Hier, nous avons parlé de guerre et de relation amoureuse. Aujourd’hui, on repart sur les mêmes bases avec les deux films en compétition.
Dans Coward, Lukas Dhont nous entraîne dans les tranchées de la Première Guerre mondiale. Sa caméra suit l’arrivée sur le front d’un groupe de jeunes soldats belges. Les “bleus” sont pleins d’allant, motivés par l’envie d’en découdre avec les “Boches”. Ils chantent et rient de bon coeur, la fleur au fusil. Parmi eux, un grand gaillard d’une vingtaine d’années, Pierre (Emmanuel Macchia). Calme, la tête froide, il semble taillé pour être un bon petit soldat, pas du genre à abandonner les copains sur le champ de bataille. On le prend même à fustiger les “lâches” qui restent planqués dans les tranchées.
Ils sont à peine arrivés près de la ligne de front que, déjà, ils sont confrontés à la réalité du terrain. Ils doivent ramasser des dizaines de cadavres de soldats, abandonnés sur le champ de bataille. Plus tard, ils vivent les premières escarmouches, féroces, avec l’ennemi, et leur détermination commence à décliner. Au camp, on sent l’ambiance plus crispée. Les soldats sont marqués par les combats, éprouvés par la perte de camarades ou les horreurs de la guerre. Leurs officiers sont sur les dents et ne tolèrent aucun manquement à la discipline, sous peine d’exécution sommaire. Les seuls qui apportent un peu de fantaisie et de douceur dans un univers qui en manque cruellement sont Francis (Valentin Campagne) et sa troupe de joyeux drilles. Ces soldats sont chargés de remonter le moral des troupes en organisant une revue théâtrale, une sorte de spectacle de french cancan animé par des soldats déguisés en femmes. Pierre, désigné pour aider au projet en installant la scène et les décors, tombe peu à peu sous le charme de Francis.
A partir de là, le film délaisse le champ de bataille pour s’atteler à montrer le travail de ces créateurs de spectacles. La grâce balaie les horreurs du conflit. Pour rester dans ce cocon de douceur, auprès de Francis, Pierre se blesse intentionnellement à la main. Le temps de soigner sa plaie et de cicatriser, il peut rester loin du champ de bataille. Mais les combats continuent, avec une intensité plus soutenue. Les comédiens le constatent. Ils voient bien que leurs numéros ne sont plus suffisants pour tirer de leur torpeur des soldats hagards, grièvement blessés ou traumatisés. Pierre comprend qu’il va bientôt devoir rejoindre les tranchées et qu’il ne bénéficiera pas d’un traitement de faveur.
Lukas Dhont prend le parti de laisser la guerre hors champ, en tout cas le plus possible, pour ne filmer que les moments de beauté et de grâce, à l’aide d’une image très soignée, des couleurs chaudes et des jeux de lumière élégants. Il veut rendre hommage à ces créateurs amateurs qui ont essayé d’offrir aux soldats un moment de joie éphémère, pour se redonner un peu d’entrain avant les combats, un dernier instant de plaisir avant la mort, pour beaucoup d’entre eux. Il s’est beaucoup documenté sur le sujet et a trouvé des images prouvant l’existence de tels dispositifs. Son idée est intéressante et s’il s’en était contenté, cela aurait pu donner un film tout à fait correct. Le problème, c’est qu’il finit par se focaliser exclusivement sur les amours cachés de Pierre et Francis, tabous pour l’époque et surtout pour le contexte. Cela donne des scènes certes sensuelles mais aussi, disons-le, improbables. On ne croit pas un instant à cette relation passionnelle à deux pas du champ de bataille, au milieu des cadavres, des rats, des puces, du typhus et de la tuberculose. C’est trop joli pour être honnête, trop coloré pour être réaliste. Surtout, cela dilue le sujet du film. Quel est-il, au final ? La folie de la guerre ? Les efforts pour maintenir la beauté au milieu de l’horreur ? L’homosexualité et l’intolérance de la société ?
Faute de point de vue assumé, le film s’enlise et finit par susciter l’ennui. Il est très joli à regarder, mais c’est tout. Coward manque d’émotion, de puissance et d’enjeux dramatiques, contrairement à Girl et Close. On attendait mieux de la part de Lukas Dhont et c’est donc une petite déception.
La Bola Negra repose sur un principe assez similaire, un désir homosexuel qui éclot dans un contexte peu propice à la passion amoureuse, une guerre dévastatrice, et la beauté qui parvient à se frayer un chemin au milieu des ruines, des cadavres et de la folie des hommes. Mais la structure proposée par le duo de cinéastes espagnols Javier Ambrossi et Javier Calvo est autrement plus ambitieuse et originale. Elle entrelace des récits sur trois époques différentes, mettant en scène des personnages différents.
