Goldeneye (1995) de Martin Campbell

Il aura fallu attendre pas moins de 6 ans entre deux James Bond, un record. Plusieurs raisons en sont la cause, l'échec (non mérité !) de "Permis de Tuer" (1989) de John Glen a forcé la production à revoir (malheureusement) sa copie, les différents judiciaires entre les différentes compagnies production-distribution, la mort du scénariste maison Richard Maibaum (1991) et les ennuis de santé du producteur historique Albert Broccolo ont retardé d'autant le lancement de ce nouveau projet. Ce film est le 17ème opus de la franchise officielle et reste le premier à ne pas être tiré d'une oeuvre de Ian Fleming mais le titre est directement inspiré du nom du domaine jamaïcain de l'auteur où il écrivait ses romans. De tels évolutions dans la production ont énormément changé l'équipe également et qui va jouer également sur le scénario. Dans un premier temps, out Timothy Dalton qui paie les échecs de deux films pourtant audacieux, et bienvenue à Pierce Brosnan qui reprend donc le rôle titre qui lui a trop longtemps échappé. Rappelons que l'acteur avait d'abord plu à Albert Broccoli (déclarant : "s'il peut jouer c'est mon homme !) alors qu'il était venu visiter le tournage de "Rien que Pour vos Yeux" (1981) de John Glen dans lequel son épouse Cassandra Harris jouait une des Bond Girl principale ! Mais l'acteur devra décliner en 1985 et en 1987 car engagé contractuellement par sa série TV "Les Enquêtes de Remington Steele" (1982-1987). L'acteur, qui n'aura jusqu'ici marqué au cinéma que dans un second rôle dans "Madame Doubtfire" (1993) de Chris Columbus, aura eu sans aucun doute une pensée émue pour sa défunte épouse, Cassandra Harris étant décédée trop jeune en 2011 d'un cancer des ovaires et qui n'aura donc pas vu son homme devenir 007.

Goldeneye (1995) de Martin Campbell

Le scénario est d'abord conçu par Michael France qui venait de signer "Cliffhanger" (1993) de Renny Harlin, le scénario sera ensuite finalisé en collaboration avec deux débutants, Jeffrey Caine et Bruce Feirstein. Le scénario reprend des éléments de précédents films restés dans les tiroirs notamment et surtout la partie sur l'impulsion électromagnétique vu dans "Dangereusement Votre", puis en y ajoutant un paramètre inédit et essentiel dû à l'actualité récente : la fin de la Guerre Froide et la chute du Rideau de Fer. Le réalisateur choisit n'est pas britannique pour la première fois, et c'est le néo-zélandais Martin Campbell qui est choisi alors qu'il est encore peu connue après avoir signé le médiocre "Absolom 2022" (1994)... James Bond est chargé de retrouver le Goldeneye, un satellite russe dont la puissance peut détruite une métropole. Son enquête va le mener notamment jusqu'en Russie et surtout va lui permettre de revoir un ami qu'il croyait disparu... Avec Pierce Brosnan en 007 on constate qu'il ne reste plus grand chose au générique des films précédents à l'exception notable de Desmond Llewelyn/Q toujours bien là depuis "Bons Baisers de Russie" (1963) de Terence Young. Même M se voit remplacé, par une femme pour évoluer avec sont temps bien inspiré par la nomination réelle d'une femme à la tête du MI5 en 1991. L'heureuse élue est Judi Dench grande actrice de théâtre, encore peu vue au cinéma mais dont on peut citer "Chambre avec Vue" (1985) de James Ivory et dont la carrière au cinéma va s'envoler après ce premier Bond. Une nouvelle Moneypenny aussi jouée par Samantha Bond (nom prédestiné !) vue jusqu'ici uniquement dans "Erik le Viking" (1989) de Terry Jones. On reconnaîtra l'acteur Joe Don Baker qui était déjà dans "Tuer n'est pas Jouer" (1987) de John Glen mais qui passe de méchant à allié. Citons encore Robbie Coltrane qui sera plus tard connu pour son rôle de Hagrid dans la saga "Harry Potter" (2001-2011), Tcheky Karyo vu en psychopathe à la même période dans "Bad Boys" (1995) de Michael Bay, Alan Cumming qui sera Diablo à partir de "X-Men 2" (2003) de Bryan Singer, puis surtout le protagoniste principal incarné par Sean Bean vu dans "The Field" (1990) de Jim Sheridan et "Jeux de Guerre" (1992) de Phillip Noyce. Mais Bond ne serait pas 007 sans ses Bond Girls dont les rôles reviennent à des débutantes, la gentille par Izabella Scorupco vue dans "Vertical Limit" (2000) de Martin Campbell et "Le Règne du Feu" (2002) de Rob Bowman, la méchante par Famke Janssen qui connaîtra le succès en tant que Jean Grey dans "X-Men" (2000) de Bryan Singer et qui retrouvera donc Alan Cumming dans les suites de cette saga. La musique est signée du français Eric Serra, fidèle de Luc Besson et notamment de "Nikita" (1990) dans lequel jouait Tcheky Karyo. Mais le plus connu reste le tube "Goldeneye" chanté par Tina Turner et écrite par Bono et The Edge du groupe U2 ; le succès de la chanson n'est pas pour rien dans celui du film ce qui compense la compo de Eric Serra... En effet, commençons par le plus gros défaut du film, non pas la musique directement mais le fait que le film n'est construit que sur une succession quasi non stop de scènes d'action diverses et de pyrotechnie à tout va, ce qui fait que le brouhaha ambiant étouffe la musique. Le bonus c'est que on ne s'ennuie pas franchement, le malus par contre est qu'on est loin de l'esprit bondien. Où est le flegme ?! Où sont les passages intimes où la classe de 007 fait merveille ?! Bond ne ruse plus jamais, il fonce dans le tas...

