« Verity » de Michael Showalter

VerityLowen Ashleigh (Dakota Johnson) est une écrivaine qui peine à trouver son public, malgré les efforts de son agent pour lui organiser des lectures et des séances de dédicaces. Un jour, celui-ci organise pour elle un rendez-vous avec une importante maison d’édition, qui a un deal à lui proposer : servir de “ghostwriter” à une star du thriller horrifique, Verity Crawford (Anne Hathaway). Cette dernière, suite à un accident de voiture, est incapable de poursuivre l’écriture de son nouveau roman, nouvel opus d’une série de best-sellers adulée par les lecteurs, et l’éditeur a besoin de quelqu’un pour trier les notes laissées par l’autrice et rédiger le manuscrit. Lowen hésite. Elle ne sait pas si elle est capable d’écrire à la place de quelqu’un d’autre, surtout une romancière au style aussi affirmé. Mais Jeremy (Josh Hartnett), le mari de Verity, insiste pour qu’elle réfléchisse à la proposition. Il lui dit que Verity a adoré son dernier roman et souhaiterait que ce soit elle qui lui serve de prête-plume.

Lowen finit par accepter la proposition, motivée autant par le salaire proposé que par la perspective d’apprendre à mieux connaître ce quadragénaire séduisant et mystérieux qui la trouble. Elle s’installe dans la maison du couple, dans le Vermont, et rencontre ses occupants : Jeremy, donc, son jeune fils, Crew, et, last but not least, Verity. La conversation tourne court car elle découvre que l’écrivaine est complètement paralysée et dans un état catatonique. Depuis l’accident, elle est clouée au lit ou dans un fauteuil roulant, incapable de bouger ou parler. Un vrai légume.
Lowen essaie de se mettre au travail, mais découvre sur une clé USB un manuscrit qui vient totalement changer son point de vue sur Verity. Dans ce qui semble être une autobiographie, la romancière raconte sa rencontre avec Jeremy, sa grossesse et les sentiments complexes qu’elle a éprouvés à ce moment-là. Elle y expose des facettes bien peu reluisantes de sa personnalité et son rapport à ses proches. Lowen éprouve pour elle un dégoût grandissant et, en parallèle, une affection grandissante pour Jeremy. Quand des éléments troublants viennent perturber son séjour, la jeune femme en vient à s’interroger sur sa propre santé mentale, son rapport à la réalité et à la fiction.

Verity est tiré d’un roman à succès de Colleen Hoover (1). Au vu du scénario du film de Michael Showalter, on se demande bien pourquoi.
D’accord, il y a une intrigue à rebondissements, dont le public est généralement assez friand. Mais encore faut-il que ces rebondissements constituent une surprise, et qu’ils soient cohérents par rapport à la narration. Quand on va voir un film présenté comme un “thriller psychologique”, on s’attend à être manipulé et donc, on ne peut s’empêcher d’échafauder des hypothèses quant aux bifurcations possibles du récit. Ici, il y a peu de personnages, donc l’équation est assez simple, et les possibilités de twist assez limitées – en même temps, essayez de twister en étant paralysé et catatonique, vous allez voir si c’est facile…
Bref, les possibilités ne sont pas légion :

Hypothèse 1 :  Jeremy, derrière la façade du mari idéal, cache un psychopathe d’envergure. Il est joué par Josh Hartnett, qu’on a vu récemment en serial killer dans Trap, donc plausible… Et l’insistance dont il a fait preuve pour engager Lowen est assez suspecte, même si on peut comprendre son envie de découvrir les cinquante nuances de la personnalité de la jeune femme.

Hypothèse 2 : Lowen a les fils qui se touchent. Son Dakota est entré en collision avec son Vermont. Son séjour chez les Crawford réveille de vieilles blessures psychologiques et des troubles inquiétants. En ce cas, c’est elle la psychopathe. Ceci expliquerait son manque de réaction, son manque d’affect, face au drame auquel elle assiste, au tout début du récit. Et cela justifierait ses hallucinations, un peu plus tard, quand elle s’imagine que Verity l’épie.

