[Venise 2026] « A veces me entra tristeza, otras veces rebelion » de María Aparicio

A veces me entra tristeza otras veces rebelion affpro[Giornate Degli Autori]

De quoi ça parle ?

De la rencontre d’une actrice argentine, Eva (Eva Bianco) et d’un doctorant en histoire, Dante (Roger Koza), tous deux de passage à Madrid.
Eva y fait escale avant de pouvoir se rendre en France, où un hommage doit lui être rendu lors d’un festival. Elle n’y connaît personne et ne cherche pas vraiment à nouer de nouvelles relations, mais comme elle s’ennuie, elle essaie de passer le temps en visitant des musées.
En parcourant le musée Reine Sofia, elle fait la connaissance de Dante, un historien qui prépare une thèse sur les luttes ouvrières en Argentine et le travail de Juan Bialet Massé. Qui ça ? On a cherché pour vous (1)…

De cette relation naît un autre film, qui parle, lui, de lutte des classes et du sentiment de tristesse et de rébellion qui est partagé par bon nombre de travailleurs exploités, damnés de la terre et forçats du travail…

Pourquoi on oscille entre tristesse et révolte ?

Ca commence comme un thriller hitchcockien. Eva s’inquiète d’être suivie par un homme inconnu, d’abord dans un musée madrilène, puis dans la rue… Un tueur psychopathe ? Un malfrat voulant la kidnapper en échange d’une rançon ? Ah, non… C’est juste un rat de cinémathèque qui a voulu profiter de cette rencontre fortuite pour la saluer et lui témoigner son admiration. Ils sympathisent et discutent un peu de leurs vies, solitaires et dédiée au travail.
Dante lui raconte qu’il est historien et est venu à Madrid pour finaliser sa thèse consacrée à Juan Bialet Massé et aux luttes ouvrières en Argentine à travers les âges. Logiquement, Eva devrait réagir de la même façon que les personnes à qui Agnès Jaoui parlait de sa thèse dans On connaît la chanson (2), mais non, elle s’intéresse au sujet. En même temps, elle s’ennuie à mourir à Madrid, donc ça ou autre chose… Elle a même plein d’idées pour aider Dante dans sa quête. Et comme ils ont l’air de bien s’apprécier, ces deux-là, ils passent de plus en plus de moments ensemble.

Ce n’est pas du tout un thriller, en fait. C’est plutôt une variante de Quand Harry rencontre Sally. Enfin, en version intello de gauche, assez lénifiante. Et sans salade sauce à part.
Ils papotent, se rapprochent, s’éloignent, à leur rythme, et voient poindre le moment où leurs chemins vont devoir se séparer, elle pour son festival en France, lui pour ses recherches en Catalogne, puis à Londres sur la tombe de Karl Marx. Mais on se dit que l’on évolue quand même vers un happy end, un amour naissant, à défaut une romance sapiosexuelle.

Ah… Ça change encore… Soudain, la réalisatrice se moque totalement de l’intrigue “amoureuse”. Les personnages continuent leur vie hors champ. Eva disparaît. Dante suit son conseil et, plutôt que de chercher à fouiller dans le passé, part interviewer des gens bien vivants, qui vivent la lutte des classes au quotidien.
Le film se mue alors en un documentaire qui empile des portraits de personnes combatives et résilientes, dont la vie est loin d’être une comédie romantique. Ce n’est pas inintéressant, loin de là, mais le glissement est assez abrupt.

On peut trouver le procédé audacieux et admirable, comme le jury des Giornate degli Autori présidé par Carla Simón, qui a remis à A veces me entra tristeza, otras veces rebelión son Director’s Award, la principale récompense de la section. Mais on a aussi le droit de trouver le dispositif assez poussif et le film assez pénible à suivre, malgré ses multiples changements de direction et, reconnaissons-le, une mise en scène plutôt élégante.
Si María Aparicio s’était contentée de réaliser un documentaire complet à partir des témoignages de la dernière partie, ou un docu-fiction comme le 24 City de Jia Zhangke, on aurait pu y trouver notre compte, en tout cas, davantage qu’avec ce méli-mélo romantico-intellectuel.

Pour couronner le tout, le film se termine par une chanson. Voilà autre chose ! Nous voilà presque dans une comédie musicale ! Marx Side Story ! C’est la fugue finale ! N’en jetez plus !

(1) : Juan Bialet Massé (1846–1907), né en Espagne mais installé par la suite en Argentine, était un homme multi-talents, au profil atypique : diplômé de médecine, il a aussi obtenu un diplôme d’avocat, un autre d’agronome. Il a exercé comme professeur, avocat, homme d’affaires, participant à la construction de barrages,… Un véritable touche à tout.  Mais ce qui est plus important, ici, c’est sa carrière de politicien. Il a été conseiller municipal de la ville de Córdoba, a représenté les dockers de Rosario au Congrès du Syndicat des travailleurs argentins, et été commissaire chargé d’évaluer les conditions de travail et la population active en Argentine. Il a soumis le rapport « L’état des classes ouvrières argentines » et publié plusieurs ouvrages qui en font un précurseur du droit du travail dans son pays d’adoption.
(2) : Sur les fameux “chevaliers paysans de l’an Mil au Lac de Paladru”.

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