La première scène se déroule en 1937. Un petit village espagnol, favorable aux nationalistes du général Franco, attend avec impatience l’arrivée des troupes italiennes, venues pour libérer le village. Parmi les citoyens les plus enthousiastes, il y a Sebastian (Guitarricadelafuente). Il insiste pour que les membres de sa famille viennent participer au comité d’accueil. Mais les soldats débarquent de façon beaucoup moins amicale. Le village est massacré et Sebastian ne parvient à fuir que par miracle, avant de se retrouver enrôlé dans les rangs des phalanges franquistes. Il est finalement affecté à la surveillance d’un officier républicain, retrouvé grièvement blessé sur le champ de bataille mais encore en vie, et est chargé de le faire parler, pour obtenir d’éventuelles informations sur l’organisation ennemie. Le détenu se nomme Rafael (Miguel Bernardeau). Avant le conflit, il a été footballeur professionnel à Madrid, puis membre d’une troupe de théâtre. Petit à petit, Sebastian se prend d’affection pour son prisonnier. Il est troublé par les sentiments qu’il éprouve pour le bel inconnu. Rien ne le prédisposait à cela.
L’autre intrigue se déroule en 1932. Carlos (Milo Quifes), un jeune homme de bonne famille, mais sans le sou, cherche à devenir membre du prestigieux casino de Grenade. Pour cela, il doit être accepté par les dirigeants, qui votent pour ou contre son admission à l’aide de boules blanches et noires. Une majorité des premières, et il est accepté. Une majorité de boules noires, et son adhésion est rejetée. Finalement, Carlos est rejeté. Pour motiver leur décision, les votants expliquent que des rumeurs circulent quant à son homosexualité et que ce genre de déviance n’est pas toléré au sein de l’établissement.
La dernière trame narrative se déroule en 2017. Alberto (Carlos González Fernández), un jeune historien homosexuel, est appelé par un notaire de province qui lui annonce que son grand-père maternel est décédé et qu’il lui a laissé un objet en héritage. Le jeune homme est surpris, car il n’a jamais connu son grand-père. Sa mère (Lola Dueñas) avait coupé les ponts bien avant sa naissance. Par curiosité, Alberto se rend sur place. Il réalise que son grand-père avait suivi et apprécié ses pièces, à l’époque où il s’était essayé à la création théâtrale, et lui a remis un objet en lien avec cette passion pour l’écriture et le théâtre.
Dès lors, les pièces du puzzle s’assemblent. Il y a bien un lien entre les différentes histoires et leurs personnages. Un indice est donné avec l’histoire de 1932. C’est celle de “La Boule noire”, un texte inachevé de Federico García Lorca, reconnu comme l’un des plus grands poètes et dramaturges espagnols. L’auteur a été lui-même victime du coup d’état franquiste puisqu’il est mort en 1936 sous les balles des rebelles pro-nationalistes.
Cette fresque historique permet d’aborder une page tumultueuse de l’histoire espagnole, la difficile condition des homosexuels dans un pays longtemps sous l’emprise de dirigeants ultra-conservateurs et proches des milieux religieux, la création littéraire et théâtrale.
Le projet était risqué, car il est compliqué de faire ainsi coexister trois histoires de façon harmonieuse et fluide. Les cinéastes réussissent ce pari en s’appuyant sur une troupe d’acteurs épatants et une mise en scène élégante, qui lorgne beaucoup sur celle d’un certain Pedro Almodóvar, impliqué dans le projet via sa société de production, El Deseo. On regrettera juste que la force de la séquence introductive diminue un peu par la suite. Le reste est un peu plus conventionnel, malgré quelques belles scènes, notamment deux numéros de cabaret ou Penélope Cruz irradie de sensualité. Mais si l’émotion passe par le langage cinématographique, elle vient aussi des textes, pleins de poésie, de García Lorca et de la musique de Raùl Refree, enveloppante sans être envahissante.
Pour plusieurs critiques, le film devrait gagner la Palme d’or. On préfère rester un peu plus mesurés, car d’autres films semblent posséder les qualités requises. Mais c’est assurément un très bon film, intelligent et plein de finesse.
