Close (2022) de Lukas Dhont

Après le succès et la reconnaissance dès son premier long métrage avec "Girl" (2018) avec en prime la Caméra d'Or et un Prix d'interprétation Un Certain Regard à Cannes, le réalisateur Lukas Dhont revient avec un second long métrage tout aussi fort qui aborde encore "des choses qui m'ont perturbé pendant l'enfance ou ma jeune adolescence." Pour ce nouveau projet, le cinéaste est retourné à son école primaire et s'est souvenu : "Le fait d'être intime avec un autre garçon offrait au regard des autres comme une confirmation d'une identité sexuelle supposée." Pour l'écriture du scénario le réalisateur-scénariste retrouve son co-auteur Angelo Tijssens, les deux scénaristes se sont également beaucoup inspirés du livre "Deep Secrets" (2013) de la psychologue Niobe Way. Sur le titre, le cinéaste explique : "Ce mot illustre tout aussi bien l'idée d'être enfermé, de porter un masque et de ne pas pouvoir être soi-même." Mais le titre initial était "We Two Boys, Together Clinging" inspiré d'une peinture de David Hockney basé sur un poème de Walt Whitman sur la proximité entre deux garçons. Ce second film a obtenu le Grand Prix au dernier Festival de Cannes 2022... 

Close (2022) de Lukas Dhont

Leo et Rémi ont 13 ans et sont les meilleurs amis du monde depuis toujours. L'entrée au collège va changer un peu les choses, Léo créant d'autres liens avec de nouveaux loisirs ce qui va l'éloigner un peu de Rémi jusqu'à ce qu'un drame change définitivement les choses...  Ces deux jeunes amis sont incarnés par deux débutants, Gustav De Waele choisit suite à un casting, et Eden Dambrine que le réalisateur a reconnu dans un train l'ayant déjà rencontré auparavant étant dans la même école de danse que l'acteur principal de "Girl". Les deux mamans sont jouées par la belge Emilie Dequenne vue dernièrement dans "Je ne Rêve que de Vous" (2019) de Laurent Heynemann et "Les Choses qu'on dit, les Choses qu'on fait" (2021) de Emmanuel Mouret, puis la française Léa Drucker vue récemment dans "Le Monde d'Hier" (2022) de Diastème et "Incroyable mais Vrai" (2022) de Quentin Dupieux, et ironie du sort, les deux actrices ont joué le même rôle, la belge dans "Au-Revoir Là-Haut" (2017) de Albert Dupontel, la française en plus âgée dans la suite officieuse "Couleurs de l'Incendie" (2022) de et avec Clovis Cornillac qui sort bientôt dans les salles. Citons aussi le jeune Igor Van Dessel révélé dans "L'Échange des Princesses" (2017) de Marc Dugain et vu plus récemment dans "Trois Jours et Une Vie" (2019) de Nicolas Boukhrief et "Ils sont Vivants" (2021) de et avec Jérémie Elkaïm, puis Kevin Janssens entre autre dans "Les Ardennes" (2015) de Robin Pront, "Revenge" (2017) de Coralie Fargeat, "Les Confins du Monde" (2018) de Guillaume Nicloux ou "Lukas" (2018) de Julien Leclercq... Les films sur la mort d'un enfant sont légions, le deuil ou le pardon qui en découle, on pense alors aux grands films comme "L'Incompris" (1966) de Luigi Comencini ou "La Chambre du Fils" (2001) de et avec Nanni Moretti. Mais le harcèlement et/ou le sexisme, le suicide sont encore des sujets tabous ou délicats à aborder et encore plus à traiter mais on peut citer les excellents "Despuès de Lucia" (2012) de Michel Franco et le plus récent "Un Monde" (2022) de Laura Wandel. Dans on côté viscéral et réaliste presque docu-fiction le réalisateur est plus dans le style de ce dernier film de Wandel, sans la dimension essentiel de l'immersion à hauteur d'enfant mais restant ancré dans l'authenticité de l'univers de jeunes adolescents. Ainsi on suit deux meilleurs amis particulièrement proches, Léo le blond et Rémi le brun comme des frères, qui entrent en 6ème chez les grands donc, et qui vont se confronter pour la première fois à un jugement de valeur sur leur relation, aux doutes ou soupçons de leurs camarades. 45 premières minutes où leur amitié va passer de fusionnelle à plus détachée jusqu'au drame attendu. 45 minutes d'une amitié qui se distant parce que quelques remarques de camarades vont faire penser à Léo que peut-être certains gestes avec Rémi ne se font pas où ne doivent plus se faire.

Close (2022) de Lukas Dhont

Léo change un peu, Rémi ne comprend pas. La grande intelligence réalisateur-scénariste est de ne jamais jouer la surenchère ou la caricature, ce qu'on perçoit justement dans les paroles des enfants ; par exemple, la question sur leur relation par des nouveaux camarades n'a rien de choquant en soi même si c'est maladroit, le harcèlement est quasi nul ou du moins n'est pas probant la moquerie reste "sage", il n'y pas de "gang" ou de méchants... etc... On comprend surtout que Léo change par le biais du regard des autres mais sans méchanceté, sans jugement, il grandit et ne s'interroge pas sur se sentiments pour Rémi, il pourrait juste choisir de devenir plus mature sans penser à mal. Par là même Rémi semble en effet plus immature, il veut l'exclusivité et il reste le seul des deux où on pourrait peut-être déceler des sentiments plus ambigus, ou du moins qui pourraient amener à plus d'interrogations. Ainsi le soucis qui se pose vite c'est qu'ils sont incapables de discuter réellement, il n'ose pas aborder la question de leur sentiment après celle de leur camarade, il font comme si rien n'était sauf que leur relation évolue et que jamais ils savent ou peuvent communiquer sur ce point. On constate que le problème n'est donc pas vraiment un harcèlement mais juste une incapacité à communiquer et à comprendre ces nouveaux codes qui s'instaurent au collège. C'est sur toutes ses nuances, dans la description de cette relation comme au sein de l'enceinte scolaire. Puis arrive l'instant fatidique, la tragédie qui frappe au coeur et à l'âme dans une séquence déchirante où Léo comprend. Une césure qui coupe le film en deux, pour 45 minutes de chemin vers le deuil avec toutes les questions que Léo doit se poser mais qui ne sont jamais dites ou exprimées, choix judicieux qui permet au visage du jeune comédien d'exprimer les émotions aussi subtiles que perceptibles. Le jeune Eden Dambrine est la révélation du film et tient le film avec sa petite gueule d'ange, brisée et qui se rapproche de la maman de Rémi (éblouissante Emilie Dequenne dans un de ses 2-3 meilleurs rôles) dans un deuil qui doit amener à la compréhension, au pardon, à la résilience. Notons quelques symboles sans doute un peu faciles mais qui permettent un message d'espoir et une pincée d'onirisme avec les fleurs et la musique. Un film émouvant, malaisant même dans cette amitié singulière qui se délite malgré eux, puis cette seconde partie qui vrille évidemment dans la tragédie la plus dure, la plus déchirante, la plus bouleversante. Préparez vos mouchoirs !

Note :      

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16/20

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