Carnage (1972) de Michael Ritchie

De son titre en V.O. "Prime Cut", ce film écrit par Robert Dillon, futur scénariste de "French Connection II" (1975) de John Frankenheimer et "Revolution" (1986) de Hugh Hudson est un film atypique, une sorte de polar à cheval entre le film noir des sixties et les nouveau cinéma des seventies, avec un ton particulier dont la figue imposante de reste le symbole mais on y reviendra... Le film est réalisé par Michael Ritchie qui a débuté sa carrière avec "La Descente Infernale" (1969) et "Votez McKay" (1972) tous deux avec Robert Redford. L'histoire est assez basique, Devlin, un homme de main, se voit charger par les boss de Chicago de partir au Kansas où il doit récupérer une grosse somme d'une associé qui veut couper les ponts en étant lui-même boss dans ons coin du Middle-West... Evidemment, Devlin est incarné par Lee Marvin à jamais éternelle "victime" du chef d'oeuvre "L'Homme qui tua Liberty Valance" (1962) de . Le méchant qui ne veut pas payer est interprété par Gene Hackman qui est alors au sommet entre "French Connection" (1971) de William Friedkin et "Conversation Secrète" (1974) de Francis Ford Coppola. Et enfin, on notera la première apparition de la toute jeune Sissy Spacek qui deviendra une star juste après avec "La Balade Sauvage" (1973) de Terrence Malick et "Carrie au Bal du Diable" (1976) de Brian De Palma...

Carnage (1972) de Michael Ritchie

Donc pour en revenir à Lee Marvin, il est lui-même à mi-chemin entre la fin de l'Âge d'Or et le nouveau cinéma et il reste donc à l'image de ce film dont le côté malsain, voir dérangeant plonge ce film de premier abord assez classique, dans les seventies. L'acteur retrouve un rôle qu'il a pu déjà jouer comme dans "A Bout Portant" (1964) de Don Siegel et il est amusant de remarquer quelques similitudes avec le film français "Canicule" (1984) de Yves Boisset dans lequel il jouait un de ses derniers rôles... Le film s'ouvre sur un générique qui met déjà dans une certaine ambiance ; on peut affirmer que ce film risque d'être le plus haï des vegans et consorts !... A partir d'un scénario court mais efficace qu'on a souvent l'habitude de voir dans un contexte urbain, voici que l'homme de main venu de la ville se voit confronter à un univers de "bouseux", de rednecks où les moeurs paraissent comme "contre nature". Ainsi, l'abattoir et l'élevage du ranch sert de façade à divers trafics, drogues assurément mais aussi de jeunes prostituées dont la douce Poppy/Spacek qui va charmer sans mégarde Devlin/Marvin. Outre le marché à la chair fraîche, on notera les moeurs particulières du caïd/Hackman qui s'amuse comme un gosse avec sa brute de frère, qui lui-même semble avoir un penchant pervers tandis que les deux hommes sont entourés d'une armée de jeunes tueurs tous blonds qui appuie le côté athlète aryen qui n'est pas pour atténuer l'atmosphère assez unique de ce petit coin du Kansas... C'est d'ailleurs bien là que le film impose sa patte, un polar noir qui confronte la ville à la campagne, le chapeau-costard aux tiags-stetson, jusqu'à insinuer que les gangsters et autres tueurs des villes ne s'abaissent pas à la perversité et aux déviances dégénérées des rednecks du midwest.

Carnage (1972) de Michael Ritchie

A côté de ces "déviances", le film s'avère plus subtil encore avec le personnage de Devlin qui sort la jeune Poppy au restaurant dans une robe qui ne laisse personne indifférent, Devlin qui reste froid même quand ce sont ses compagnons qui paient alors même qu'il ne semble pas franchement savoir pourquoi il agit... On apprécie les dialogues également qui offrent 2-3 répliques pas si anodines. Puis enfin le film offre quelques scènes chocs qui vont de la simple mis en abîme du marché aux jeunes filles à des meurtres violents en passant par une course poursuite avec une moissonneuse-batteuse qui rappelle une certaine scène de "La Mort aux Trousses" (1959) de Alfred Hitchcock. Le film aurait pu être encore meilleur sans cette fin un peu timoré, qui ne correspond pas au reste du film, en tous cas qui n'assume pas jusqu'au bout. En effet, on aurait aimé une fin plus pessimiste, plus cynique, moins happy end. Néanmoins, entre le caïd (Hackman) et sa horde de rednecks, les charmes de Poppy (Spacek), l'homme de main désabusé et impitoyable, les scènes marquantes et cette atmosphère digne d'un petit monde en autarcie le film est un polar assez unique qui mérite le détour.

Note :

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