Autre belle surprise, The End of It, ultime film présenté dans la section Cannes Première. Le premier long métrage de Maria Martinez Bayona nous propulse dans le futur, à une époque où la technologie permet la vie éternelle. Il y a toujours des robots aspirateurs qui se cognent bêtement contre les meubles, des téléphones portables, une assistance par IA qui irrigue désormais des androïdes à apparence humaine, mais le progrès permet désormais de rester jeune grâce à des systèmes de filtration du sang hyper-élaborés et des injections qui permettent de conserver les organes intacts. Seuls les os sont à remplacer par des structures métalliques quand ils cassent. Claire (Rebecca Hall) vient de se faire remplacer sa dernière côte encore d’origine humaine. A 250 ans, c’est assez normal, mais elle y voit un signe du destin. Il est peut-être temps de tirer sa révérence. Le soir de sa fête d’anniversaire, après une énième surprise de ses amis, un énième plongeon dans la piscine – elle déteste cela – et les mêmes discussions creuses qui l’ennuient, elle annonce sa décision d’en finir. Un compte à rebours se met en place et elle a quinze jours pour régler ses affaires, sa succession et choisir la manière de mourir la plus adaptée.
Le ton du film oscille entre comédie et drame. La comédie vient des échanges entre Claire et son robot (Beanie Feldstein), son conjoint (Gael Garcia Bernal) et sa fille (Noomi Rapace). Le drame, lui, s’installe lentement et finit par s’imposer. Mais c’est un drame apaisé, serein, sans remous. On sait que Claire va mourir. C’est son choix. Elle a vu tout ce qu’elle voulait voir dans ce monde et le reste ne l’intéresse pas assez pour prolonger l’expérience. Artiste, elle a connu la gloire, mais avec cette histoire de vie éternelle, il y a fatalement eu un moment où sa notoriété a décliné, et d’autres artistes ont pris sa place. Avec cette annonce, elle crée l’évènement et s’apprête à renouer avec le succès. Une façon de partir en beauté.
La beauté vient aussi et surtout de la mise en scène, qui propose des plans sublimes, pleins de poésie, rappelant que l’humain garde le contrôle de sa création et que les nouvelles technologies ne sont là que pour l’aider à libérer son potentiel artistique.
In fine, le film exprime l’idée que les robots peuvent réussir à développer des sentiments et une âme, au-delà du côté binaire de leur mémoire.
Il séduit tant par son propos que par sa mise en scène, mais repose aussi grandement sur la performance de Rebecca Hall, impeccable dans ce rôle de femme en bout de course.
Marion Cotillard incarne aussi une femme qui arrive au bout du parcours dans Roma Elastica, le film de Bertrand Mandico présenté en séance de minuit. Son personnage est une star de cinéma à la notoriété déclinante, Eddie, qui apprend qu’elle est atteinte d’une tumeur incurable au cerveau. Plutôt que de se soigner et de prolonger de quelques mois son espérance de vie, elle renonce aux soins et accepte de partir tourner un film à Rome, en Italie. Le récit qu’elle doit tourner est un film de science-fiction. Drôle d’idée que de tourner un film futuriste dans une cité qui contient autant de ruines et de vestiges d’un passé glorieux. Accompagnée de sa maquilleuse/garde du corps/conseillère personnelle (Noémie Merlant, en mode surjeu activé), elle débarque dans la ville et entame une errance qui évoque les délires oniriques d’un Federico Fellini, les tribulations de Toni Servillo dans La Grande Bellezza et plusieurs pans du cinéma italien, qu’il s’agisse des grands maîtres du néoréalisme ou du cinéma bis, de Starcrash aux westerns ayant pour héros Django. D’ailleurs Franco Nero est de la fête, dans un rôle secondaire. Comme toujours chez Bertrand Mandico, c’est un film surréaliste, entre film fantastique et rêverie, qui permet de comprendre les tourments du personnage principal.
Il y a quelques scènes sublimes, notamment celle où Eddie voit sa tumeur soudain se développer à l’arrière de son crâne, laissant apparaître son visage, plus jeune, au moment où elle était au sommet. Une façon de montrer autant l’angoisse du personnage face à sa mort imminente que celle de n’être plus que le vestige de son glorieux passé.
Les thématiques rejoignent un peu celles de The End of It, où l’artiste doit aussi composer avec une notoriété déclinante, mais ici, la mort n’est pas choisie. L’actrice se débat, la refuse, cherche à atteindre une forme d’immortalité. C’est une oeuvre assez séduisante et envoûtante, malgré un côté un peu bricolé et fauché, et quelques petites fautes de goût – mais c’est aussi le cas, parfois, avec le cinéma transalpin.
