Critique : Rush (2013)

Rush 1

Résumé : La rivalité entre Niki Lauda et James Hunt, deux pilotes de Formule 1 qui ont enflammé les circuits du monde entier durant les années 70.

Les sports automobiles n’ont que très rarement soulevé les foules. Deux onéreux essais (le réalisme documentaire de Le Mans, la fresque mélodramatique Grand Prix), puis une petite poignée de productions qui ont régulièrement alimenté les podiums des pires navets jamais réalisés (Michel VaillantDriven) ont très vite scellé l’avenir de cette discipline sur le grand écran. Pilote talentueux à la filmographie pourtant loin d’être irréprochable, Ron Howard, qui fit jadis courir une Smart dans les ruelles de Paris, tente d’introduire sa caméra dans les paddocks d’un genre maudit afin de lui redonner un peu de ses lettres de noblesse. Tracer ainsi, sur le macadam détrempé de la fresque motorisée, le destin croisé de deux des légendes de la Formule 1 de la grande époque que sont Niki Lauda et James Hunt a de quoi sérieusement terrifier le plus téméraire des cinéphiles. Finalement, il ne faut que très peu de temps à cette monoplace de passer l’épreuve du déverminage, et de s’imposer parmi les grandes réussites du genre. On savait le réalisateur particulièrement à l’aise dans l’exercice du biopic, lui qui tenta de décrocher la Lune à bord de son Appolo 13 avant de retourner sur Terre dessiner la brillante paranoïa d’Un Homme d’Exception. Mais il fait montre ici d’une fureur visuelle sans commune mesure avec ses précédentes productions. Soutenu par les efforts du scénariste Peter Morgan (Le Dernier Roi d’Écosse, The Queen, Skyfall, et Frost/Nixon, du même Howard), le cinéaste parvient à négocier les courbes sinueuses d’un sport humainement plus complexe que ce que laisse croire ses apparences, de passer De l’Ombre À La Lumière de personnalités extrêmes. Il y a bien évidemment les courses et la gloire, mais également les relations entre les pilotes, leurs points de vue sur leurs existences. Ainsi, pendant près de 120 minutes, Eros et Thanatos s’embrassent au cours d’un langoureux ballet de chairs froissées et de tôles mutilées, l’amour pour la vitesse plongeant ses mains enflammées dans l’ombre effrayante et séduisante de la mort. Jusque-là, seul le duo Lee Katzin/Steve McQueen étaient réellement parvenus à saisir ce paradoxe. Parvenir ainsi à égaler, voir même à surpasser cette référence incontestée du genre est aussi inattendu que vertigineux. Une réussite narrative et plastique d’autant plus époustouflante encore que la réalisation ne sacrifie rien au spectaculaire - la frontalité du calvaire hospitalier enduré par Niki Lauda, seul sacrifice fait à la pudeur, nourrissant finalement davantage la vision extrême de cet étrange métier que la nature platement spectaculaire du sujet. Cette respectueuse et puérile rivalité entre ce deux ogres de l’asphalte, par ailleurs supportée par deux magnifiques interprètes, n’en devient alors que plus intense au fil de cette passionnante course pour la vie. (5/5)

Rush 2

Rush (États-Unis, 2013). Durée : 2h03. Réalisation : Ron Howard. Scénario : Peter Morgan. Image : Anthony Dod Mantle. Montage : Daniel P. Hanley, Mike Hill. Musique : Hans Zimmer. Distribution : Daniel Brühl (Niki Lauda), Chris Hemsworth (James Hunt), Olivia Wilde (Suzy Miller), Alexandra Maria Lara (Marlene Lauda), Pierfrancesco Favino (Clay Regazzoni).