Goldeneye (1995) de Martin Campbell

Par là même, si M sort une tirade magnifiquement prédestinée ("Mr Bond, je pense que vous êtes un dinosaure sexiste et misogyne, une relique de la Guerre Froide."), il n'en demeure pas moins que ce 007 à la sauce Brosnan manque de coffre. Il veut à la fois être le macho Connery, le gentleman de la dérision Moore et le cynique mais faillible Dalton mais avec le physique d'un pied tendre ; soyons franc, Pierce Brosnan est beau gosse et ne manque pas de charme mais il est certainement le moins viril et le plus lisse des 007. Niveau Bond Girls on est servi, deux magnifiques femmes mais qui sont des copiés-collés de ce qu'on a déjà pu voir surtout Famke Janssen dont la folie psychopathe est réjouissante mais un brin surjoué (tuer en ayant un orgasme ?!). L'intrigue tient du canevas bondien également, mais on sent la volonté de moderniser la saga en dynamitant le rythme à coup de scènes d'action nombreuses sans laisser le temps de souffler. Malheureusement sur ce point c'est aussi perdre le style James Bond. Il ne prend plus le temps de séduire, il ne s'amuse plus à rivaliser de ruse et de malice avec les méchants, il ne prend clairement plus sont temps tout simplement. Du saut à l'élastique (à l'époque guinesse des recors pour un saut de 220m !) à la poursuite en char en passant par la course Ferrari F355 vs Aston Martin DB5 les morceaux de bravoures et les cascades ne manquent assurément pas mais certaines poussent un peu le bouchon comme celle ou Bond rattrape un avion en chute libre. On constate quelques erreurs par-ci par-là (pré-générique printemps puis plutôt hiver, au baccara Xenia devait tirer une carte vu son jeu et non pas perdre, ordis du bunker russe avec des textes en anglais...), alors que la fin montre un méchant d'une stupidité sans nom, prenre un risque mortel pour tuer Bond alors même que 007 est d'ores et déjà piégé. Ce 007 nouvelle génération offre un film très divertissant mais qui repose sur un enchevêtrement d'action sans prendre le temps d'installer l'esprit bondien. Et si Pierce Brosnan fait de son mieux il a le complexe Di Caprio (trop imberbe pour jouer les durs, classe et dangereux à la fois). Précisons que ce film est le premier James Bond à employer les images de synthèse. Malgré tout, le public est au rendez-vous, le film est un succès et relance la franchise en étant le plus gros succès de la franchise depuis "Moonraker" (1979) de Lewis Gilbert, comme quoi les entrées ne correspondent pas toujours avec les qualités intrinsèques d'un film !

Note :

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Pour info bonus, Note de mon fils de 11 ans :


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