Dans un autre registre, nous avons vu, à Un Certain Regard, Ulya, le film de Viesturs Kairišs dédié à l’histoire d’Ouliana Semionova. Il relate son parcours depuis son milieu d’origine, une famille d’orthodoxes vieux-croyants qui exploitait une ferme dans la région de Medumi, en Lettonie, jusqu’à ce qu’elle devienne la plus grande joueuse de basket-ball de l’histoire, avec des dizaines de titres nationaux, continentaux ou internationaux à son actif.
Il faut dire qu’à l’âge de treize ans, ses 1,90 m et sa carrure de camionneuse la destinaient plus à une carrière de basketteuse qu’à celle de petit rat de l’opéra. En 1964, elle est repérée par un coach qui, ébahi par sa taille XXXL, lui donne sa chance. Ulya ne connaît rien aux règles du basket-ball et n’a jamais reçu la moindre préparation physique. Le stage est l’occasion de s’ouvrir aux autres, découvrir un monde plus vaste que sa petite communauté, mais aussi faire face aux mauvais côtés de l’âme humaine. On se moque de sa carrure, de son profil peu féminin. Certains insinuent même qu’elle est un homme (dans le film, elle est d’ailleurs incarnée par un homme, Karlis Arnolds Avots, qui a aussi signé le scénario). D’autres pensent qu’elle est dopée – il n’est pas exclu que le grain dont elle se nourrit, à la ferme, soit potentiellement enrichi en hormones de croissance pour booster l’élevage, mais ça ne nous regarde pas… D’autres, enfin, abusent de sa crédulité. Cela va renforcer son envie de se battre pour s’imposer et devenir la meilleure.
Le film, lui, compose des cadrages qui trahissent le mal-être du personnage, qui ne semble jamais à sa juste place. Elle est écrasée par un format d’image trop resserré ou, au contraire, perdue dans l’immensité de la nature. Le noir et blanc, austère, évoque le cinéma soviétique de la guerre froide, pas toujours des plus séduisants. Mais petit à petit, avec la diffusion des matchs, le cadrage s’adapte au gabarit de la jeune femme, qui domine les autres joueuses de deux bonnes têtes. On ne voit plus qu’elle, et c’est comme cela qu’elle devient une idole en URSS d’abord, puis dans le monde entier, puisqu’elle est la première joueuse non-américaine à avoir intégré le Hall of Fame du basket-ball.
On n’aura pas eu l’occasion de saluer cette championne, qui est malheureusement décédée en janvier dernier. Dans la même section, on aurait pu aborder Maika Monroe, l’interprète principale de Victorian Psycho, car avec une taille de moins d’1,70 m, on se sent déjà plus à la hauteur… Mais hors de question de lui mettre la main au panier. Par respect pour la personne, tout d’abord, et surtout parce que, dans le film de Zachary Wigon, elle est particulièrement flippante. Elle joue Winifred Notty, une gouvernante qui vient d’être engagée par une famille bourgeoise pour s’occuper de l’éducation de leurs deux enfants. Elle débarque donc dans le manoir d’Ensor House avec la ferme intention de ne pas répéter les erreurs du passé et, cette fois-ci, de rester en poste plus longtemps. Comme l’intrigue se déroule en 1858, dans un lieu isolé de l’Angleterre victorienne, il n’y a ni internet, ni téléphone pour vérifier ses antécédents et ses références et ses employeurs ne l’ont retenue que pour son allure distinguée. Dommage, ils auraient constaté qu’elle est complètement cinglée. Tout le monde ne ramène pas, comme souvenirs de ses expériences professionnelles précédentes, une oreille ou un bouquet de phalanges. Winifred, si. Elle fait ce qu’elle peut pour cacher ses tendances psychopathologiques aux enfants et à ses employeurs, mais le naturel ne tarde pas à revenir au galop, quand d’autres employés se font trop inquisiteurs.
Zachary Wigon signe un film d’horreur assez inspiré, parsemé de scènes saignantes à souhait et d’un humour noir rafraîchissant. Comme évoqué plus haut, Maika Monroe est épatante dans le rôle. Après It Follows, Longlegs et La Main sur le berceau, elle confirme son statut de scream queen haut de gamme.
