[Critique] Absolutely Anything réalisé par Terry Jones

Absolutely-Anything

Synopsis : « Neil Clarke, un enseignant désenchanté, amoureux de sa voisine du dessous qui sait à peine qu’il existe, se voit attribuer par un conseil extraterrestre le pouvoir de faire absolument tout ce qui lui passe par la tête. Neil l’ignore mais la manière dont il va se servir de ce nouveau pouvoir va dicter le destin de l’humanité. Un seul faux pas de sa part et les extraterrestres anéantiront la planète Terre. »


Connus dans le monde entier pour leurs travaux de groupe, (Sacré Graal en 1975, La Vie De Brian en 1979 et Le Sens De La Vie en 1983) les Monty Python ont su s’imposer comme l’une des plus grandes source d’inspiration des humoristes français des années 90 (Alain Chabat, Les Robin des Bois, Albert Dupontel). Séparés depuis des années, la troupe a récemment décidé de se retrouver en 2013 pour une série de spectacles potentiels et un nouveau film, Absolutely Anything. Cette dernière sortie du quatuor est signée par Terry Jones, l’un des piliers de la bande. Riche en idées et en gags, leur nouvelle comédie se vautre dans ce qui guettait la troupe depuis maintenant longtemps. Jouant trop facilement avec l’absurde, le film présente de vrais problèmes de ton et ne parvient pas à gérer ses sketches mal mis en places.

On le sait depuis longtemps, les Monty Pyhton n’ont jamais eu peur de l’absurde. C’est ce qui a toujours parsemé leurs gags, ce qui a toujours constitué leur signature. Ce jeu se heurte ici à ses limites. La « modernisation » de l’humour de la bande ne trouve plus son chemin. Ce qui, dans leurs anciens sketches, paraissait plein de vitalité et de joie de vivre flirte maintenant avec la bouffonnerie. Dans sa volonté de verser dans le second degré auto-parodique, Absolutely Anything rend tout dérisoire. Au lieu de nous interpeller sur l’absurdité du fonctionnement de notre monde comme ce que faisait la bande dans les année 70, il ouvre à outrance la vanne du rire, quitte à ne plus parler de rien. Absolutely Anything rencontre le revers de la médaille du théâtre de l’absurde. En filmant à la source l’auto-dérision assumée, Terry Jones se vautre dans le lourdingue.

L’écriture du métrage en elle-même manque d’inspiration. Le premier acte du scénario enchaine les séquences poussives révélant des personnages réduits à des traits de caractère basiques, définissant leur place balisée dans le récit. Dès le début, le film ne trouve pas de réel langage. La mise en scène de Jones s’efface derrière le portrait d’un personnage plein désillusions. Séquence après séquence, le réalisateur tourne en rond, ne cherchant que des prétextes pour des situations burlesques répétitives. Ce démarrage n’est en réalité qu’un prétexte pour préparer l’essentiel pivot de l’histoire qui, dans l’intention, est censé lui apporter son envol : la puissance divine que le héros se prendra à découvrir. Là aussi Jones déçoit. Ce qui aurait pu sauver la comédie la plombe en réalité définitivement. La découverte des pouvoirs du héros n’est encore une fois qu’un prétexte pour asséner des sketches d’assez mauvais goût (scène de la crotte de chien…). Jones cède ici soudainement aux facilités scénaristiques et fait tourner son film en rond. Sans ligne directrice, Absolutely Anything souffre de vrais problèmes de rythme, ne crée aucun enjeu émotionnel, et montre dans le fond qu’il n’a pas grand chose à dire.

Enchainant les incohérences scénaristiques sur la fin, tout en ne soignant plus aucune écriture de personnages (chacune de leurs réactions paraissent parachutées) le film passe à côté de ses enjeux émotionnels. Ce qui aurait pu toucher, notamment le dénouement de l’histoire d’amour est complètement passé par dessus la jambe. Dans sa volonté de tout vampiriser par le second degré (en témoigne les effets visuels par intermittence spectaculaires sinon digne d’une pub contre bactérie) Absolutely Anything s’épuise terriblement sur la durée.

En Conclusion :

Une question s’impose donc : Absolutely Anything constitue t-il une purge ? L’affirmer serait sévère. Malgré son âge, Terry Jones s’amuse et se Ardoisefait plaisir (quitte à devenir son propre décalque). Reste également une ou deux séquences d’effets visuels bien exécutée et l’interprétation des acteurs qui sauvent le film : l’excellent Simon Pegg, insupportable de drôlerie, et les charmes de Kate Beckinsale, faire-valoir féminin. Mais ce qui risque le plus de marquer demeure le doublage irrésistible du chien Dennis par Robin Williams, dans son dernier rôle, ainsi que l’hommage émouvant qui lui est rendu au générique de fin. En bref, Absolutely Anything agacera très certainement, mais peut tout à fait  paraitre sympathique à condition de mettre son cerveau en veille.


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