Bones and All (2022) de Luca Guadagnino

Nouveau film du réalisateur italien Luca Guadagnino après son remake "Suspiria" (2018), sans compter son intermède documentaire avec "Salvatore - Shoemaker of Dreams" (2020). Pour ce nouveau projet il adapte le roman éponyme (2016) de Camille DeAngelis sur un couple d'adolescents cannibales. Le scénario est signé de David Kajganich qui retrouve le réalisateur après "A Bigger Splash" (2015) et "Suspiria" (2018), on lui doit auaparavant les scénarios de "Invasion" (2007) de Oliver Hirschbiegel et "True Story" (2015) de Rupert Goold sur lequel il avait déjà abordé un serial killer. Le film reprend donc un sous-genre souvent violent et le cinéaste italien ne l'occulte pas ce qui a pour conséquence une interdiction au moins de 16 ans en France et au moins de 17 ans aux Etats-Unis. Cette limitation au public n'a pas empêché le film d'être très bien reçu à la Mostra de Venise 2022 où  Luca Guadagnino a obtenu le Lion d'Argent du Meilleur réalisateur et le Prix Marcello Mastroianni du meilleur Espoir pour Taylor Russell... Maren est une ado qui part à la recherche de sa mère. Durant sa quête elle fait la connaissance de Lee, un jeune à la dérive qui va l'accompagner et qui va l'embarquer dans un road trip sanglant dans l'Amérique profonde. Alors que leur amour est de plus en plus fort, leurs démons se font aussi de plus en plus présents...

Bones and All (2022) de Luca Guadagnino

Maren est incarnée par Taylor Russell remarquée dans les films d'horreur "Blackwood, le Pensionnat" (2018) de Rodrigo Cortès, et le dyptique "Escape Game" (2019-2021) de Adam Robitel. Lee est joué par Timothée Chalamet qui retrouve Luca Guadagnino après "Call Me by Your Name" (2017), vu récemment dans "The French Dispatch" (2021) de Wes Anderson, "Dune" (2021) de Denis Villeneuve et "Don't Look Up" (2021) de Adam McKay après lequel il retrouve l'acteur Mark Rylance vu dernièrement dans "The Outfit" (2022) de Graham Moore, le jeune acteur et le réalisateur retrouve aussi après "Call Me by Your Name" (2017) son partenaire Michael Stuhlbarg vu depuis dans "La Forme de l'Eau" (2017) de Guillermo Del Toro, "Pentagon Papers" (2017) de Steven Spielberg et plus récemment "Doctor Strange in the Multiverse of Madness" (2022) de Sam Raimi. Citons encore André Holland vu entre autre dans "Selma" (2014) de Ava DuVernay, "Moonlight" (2016) de Barry Jenkins et "Clair-Obscur" (2021) de Rebecca Hall, Jessica Harper remarquée dans "Phantom of the Paradise" (1974) de Brian de Palma puis surtout dans "Suspiria" (1976) de de Dario Argento et son remake retrouvant ainsi Luca Guadagnino, Chloë Sevigny se faisant rare avec ces dernières années "Love and Friendship" (2016) de Whit Stillman, "The Dead Don't Die" (2019) de Jim Jarmush et "Queen and Slim" (2019) de Melina Matsoukas, et enfin n'oublions pas David Gordon Green surtout connu comme réalisateur de "Prince of Texas" (2013), "Joe" (2014) et de la dernière trilogie "Halloween" (2018-2022)... Le film débute comme un teen movie sur une ado qui aurait des difficultés à se faire des amis, et très vite on comprend pourquoi. L'histoire démarre vite et entre dans le vif du sujet de façon brutale et énigmatique. Derrière la "faim" il y a aussi un drame, un secret lourd qu'une ado de 18 ans doit affronter et assumer soudainement. Le style réaliste et anthropologique nous ramène à un style qui est bien loin de la majorité des films sur le cannibalisme souvent porté sur l'horreur et l'épouvante classique, ici le réalisateur italien lorgne plus sur des films comme "Trouble Every Day" (2001) de Claire Denis ou "Grave" (2017) de Julia Ducournau, et on pourrait même citer un parallèle avec le vampirisme façon "Les Prédateurs" (1983) de Tony Scott ou "Aux Frontières de l'Aube" (1987) de Kathryn Bigelow.

Bones and All (2022) de Luca Guadagnino

En effet, le cannibalisme est a des particularités qui renvoient au vampirisme, comme le besoin vital qui devient comme une drogue au fil du temps ou un sens qui devient de plus en plus affûté. Le réalisateur évite aussi les effets spectaculaires, pas d'effets Jump Scare également, ou autres trucs spécifiques aux films d'horreur. Le cinéaste aborde le sujet, tabou par excellence, par le prisme du drame social et familial et par l'histoire d'amour entre deux jeunes paumés qui doivent faire avec un "handicap" qui les marginalise. Le climax est très réussit, assez fascinant, très réaliste tout en instillant une dose d'onirisme, auquel il manque peut-être un peu de sensualité et d'émotion pourtant. La partie romance manque malheureusement d'un peu de chair, "vampirisée" (!) par les secrets du passé. La mise en scène élégante comme toujours chez Guadagnino, offre un écrin idéal pour cette histoire qui allie beauté formelle et parfois contemplative, et le destin aussi effroyable qu'émouvant de ces maudits magnifiquement incarnés par des acteurs épatants ; l'excellent Mark Rylance qui offre une ambiguïté malaisant à son personnage, Timothée Chalamet une fois de plus impressionnant de présence entre fragilité et assurance parfaitement deviné par un autre individu (en gros "tu es de ceux qui croient tout contrôlé de leur vie mais il suffit de tirer sur un fil..."), puis surtout la révélation Taylor Russell, d'une sensualité presque imperceptible, une âme tiraillée par ce qu'elle est et ce qu'elle aimerait être, une actrice à suivre, future star assurément. En conclusion, un film envoûtant et riche de lecture à plusieurs niveaux d'une jolie cohérence, il ne manque pas grand chose pour être un grand film. Ca reste un très beau moment cinéma à conseiller.

Note :   

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15/20

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