Pour boucler son panorama de femmes d’exception, la section Un Certain Regard s’est aussi intéressé à un groupe de sirènes. Oui, des sirènes, comme dans le conte d’Andersen ou le dessin animé de Disney, celui avec les crabes qui parlent et les crevettes qui dansent la zumba. Ou comme certaines filles plus très fraîches à la sortie des boîtes de nuit cannoises, mi-bimbo, mi-thon. Comment ça, vous voulez nous faire passer un alcootest ? Pourquoi ? Parce qu’on dit des bêtises ? Pfff… Allez au cinéma, Monsieur l’agent. Vous verrez que nous sommes très sérieux et, désormais, incollables sur le sujet. Figurez-vous qu’il existe vraiment des écoles de formation de sirènes. Les jeunes femmes doivent d’ailleurs avoir un excellent dossier scolaire pour s’y inscrire. Et elles doivent avoir des caractéristiques physiques et artistique d’exception. Déjà, il faut être capable d’évoluer sous l’eau en apnée pendant plus de 2 min. Les meilleures tiennent jusqu’à plus de 4 min, faisant passer Jacques Mayol pour un dauphin asthmatique. Ensuite, il faut évoluer de façon gracile, pas effectuer un twerk comme dans un intermezzo de Kechiche à la piscine de Sète. Et il faut chanter de façon harmonieuse. Jeanine, si tu veux envoûter les marins, tu ne te mets pas à beugler du Michel Sardou, comme les acteurs d’Alex Lutz dans son Connemara ou une certaine Caroline O. de ma connaissance. Bref, c’est beaucoup de boulot, un mental de sportif de haut niveau et une discipline de dingue.
Titanic Ocean de Konstantina Kotzamani suit plusieurs apprenties-sirènes dans une prestigieuse école de Tokyo. Chacune s’est déjà forgé une identité de sirène sur mesure. Elles ont des noms d’artistes, des perruques assorties, des nageoires spéciales, des accessoires pour captiver le public. Le personnage principal est Deep Sea, perruque mauve, queue argentée et violette, toujours flanquée d’une petite méduse orange qui flotte autour d’elle. Dans l’eau, elle est douée mais peine à rester suffisamment longtemps en apnée. Elle semble aussi avoir perdu sa voix, ce qui l’empêche de chanter sa chanson (“I follow rivers” de Lykke Li). Par ailleurs, elle semble développer une phobie de l’eau, ce qui est embêtant pour une sirène… Cette année de sa vie est particulière. Il y a la pression du concours international, qui pourra lui permettre d’intégrer une structure professionnelle et de rentabiliser le coût de sa formation. Deep Sea est aussi perturbée par ses premiers émois amoureux, son béguin pour leur professeur d’éducation physique, ses premiers désirs… Elle doit aussi composer avec les problèmes de ses camarades, qui n’ont pas toutes la force mentale nécessaire pour continuer.
Le film, commencé comme une plongée quasi-documentaire sur ces écoles atypiques, se mue peu à peu en une fable fantastique et onirique, où la métamorphose en sirène peut être vue comme le passage de l’adolescence à l’âge adulte, la transformation d’une jeune fille en femme. Certes, elle a une queue, mais les froufrouteuses de Lukas Dhont aussi, alors ne commencez pas…
Esthétiquement, le film est sublime et nous offre de beaux moments de cinéma. Cependant, la réalisatrice aurait pu couper certaines scènes redondantes afin de gagner en rythme et en efficacité. 2h10 de plongée, c’est beaucoup, surtout en fin de festival.
Voilà pour cette journée, placée sous le signe des hommes, des femmes, des poisons et des poissons.
Bientôt, cette 79e édition du Festival de Cannes va se terminer et la Croisette retrouvera sa quiétude.
Les premiers prix ont déjà été remis : A la Semaine de la Critique, le grand prix est allé à La Gradiva de Marine Atlan. Le prix de la révélation a été remis à Aina Clotet, réalisatrice et actrice de Viva, et le Prix SACD a été attribué à Blerta Basholli et Nicole Borgeat, autrices de Dua.
La Cinef a également annoncé ses prix : Premier prix pour Laser-Gato de Lucas Archer, de l’université NYU. Deuxième prix pour Silent Voices de Nadine Misong Jin, de l’université Columbia. Le podium est complété par Aldrig Nok de Julius Lagoutte Larsen, de la Fémis, et Growing Stones, Flying Papers de Roozbeh Gezerseh & Soraya Shamsi, de la Filmuniversität Babelsberg Konrad Wolf.
Enfin, le Prix Cannes Immersive a été remis à Katàbasis, créé par Ugo Arsac. Le Jury a également décerné une mention spéciale à The Black Mirror Experience, créé par David Bardos et Damià Ferràndiz, dont nous avio,ns parlé le premier jour.
Si nous ne sommes pas reçus à notre concours de sirènes (ça ne risque pas), à demain pour la suite de ces chroniques cannoises.