[CRITIQUE] : Ashkal, L'Enquête de Tunis

[CRITIQUE] : Ashkal, L'Enquête de TunisRéalisateur : Youssef Chebbi
Acteurs : Fatma Oussaifi,Mohamed Houcine Grayaa,Rami Harrabi,..
Distributeur : Jour2fête
Genre : Thriller.
Nationalité : Tunisien, Français.
Durée : 1h32min
Synopsis :
Dans un des bâtiments des Jardins de Carthage, quartier de Tunis créé par l'ancien régime mais dont la construction a été brutalement stoppée au début de la révolution, deux flics, Fatma et Batal, découvrent un corps calciné. Alors que les chantiers reprennent peu à peu, ils commencent à se pencher sur ce cas mystérieux. Quand un incident similaire se produit, l'enquête prend un tour déconcertant.

Critique :

#AshkalLEnquêteDeTunis, qui n'a jamais peur de se laisser aller à quelques élans fantastiques, se fait une allégorie anxiogène d'une Tunisie tentant de se forger dans le feu de sa propre histoire tragique, ravivant (littéralement) ses flammes dans sa quête d'espoir de justice. pic.twitter.com/QQvc7VaMsw

— Fucking Cinephiles (@FuckCinephiles) January 25, 2023

Le paysage désolé et brisé des Jardins de Carthage, qui n'ont de bucolique et paisible que le nom, quartier fait de bâtiments nus et vide voire à peine construits, hissé au nord de Tunis et qui sert de cadre au bouillant Ashkal, L'Enquête de Tunis de Youssef Chebi, pourrait intimement se voir comme une métaphore douloureusement juste et pertinente de la Tunisie elle-même; une nation post-révolutionnaire dont la démocratie encore fragile se construit sur les ruines abandonnées, les squelettes de béton et humains d'un passé et d'un ancien régime qui menace continuellement de refaire surface dans le sang et les larmes.
Catapulté de nos jours sur un sol qui, tout comme ses habitants, reste traumatisé par le printemps arabe, l'intrigue de ce premier long-métrage incendiaire (sans mauvais jeu de mots) épouse fougueusement les codes du polar noir prenant et perturbant mâtiné de fantastique, en s'articulant autant autour du mystère sombre d'une enquête tortueuse que des aternoiements de deux figures policières, diamétralement opposées et pourtant complémentaires dans leurs énergies contraires.

[CRITIQUE] : Ashkal, L'Enquête de Tunis

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Soit l'expérimenté Batal, flic expérimenté et cynique qui a perdu foi en son métier (il est à la fois détaché et pleinement impliqué dans la corruption qui gangrène la police locale), et la jeune et impétueuse Fatma issue d'un milieu aisé (dont le père, qui dirige une commission d'enquête sur les atrocités commises par la police sous l'ancien régime de Ben Ali, tente de faire bousculer les choses dans une nation où les droits de l'homme sont bafoués), tous deux peinant à s'intégrer aussi bien dans une police corrompue qu'une société qui les rejette.
Vissé sur leur enquête entourant une mort étrange faisant douloureusement écho à la révolution passée (une immolation qui n'a rien d'un simple suicide), qui va vite en appeler d'autres, tout en tentant tant bien que mal à servir la justice - quitte à, paradoxalement, risquer de le payer de leur vie -; Ashkal, L'Enquête de Tunis, qui n'a jamais peur de se laisser aller à quelques élans surréalistes - à la limite du surnaturel -, se fait une allégorie anxiogène et aliénante d'une Tunisie tentant de se forger dans le feu de sa propre histoire tragique et destructice, ravivant ses flammes - littéralement - dans la quête et l'espoir d'une justice qui ne semble jamais vraiment venir.
En filmant l'impensable pour mieux lui donner du sens, Youssef Chebi pointe la douleur d'une nation qui après s'être embrasée pour changer, réalise qu'elle se consume toujours autant sous le joug du feu impitoyable d'une servitude tout aussi sournoise et brutale.
Un sacré premier effort.
Jonathan Chevrier
[CRITIQUE] : Ashkal, L'Enquête de Tunis

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