L'être aimé

L'être aiméL'être tout puissant

La croisette a l’air d’être emballée par ce film sorti en salle en même temps que sa projection ; c’est de plus en plus fréquent, et je salue ce geste qui permet aux passionnés de cinéma de partager les débats de la Quinzaine au même rythme que les festivaliers. Mais pour mon compte, fan de Rodrigo Sorogoyen de la première heure, celui-ci est un mode mineur par rapport aux précédents ; je préfère sa tonalité sèche déployée dans ses thrillers/polars. Dans cette histoire d’un père qui essaie, sur le tard, de rattraper le temps perdu avec une fille qu’il n’a que très peu vu ; la tension, marque de fabrique du metteur en scène, est bien présente. Cependant, mis à part les affrontements entre deux acteurs irradiant la film (Javier Bardem et Victoria Luengo) par leurs puissances, le film peine à passionner. La mise en abyme du combat de coq entre un père essayant de rattraper le temps perdu et une fille qui a besoin de solder le passé pour repartir par le prisme d’un tournage de cinéma dans lequel le père est le réalisateur et la fille l’actrice principale peine à convaincre. Comme beaucoup de film tentant le grand écart entre un drame personnel et le film ; çà donne l’impression d’un microcosme qui se regarde le nombril. Sorogoyen en profite donc, et avec talent, pour déployer la palette de son savoir-faire impressionnant, parfois même excessive : « kaléidoscope narratif, maelström d’images, de formats, de couleur, de grain ». Ce film interroge la mauvaise conscience que devrait avoir le spectateur en voyant des œuvres magistrales obtenues par des abus de pouvoir du metteur en scène pour obtenir de ses équipes son attendu. L’art justifie-t-il l’excès de moyens ? Mais interroge aussi, dans ce post « Me Too », la masculinité toxique et autoritaire sur les tournages.

De fait les questions existentielles posées par cette relation père fille ratée sont diluées inutilement dans un tournage qui n’a guère d’intérêt à part un tête à tête très fort.

Sorti en 2026

Ma note: 13/20