Le mythe et ses archétypes

mytheVoyez ce que nous dit Joseph Campbell : Je vous le dis, la mythologie est pour moi la patrie des Muses, les inspiratrices de la poésie. Et voir la vie comme un poème, et vous-même participant à un poème, c’est ce que le mythe fait pour vous.

Le mythe est un langage dans sa forme, non pas de mots, mais d’actes et d’aventures, qui est connotatif, qui connote quelque chose de transcendant de l’action décrite et qui pourtant informe l’ensemble, de sorte que vous vous sentez toujours en accord avec l’être universel.

L’être universel

Tentons une définition (bien qu’il soit insaisissable) de cet être universel. Les archétypes de l’inconscient collectif appartiennent au monde des faits et sont donc du domaine de la science. Tout comme les roches et les arbres existent en tant que phénomènes du monde réel, les images et les motifs du mythe, tels qu’ils sont mis en évidence dans les rêves et les visions des gens du monde entier, sont également des archétypes.

Où la religion entre-t-elle dans le jeu et nous conduit-elle à notre sujet de conscience universelle ? Joseph Campbell nous rappelle que le mot religion signifie « religio » du latin religio, dont la racine est ligare, lier, attacher, qui a formé religare, lier plus fortement, ce qui permet de faire le lien.
Nous relions le monde phénoménal, et nous-mêmes en lui, à sa source ultime (Jung parle d’énergie cosmique mystérieuse) ; tout comme les archétypes que Jung a découvert chez l’homme sont reliés à leur source (l’énergie cosmique mystérieuse) dans la psyché humaine (elle-même énergie).

Rudolf Otto et Carl Gustav Jung ont introduit cette notion de numineux, un sentiment du divin, d’une expérience religieuse personnelle qui ne s’explique pas.
Les archétypes sont un chemin possible vers la conscience universelle lorsque nous commençons à les voir pour ce qu’ils sont réellement, des expressions du mystère de l’homme ; des symboles et non des représentations.

Le problème de la représentation est que nous avons tendance à vouloir nommer les choses (surtout lorsqu’elles sont indicibles) afin de nous les approprier. En nommant Dieu, c’est une image de Dieu que nous formons. L’être universel n’est pas cette représentation tout comme un clone est un autre et non un semblable.

L’existence est un mystère

La science explique comment l’existence fonctionne. Mais elle est incapable de nous dire comment la créer à partir de rien. Rien n’est pas le néant. Le mot néant lui-même est paradoxal car il vise quelque chose qui n’a pas d’existence.

Le vide néanmoins est une réalité. Et du creux de cette réalité, la vie fut créée. Alors l’hypothèse (que je ne fais que constater d’après mes lectures et que je vous retranscris) est qu’une force mystérieuse (infrangible à défaut d’être éternelle et qu’on ne peut nommer) est à l’œuvre dans la division cellulaire par exemple.

mythePour le philosophe Alan Watts, un ami proche de Joseph Campbell, notre monde nous a engendré. L’humanité n’a pas été suintée ou émanée non seulement d’une entité qui nous soit transcendante mais aussi extérieur à notre monde.

L’interprétation de l’usage que fait Joseph Campbell de l’image d’un être ou d’une conscience universelle serait une métaphore du mystère de l’existence.
La métaphore ne fait que suggérer une conscience universelle. C’est comme s’il existait une conscience universelle (à comprendre comme une force ou une énergie non comme un être doué d’une conscience d’où l’importance cruciale du qualificatif universelle) à l’œuvre dans l’univers.

C’est vraiment un mystère qui ne sera peut-être jamais découvert. Et c’est dans nos moments de crise personnelle que le mot Dieu s’impose et nous trompe. Nous serions des véhicules conscients qui interagissent avec d’autres êtres conscients ou inconscients.

Prenons le discours de Joseph Campbell :
La mythologie, et donc la civilisation, est une image poétique, surnaturelle, conçue, comme toute poésie, en profondeur, mais susceptible d’interprétation à différents niveaux. L’esprit le plus superficiel y voit le paysage local, le plus profond, le premier plan du vide ; et entre les deux se trouvent toutes les étapes du chemin de l’ethnique à l’idée élémentaire, du local à l’être universel, qui est tout homme, comme il le sait et a peur de le savoir.
Car l’esprit humain est l’ultime zone « mythogénétique », le créateur et le destructeur, l’esclave et pourtant le maître, de tous les dieux.