Hypothèse 3 : Verity simule la paralysie et manipule son monde. Alors, c’est elle la psychopathe et elle marche sur ses deux pattes. Ca fait beaucoup de –pathes/pattes/pâtes. Au légume, ici… (2). Anne Hathaway livre une performance presque complètement statique. Mais paradoxalement, elle réussit quand même à imposer une certaine présence, tour à tour émouvante, révoltante ou inquiétante.

Hypothèse 4 : Tout le monde est normal, il n’y a aucune raison d’être parano, mais alors, le film deviendrait totalement plat et vide. Peu de chances que cela arrive, sauf un coup de folie radical des auteurs.

Ajoutons également la possibilité de mixer ces hypothèses, mais cela ne va pas bien loin quand même. On peut deviner assez facilement comment l’histoire va finir, d’autant qu’on a tout le temps de réfléchir à tout cela, faute de suspense et de trouble. Le rythme du film semble aussi amorphe que Verity. La mise en place du récit est anormalement longue. Il faut bien une quarantaine de minutes avant que Lowen se mette à douter de sa santé mentale – ou de l’état réel de Verity. Et ce n’est que dans les quinze ou vingt dernières minutes que l’intrigue s’emballe enfin. Pour le reste, cela manque cruellement d’évènements capables de susciter des fausses pistes ou d’autres frissons. Pour un thriller, c’est assez fâcheux, et ce n’est pas la mise en scène platement illustrative de Michael Showalter qui vient dynamiser cet ensemble mollasson, aussi gelé que le lac derrière la maison des Crawford. Cette maison étrange, dont le toit ressemble à des dents acérées, est le seul élément intéressant du film. Elle contribue à l’ambiance malaisante – à défaut d’être angoissante. Hélas, le cinéaste ne tire pas suffisamment parti de ce décor insolite.

Michael Showalter préfère pimenter un peu son long-métrage avec une ou deux scènes de romance attendues entre Lowen et Jeremy et même une séquence érotique où la jeune écrivaine, dans son bain, fantasme sur une possible relation sexuelle avec le propriétaire des lieux, tellement “torride” qu’elle en mord la tête de lit. Tant de sensualité, c’est violent… Un coup à y perdre son dentier ! Ce n’est pas désagréable en soi, chacun pouvant admirer, au choix, la plastique de Josh Hartnett ou celle de Dakota Johnson. Mais franchement, ces scènes n’apportent pas grand-chose au film, à l’ambiance ou à la psychologie des personnages. Elles sont totalement gratuites. Dans le bouquin, c’était sans doute un moyen d’émoustiller les jeunes adultes, fidèles lecteurs de Colleen Hoover. Ici, c’est peut-être le cas aussi. Dans ce cas, il faut considérer que le film ne s’adresse qu’à un public adolescent, qui n’a vu que très peu de thrillers et de romances pour adultes, pas à un critique de plus de cinquante ans qui en a vu d’autres.

En vérité, cette Verity ne nous laissera pas un souvenir impérissable. Les acteurs se bougent un peu – sauf Anne Hathaway, donc – pour essayer d’apporter un peu de mystère et de trouble, mais cela ne suffit pas à sauver le film de la cata…tonie.

(1) : “Verity” de Colleen Hoover – éd. Hugo Poche – 368 pages
(2) : Pardon pour le jeu de mots douteux. Le film m’a fatigué…


Verity
Verity

Réalisateur : Michael Showalter
Avec : Dakota Johnson, Josh Hartnett, Anne Hathaway, Ismael Cruz Cordova, Brady Wagner, Asel Swango
Genre : thriller en état catatonique
Origine : Etats-Unis
Durée : 1h54
Date de sortie France : 30/09/2026

Contrepoints critiques :

”Un pur thriller, retors et vénéneux.”
(La rédaction – Voici)

”Plaisir coupable devant ce polar aussi sexy que cruel, où règnent manipulations et faux-semblants dans une atmosphère paranoïaque et malaisante.”
(Stéphanie Belpêche – Le Journal du dimanche)

”Au lieu de plonger dans un thriller complexe, on sombre dans une intrigue bête et téléphonée.”
(Adèle Buijtenhuijs – Télérama)

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