Les Survivants (2023) de Guillaume Renusson

Premier long métrage de Guillaume Renusson après ses courts métrages "Après les Cours" (2014) et "La Nuit tous les chats sont Roses" (2015), sans compter sa réalisation pour la série TV "3615 Monique" (2022). Le réalisateur-scénariste explique son projet : "À Paris, j'étais dans une association où je faisais des courts métrages avec des exilés. J'ai été frappé de voir que la dynamique du deuil telle qu'on la connaît s'apparentait au deuil de leur pays. Avec Clément Peny, mon co-scénariste, on a un jour imaginé une scène : celle d'un homme donnant la carte d'identité de sa femme décédée à une réfugiée pour lui permettre d'essayer de passer une frontière. Il y avait selon moi la concentration de plein d'enjeux, à la fois sociaux, politiques, intimes... Je crois que c'est pour cette scène que j'ai fait ce film, elle a toujours été là, le scénario a été construit autour d'elle." Guillaume Renusson co-écrit donc son scénario avec Clément Pény qui vient de signer le scénario du film "Maestro(s)" (2022) de Bruno Chiche. Le cinéaste cité comme références "La Grande Illusion" (1937) de Jean Renoir, le chef d'oeuvre du western spaghetti "Le Grand Silence" (1966) de Sergio Corbucci, "Dersou Ouzala" (1975) de Akira Kurosawa, "Gerry" (2003) de Gus Van Sant, "Un Lac" (2009) de Philippe Grandrieux, "Essential Killing" (2011) de Jerzy Skolimowski, "The Revenant" (2016) de Alejandro Gonzales Inarritu... Samuel part s'isoler dans son chalet en montagne au coeur des Alpes italiennes. Une nuit, une jeune afghane se réfugie chez lui piégée par la neige. Elle veut passer en France, Samuel ne veut pas s'impliquer mais finit par l'aider sans savoir que la nature n'est pas la seule hostilité des environs... 

Les Survivants (2023) de Guillaume Renusson

Samuel est incarné par Denis Ménochet vu récemment dans "Peter Van Kant" (2022) de François Ozon et "As Bestas" (2022) de Rodrigo Sorogoyen. La migrante afghane est interprétée par Zar Amir Ebrahimi vue dans "Téhéran Tabou" (2017) de Ali Soozandeh, "Demain nous seront Libres" (2019) de Hossein Pourseifi et surtout tout récemment dans l'excellent "Les Nuits de Mashaad" (2022) de Ali Abbasi. Ils vont croiser Victoire Du Bois vue dans "Mal de Pierres" (2016) de Nicole Garcia, "Call Me by your Name" (2018) de Luca Guadagnino, "J'ai Perdu mon Corps" (2019) de Jérémy Clapin ou "Novembre" (2022) de Cédric Jimenez, Oscar Copp aperçus dans quelques petits rôles au cinéma comme dans "Un Peu, Beaucoup, Enormément" (2015) de et avec Clovis Cornillac, "Cessez le Feu" (2017) de Emmanuel Courcol, "Cherchez la Femme" (2017) de Sou Abadi et "Mon Chien Stupide" (2019) de et avec Yvan Attal, Luca Terracciano surtout aperçu dans les séries TV "Squadra Criminale" (2015-2017) et "Mytho" (2021). Citons ensuite Guillaume Pottier vu dans "Anton Tchekhov - 1890" (2015) de René Féret et "Numéro Une" (2017) de Tonie Marshall, Julie Moulier vue dans "Victoria" (2016) de Justine Triet, "Planetarium" (2016) de Rebecca Zlotowski, ou "Enquête sur un Scandale d'Etat" (2022) de Thierry De Peretti, Roxane Barazzuol remarquée dans la série TV "Week-end Family" (2022), Loïc Corbery vu dans "Un Homme Parfait" (2019) de Didier Bivel et "Guermantes" (2021) de Christophe Honoré, Julie-Anne Roth vue dans "Normandie Nue" (2018) de Philippe Le Guay et "La Dernière Vie de Simon" (2020) de Léo Karmann, puis Bastien Ughetto vu dans "Le Chant du Loup" (2019) de Antonin Baudry et "Adieu les Cons" (2020) de et avec Albert Dupontel... Le début du film reprend le style documentaire télévisé pour asseoir aussitôt la dimension sociale de l'histoire, le drame des réfugiés clandestins qui tentent de passer les frontières. Un moyen lourd et un peu facile pour s'offrir une légitimité de fond sur le sujet, pourquoi pas mais encore fallait-il construire son récit autour. Malheureusement on s'aperçoit vite que le film lorgne plus du côté de l'action movie plutôt que sur un drame humain classique. Par là même on a un peu de mal à comprendre cet homme brisé, a priori jamais franchement intéressé ou touché jusque là par ses hommes et femmes qui risquent leur vie pour traverser les frontières.

Les Survivants (2023) de Guillaume Renusson

Et soudain, sans trop réfléchir il prend tous les risques (souffrir, mourir, ne jamais revoir sa fille peut-être...) pour une femme inconnue et dans ces circonstances inquiétantes ?! Pas très vraisemblables, la faute à une rencontre expédiée notamment. Ensuite on se dit que le réalisateur-scénariste s'est enfermé dans la caricature : "En repérages, j'ai rencontré des gens solidaires, des montagnards qui, comme les marins ne laissent personne se noyer, mais je me suis aussi heurté à l'indifférence et à la xénophobie. J'ai voulu interroger cette violence, jusqu'où elle peut vriller. Et le genre s'est imposé à l'écriture." Bref, il semble tombé des nues sur des choses tellement communes, et au final il signe une sorte de western moderne certe, mais sans vraiment traité son sujet. La dimension sociale se résume à quelques images muettes au début et aux dernières images pour émouvoir vite fait bien fait. La dimension violente et xénophobe se résume à un trio caricatural outrancière de trois bêtas sans une once de nuance ou d'intérêt minimum psychologique minimum. Sur le fond on reste donc loin de l'objectif. Heureusement, le réalisateur est inspiré, il filme les montagnes de façon fabuleuses, comme un troisième personnage central. Les Alpes sont splendides, à la beauté formelle s'instaure une atmosphère pesante, aussi angoissante qu'envoûtante. C'est d'autant plus palpables que les acteurs ont dû tourner dans des conditions réelles loin de la poudreuse hollywoodienne, de studios ou des images de synthèses, une immersion qui se sent et se ressent. Et évidemment un magnifique duo d'acteurs entre le monolithe Denis Ménochet et la frêle battante Zar Amir Ebrahimi, avec un cinéaste qui évite l'écueil habituel de la romance. En conclusion, un premier film ambitieux qui râte sa cible, le cinéaste semble avoir été un peu aveuglé par son message politique tout en voulant assumer un film de genre, le mix n'est pas très probant mais on perçoit de réelles qualités ce qui est prometteur pour son second film, espérons... Note d'encouragement.

Note :                 

Survivants (2023) Guillaume RenussonSurvivants (2023) Guillaume Renusson

12/20

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