So long, my son

So long, my sonAu coeur de la Chine de l'enfant unique
Le film s’ouvre par une première séquence mettant en scène deux enfants au bord d’un lac ; l’un est timoré, l’autre aventurier. Puis, car le montage joue un rôle majeur dans ce film, une scène de repas vient couper la scène avant de retourner sur les mêmes lieux où un drame vient de se dérouler. Dans cette ouverture tout est dit et vous le comprendrez très vite. La mise en scène épurée et élégante joue à perdre le spectateur en inter changeant les deux enfants. Le montage maitrisant les allers retours temporels déstabilise le spectateur et il en sera ainsi durant les 3h05 de cette longue fresque. Même si il faudra parfois quelques instants pour retrouver la ligne temporelle ; c’est bien grâce à cette virtuosité artistique qu’un film de trois heures semble durer seulement deux heures. Mais l’histoire ? C’est un mélodrame sur fond politique. Liyun et Yaojun est un couple d’ouvriers heureux et disciplinés dont le fils unique XingXing va décéder accidentellement au début des 80’s au moment où le politique de l’enfant unique sévie encore en Chine. La perte de l’enfant, qui plus est unique, va bouleversée leur existence et chahuter leur relation d’amitié avec un couple dont l’enfant HaoHao est quasi un second fils pour eux et un quasi frère pour leur enfant décédé. Mais jamais de pathos et de discours larmoyant, tout n’est que finesse à l’image de l’émotion intense que parviennent à faire passer les comédiens principaux. A l’issue des 3h de film, on aurait tellement envie de passer encore quelque temps avec eux ; et c’est justement qu’ils reçurent l’Ours d’Argent à Berlin pour leur interprétation ; on ne peut les dissocier. Wang Xiaoshuai, au-delà de cette fresque familiale et amicale construit un film politique qui, on se demande encore comment, est passé sous les radars de la censure. Il condamne fermement des institutions politiques œuvrant pour la croissance économique tout en abusant de la docilité quasi génétique de son peuple. Fils unique noyé, enfant avorté, enfant illégitime, fils adoptif ; une natalité administrée n’empêche pas les aléas et le mauvais sort. Wang Xiaoshuai, qui avait 12 ans quand la restriction des naissances a été imposée, raconte cela«En Chine, la cellule familiale est traditionnellement le socle de la vie en société et les parents reposent leur avenir sur leur nombre d’enfants, et principalement de fils, qui pourront subvenir à leurs besoins quand ils seront vieux. La politique de l’enfant unique a été un choc pour l’ensemble de la population parce que les conséquences n’ont pas du tout été anticipées, d’autant qu’elle prenait le contre-pied de l’enthousiasme nataliste du règne de Mao. Mais là-bas, il ne faut pas agir en égoïste, et le collectif prime sur l’individu. Tant et si bien que même si quelques personnes ont pu exprimer leur scepticisme, cette politique a été entendue, digérée et pratiquée par les Chinois sans véritable contestation. Et une fois qu’elle a été arrêtée, personne n’a jugé utile de mener une réflexion sur ce qui s’était passé.». Il raconte aussi la chance d’avoir plus de liberté de choix dans sa vie adulte que la génération précédente qui dans n’étaient pas maîtres de leur destin, simple pièce d’un gigantesque jeu d’échecs politico-social ; et cela transpire tout au long du film. Pour toutes ces raisons, ce film est un incontournable de 2019.
Sorti en 2019
Ma note: 19/20

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