicule d'action pour Schwarzenegger et de ce point de vue Total Recall compte parmi les plus réussis : extrêmement véloce, avec des répliques percutantes qui marquent la carrière de l'acteur ( le " Considère cela comme un divorce " après avoir tiré une balle dans la tête de sa maléfique épouse ), d'une violence à un tel niveau graphique qu'elle bascule presque dans le cartoon. Le film est si sanglant qu'il est d'abord classé X avant que, comme sur Robocop auparavant, Verhoeven procède à de légères coupes et utilise des prises avec des angles de vue alternatifs pour que le film puisse écoper finalement d'un classement R (interdit aux moins de 16 ans non accompagnés). L'été 1990 est sans doute l'un des plus violents de l'histoire des films mainstream avec la sortie en quelques semaines de Total Recall, Robocop 2 et Die Hard 2 ). Le film se tournant au Mexique (toute l'équipe souffre de la turista sauf la star autrichienne qui se fait livrer sa nourriture par avion privé depuis la Californie), le concepteur artistique William Sandell ( Master and Commander: De l'autre côté du monde) tire partie de l'architecture brutaliste de la station de métro Insurgentes qu'il habille de moniteurs et d'écrans pour bâtir son futur écrasant tout de béton et de verre qui évoque les pays de l'ancien bloc communiste. Le légendaire Ron Cobb (Star Wars , Conan le barbare) contribue au design du film avec des innovations mémorables : la radiographie de passage du scanner, les " Johnnycabs" automatisés sans conducteur qui imitent les plaisanteries des chauffeurs de taxi réels. Tout aussi légendaire Rob Bottin le créateur des maquillages de The Thing et de Legend retrouve le réalisateur pour qui il a conçu l'armure de Robocop pour créer les maquillages des mutants martiens et de l'inoubliable Kuato. C'est sa dernière grande contribution à l'écran même si il a continué quelques années dans l'industrie (les masques de Tom Cruise sur Mission : Impossible). En terme d'effets spéciaux Total Recall se situe à une période charnière, c'est l'une des dernières productions de studio à utiliser des miniatures à grande échelle mais également un des premiers blockbusters hollywoodiens à employer des CGI (principalement pour les scènes impliquant le scanner à rayons X) . L'emploi de techniques classiques de maquillage et d'effets visuels contribuent à donner un aspect tactile au film qui lui permet paradoxalement de traverser le temps.

TOTAL RECALL (1990) (Critique)

Si il joue à plein le jeu du blockbuster le cinéaste néerlandais toujours iconoclaste semble prendre un malin plaisir à subvertir l'image de sa vedette. Il détourne le design futuriste des accessoires et des costumes pour représenter son héros d'une manière ridicule. Dans la scène l'ouverture et de clôture où son scaphandre est compromis, exposés à l'atmosphère de Mars ses yeux sortent de leurs orbites comme dans un Tex Avery. L'image d' Arnold Schwarzenegger subit tout au long du film une série de dégradations : il doit enrouler une serpillière mouillée autour de sa tète pour bloquer une balise de traçage, sa narine s'étire de manière absurde alors qu'il tente de la retirer de son crâne. Les choses sont poussées à l'extrême à son arrivée sur Mars où pour traverser les douanes sans attirer l'attention, il se déguise en dame obèse dans une robe jaune. Si l'absurdité de ce qui est représenté à l'écran est éclipsé par l'impressionnant effet spécial détaillant le fonctionnement du costume, on ne peut pas imaginer un costume plus ridicule et, dans une certaine mesure, humiliant pour une star associée à l'héroïsme masculin. En conclusion blockbuster d'action haletant à grand spectacle à la fois ultra-violent et drôle, paranoïaque, politique et satirique Schwarzenegger (son succès permettra à Carolco de financer Total recall reste un des sommets de la carrière de Verhoeven toujours jubilatoire trente ans après. Un classique.T2) et de la période américaine de

TOTAL RECALL (1990) (Critique)

Titre Original: TOTAL RECALL

Réalisé par: Paul Verhoeven

Casting : Arnold Schwarzenegger, Rachel Ticotin, Sharon Stone, Michael Ironside ...

Genre: Action, Fantastique

Date de sortie: 17 octobre 1990

Date de reprise : 16 septembre 2020

Distribué par: Carlotta Films

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