D’ailleurs, la Bible elle-même nous dit que nous sommes des dieux, que nous sommes tous enfants du Souverain.

On peut noter aussi que, loin de miner la foi, les recherches de Campbell sur la mythologie libèrent la foi des prisons culturelles auxquelles elle avait été condamnée.

Au-delà de la métaphore

Toute mythologie, toute religion est vraie, elles sont vraies en tant que métaphores du mystère humain et cosmique. L’embarras est quand on ne sait pas dépasser la métaphore.

Par exemple, Jésus est monté au ciel. L’histoire est qu’il est monté physiquement au ciel. L’histoire encore est que sa mère, toujours vivante, endormie, est montée au ciel.
C’est donc une métaphore de quelque chose ; vous n’avez pas besoin d’y croire littéralement ou alors de la mépriser. Tout ce que nous avons à trouver, c’est ce que dit cette métaphore.

Et pour Joseph Campbell, ce que cette métaphore dit, c’est que Jésus n’est pas monté physiquement dans les cieux. Car le divin est en nous. C’est le sacré qui est une réalité que nous avons tous en nous et que nous devrions nous efforcer de saisir.

Atteindre cette source à l’origine de toute vie par cette espace sacré intérieur. C’est le sens de tout cela.

Certes, Joseph Campbell semble saper l’une des grandes doctrines cardinales de la tradition de la foi chrétienne ; la mort et la résurrection de Jésus préfigurant la nôtre et transcendant le corps avec une vérité réelle supérieure.

A cette objection tout à fait justifiée, Campbell répond que c’est une lecture erronée du symbole. C’est le lire en prose plutôt qu’en poésie. C’est lire une métaphore en termes de dénotation plutôt qu’en termes de connotation. C’est un problème purement littéraire.

La poésie nous permet d’exprimer une réalité insaisissable, que nous ne pouvons percevoir. Et Joseph Campbell continue ses explications :
La poésie dépasse même le concept de réalité. C’est ce qui transcende toute pensée. C’est ce qui vous met en contact avec le mystère que vous êtes, et les mythes le font, par le fait même. Non pas les faits qu’ils décrivent parce qu’ils se désavoueraient eux-mêmes. Mais par le fait qu’ils existent.

Maintenant, selon la façon normale de penser de la religion chrétienne, nous ne pouvons pas nous identifier à Jésus, nous devons imiter Jésus.
Nous pourrions d’ailleurs déplacer cette problématique de l’identification, de l’imitation et de la soumission dans le forum.

Un blasphème ?

Mais dire que je suis Dieu, comme l’a dit Jésus, est pour nous un blasphème. Cependant, dans l’évangile apocryphe de Thomas (censé rapporté les paroles de Jésus [logia en grec]), Jésus dit : « Celui qui boit à ma bouche sera comme moi ; moi aussi, je serai lui, et ce qui est caché lui sera révélé« .

Pour Campbell, c’est le bouddhisme. Nous sommes tous des manifestations de la conscience de Bouddha, mais nous ne le savons pas.
Bouddha signifie celui qui est éveillé, celui qui s’est éveillé au fait qu’il était la conscience de Bouddha. Et c’est ce que nous faisons tous. S’éveiller à Jésus en nous, c’est un blasphème dans la manière normale de penser du christianisme, mais c’est l’essence même du gnosticisme et de l’évangile de Thomas.

Le ciel et l’enfer sont en nous, et tous les dieux sont en nous. C’est ce que les Upanishads en Inde avaient compris déjà au neuvième siècle avant J.-C. Tous les dieux, tous les cieux, tous les mondes sont en nous.
Ce sont des rêves magnifiés, et ce que sont les rêves, ce sont des manifestations sous forme d’images des énergies du corps en conflit les unes avec les autres. Et c’est ce qu’est le mythe. Le mythe est une manifestation sous forme d’images symboliques, d’images métaphoriques, des énergies en nous, mues par les organes du corps, en conflit les unes avec les autres. Cet organe veut ceci, cet organe veut cela : le cerveau est l’un des organes.

Puisque tout est interprétation, je me permets alors de penser que le cerveau est donc un outil duquel émane l’énergie psychique comme le pancréas sécrète l’insuline. L’hypothèse serait dans ce cas que l’essence précède l’existence. Sartre ne serait pas heureux d’entendre cela.

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