Symphonie pour un Massacre (1963) de Jacques Deray

Après ses premiers films, "Le Gigolo" (1960) et surtout "Rififi à Tokyo" (1963) le réalisateur Jacques Deray, qui connaîtra son apogée dans les années 70-80 avec Alain Delon et Jean-Paul Belmondo, se relance dans un projet de polar avec son scénariste José Giovanni. Ce dernier ex-gangster, commence à se faire un nom en tant que romancier-scénariste à qui on doit déjà les histoires des films "Le Trou" (1960) et "Un Nommé La Rocca" (1961) tous deux de Jacques Becker, puis "Classe Tous Risque" (1960) de Claude Sautet. D'ailleurs Giovanni retrouve Sautet sur ce film comme co-dialoguiste. Ainsi le trio Deray-Giovanni-Sautet co-signe le scénario adapté du roman "Les Mystifiés" (1962) de Alain Reynaud-Fourton. Le titre fut modifié sur simple opportunisme commercial suite au succès du sublime "Mélodie en Sous-Sol" (1963) de Henri Verneuil...

Symphonie pour un Massacre (1963) de Jacques Deray

Quatre truands, associés de longue date se vantent de durer grâce à leur soin méticuleux à monter leur coup et à ne jamais prendre de risque inutile. Mais pour leur nouveau coup, l'un d'eux, Jabeke voit une opportunité de flouer ses complices tout en se forgeant un alibi en béton. Tout se déroule comme prévu pour Jabeke lors de la "transaction", mais un grain de sable va vite en mener un autre... Les quatre complices sont incarnés par quatre grands acteurs, dont un monstre du cinéma et un qui trouve là son premier rôle principal. Citons d'abord Claude Dauphin grand acteur au nom pourtant méconnu vu dans (1951) de Jacques Becker et "Un Américain bien Tranquille" (1958) de J.L. Mankiewicz, Michel Auclair révélé dans "La Belle et la Bête" (1946) de Jean Cocteau et vu dans "Les Maudits" (1947) de René Clément, puis surtout l'énorme Charles Vanel monstre sacré du cinéma français qui tourne depuis 1910 et qu'on a pu voir de bon nombre de grands films comme "Les Croix de Bois" (1932) de Raymond Bernard, "La Belle Equipe" (1936) de Julien Duvivier ou "Le Salaire de la Peur" (1953) de Henri-Georges Clouzot, et enfin l'inénarrable Jean Rochefort abonné trop longtemps aux seconds rôles de prestige de (1961) de Philippe De Broca à "Le Grand Blond avec une Chaussure Noire" (1972) de Yves Robert malgré ce rôle principal en contre-emploi de Jabeke. N'oublions pas les femmes, jouée par Daniela Rocca, actrice italienne vue dans "La Bataille de Marathon" (1959) de Jacques Tourneur et "Divorce à l'Italienne" (1961) de Pietro Germi, puis Michèle Mercier vue dans "Tirez sur le Pianiste" (1959) de François Truffaut mais qui deviendra une vraie star grâce au succès de la saga qui débutera avec "Angélique, Marquise des Anges" (1964) de Bernard Borderie dans lequel elle retrouvera Jean Rochefort... Le film nous mets en présence de quatre truands hors de sentiers habituels, surtout chez José Giovanni. Ils n'ont pas spécialement la gâchette facile, ne braquent pas des banques, ne sont pas violents outre mesure, ils font tout pour être discrets voir invisibles et ont des affaires avec pignon sur rue.

Symphonie pour un Massacre (1963) de Jacques Deray

Ils ont tout de la délinquance à col blanc comme on dit. Ils sont prudents et méticuleux derrière des airs de respectabilité à l'image de la mise en scène de Jacques Deray, dans un style épuré, qui prend sont temps, presque dans un style naturaliste qui n'est pas sans rappeler un Jean-Pierre Melville. La mise en scène est classieuse et colle à merveille au style de ses personnages interprétés par des acteurs qui ont tout de cet embourgeoisement qui sent l'argent sale. Si ils sont tous impeccables on remarque évidemment un peu plus Jean Rochefort à des années-lumières de ses rôles d'alors et qui joue à merveille le traître cynique et flegmatique. La mécanique du scénario est implacable où comment, d'un égoïsme presque inattendu d'un membre ils vont tous tomber. Il y a bien quelques interrogations (par exemple comment Jabeke ouvre-t-il le compartiment de Giovanni dans le train ?!), et on aurait aimé sans doute que la partie "route" (avec en prime une Jaguar XK 150 de toute beauté) de Jabeke soit un peu plus étoffé ou fignolé. Mais l'intrigue est prenante, la tension toujours palpable, et l'atmosphère ambiant colle idéalement à cette histoire. A voir et à conseiller.

Note :

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