
The sound of silence
Angela et Hector attendent leur premier enfant ; l’histoire semblerait banale si elle n’était pas sourde et lui entendant. Jusqu’à l’accouchement, ce couple aimant attend l’heureux événement comme le commun des mortels ; exceptés les parents d’Angela, entendants, renvoyés à leur propre expérience et un peu paniqué par cette future naissance. Tout le long de ce joli premier film espagnol de Eva Libertad nous allons louvoyer entre deux mondes, celui des sourds avec les amis de Angela et celui des entendants avec les relations de Hector. Et on perçoit à chaque instant comment il est compliqué pour les sourds d’être en symbiose avec les entendants ; c’est une lutte de tous les instants pour eux et leur entourage afin de ne pas être oubliés ou pire que l’on ne parle pas à leur place. Dans toute cette partie tout de même un peu longue et qui aurait mérité d’être resserré tant les quelques éléments de contexte traités sont maigres en rapport des 50’ consacrés ; il y a un personnage phare très secondaire, au-delà des parents, qui pose déjà bien les bases des difficultés éducatives particulières de ce couple ; il s’agit du pré ado entendant fils de deux parents sourds. Par des non-dits, des regards et surtout le jeu tout en subtilité de Miriam Garlo, les enjeux que Angela devra relever pour se faire sa place et tisser un lien, elle sourde, avec sa fille entendante, sont posés avec beaucoup de tact et de sensibilité. Et tout le film sera traversé par cette intelligence et cette sensibilité tout en étant pédagogique ; on comprend mal comment au Festival de Berlin, ce film est resté sous les radars. Avec quelle force le spectateur parvient à ressentir la peur de Angela ne pas parvenir à être connecté à son enfant ; c’est déchirant sans être larmoyant. Et Hector ne parvient pas toujours à appréhender toute la complexité de la situation ; mais il reste aimant et attentionné à cette parentalité particulière. De part son audace formelle dans son final, Eva Libertad parvient à nous immerger dans le monde sensoriel d’une femme sourde. Pourtant assez banal dans ses deux premiers tiers il devient sublime dans son dernier. La réalisatrice parvient à nous faire entendre la surdité d’Angela ; une expérience sensorielle troublante, une première au cinéma.
La première moitié aurait pu être condensée, mais la fin nous emporte magnifiquement. On sort conquis et plus connecté aux difficultés de ce handicap.
Sorti en 2026
Ma note: 15/20