[CRITIQUE] : Blonde

[CRITIQUE] : Blonde

Réalisateur : Andrew Dominik
Avec : Ana de Armas, Bobby Cannavale, Adrien Brody, Julianne Nicholson,…
Distributeur : Netflix France
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h46min
Synopsis :
Adapté du best-seller de Joyce Carol Oates, Blonde est une relecture audacieuse de la trajectoire de Marilyn Monroe, l’une des icônes hollywoodiennes les plus atemporelles. De son enfance tumultueuse à son ascension fulgurante et à ses histoires d’amour complexes – de Norma Jeane à Marilyn –, Blonde brouille la frontière entre réalité et fiction pour explorer l’écart de plus en plus important entre sa personnalité publique et la personne qu’elle était dans l’intimité.


Critique :

Entre le mélo mélancolique et le cauchemar fiévreux porté par une époustouflante Ana de Armas, #Blonde est une tragédie sensorielle suffocante faîte de douleur, de solitude et de désespoir, un miroir déformant brutal et déglamourisé difficile à regarder, mais impossible à oublier pic.twitter.com/KXzVpM37ii

— Fucking Cinephiles (@FuckCinephiles) September 28, 2022

Dès l'engagement, il est vrai surprenant sur le papier, d'Ana de Armas en tant que vedette du projet, Blonde d'Andrew Dominik - adapté du roman éponyme de Joyce Carol Oates - était presque fait pour diviser un auditoire sans doute jamais réellement prêt à appréhender la vision du mythe Marylin Monroe, que peut en avoir le réalisateur de L'assassinat de Jesse James par le lâche John Ford.
D'autant que ce qui l'intéresse n'est autre que la façade fragile de ce mythe inégalée, masquant une agonie insondable connue par beaucoup mais guérie par personne en trente-six années tumultueuses, qui n'a été que trop effleurée jusqu'ici par le septième art.
Peinture extravagante frappée à coups de pinceau cinématographiques surréalistes destinés à exprimer les cauchemars feutrés au-delà des rêves de célébrité de Norma Jeane Baker, le film se fait un portrait aussi douloureusement évocateur que déchirant de la comédienne, où les cris d'angoisse et de douleurs invisibles surplombent continuellement l'adoration des foules.

[CRITIQUE] : Blonde

Copyright Netflix


Jamais enclavé par les codes du biopic (il n'en est pas vraiment un, après tout, même s'il se veut comme une capture authentique de la vérité de l'existence de son passionnant sujet) tout autant qu'il n'est pas totalement non plus une représentation expressionniste de l'envers du décor de la légende Monroe, Blonde remodèle l'histoire et se forge sa propre personnalité entre le mélodrame mélancolique et le cauchemar fiévreux, éclaboussé par les larmes d'un visage dont on ne verra plus jamais les sourires de la même manière.
S'ouvrant dans le L.A. des 30s alors que Norma était une petite fille sans figure paternelle (une obsession qui la hantera toute sa vie) et rejetée par sa mère, Gladys (elle est clairement le fruit d'une grossesse non désirée), dont les abus physiques et psychologiques deviendront les premières cicatrices physiques et mentales de son existence (une ouverture salutaire qui se fait la première pierre fondatrice d'une existence acculée de toute part et presque condamnée à ne pas durer éternellement), le film fait peu après passer Marilyn à l'âge adulte sous les traits d'Ana de Armas (dont la première scène, une audition qui tourne au viol donne sévèrement le ton), pour ne plus jamais quitter son orbite éthérée et magnétique.
Jamais considérée pour son travail et ses talents de comédienne, la figure Marilyn Monroe n'était vu par l'industrie hollywoodiennes et ses hommes uniquement comme un vulgaire objet sexuel et une vache à lait que l'on trait et use jusqu'à la moelle, constamment sous-estimée pour son intelligence, son indépendance et sa détermination.
Un pantin désarticulé et malléable dans une industrie des rêves qui broye ceux qui en font.

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Un constat professionnel cruel qui se répercute sur l'intimité même de Norma, déjà écrasé par ses incertitudes et ses traumatismes, comme si son existence hors du feu des projecteurs et du joug de la domination sexuelle et des abus de pouvoir des hommes, n'était qu'un autre rôle tragique où son désir ardent d'être aimée et de fonder une famille ne pouvait qu'être voué à l'échec et être souillé dans la violence.
Une âme emprisonné dans le malheur, jamais réellement à sa place à l'écran où dans la réalité, où chaque jour se fait un labyrinthe sans issue où personne ne semble jamais réellement veiller à son bien-être (pas même elle, conditionnée qu'elle est par l'obligation d'incarner ce que l'on désire qu'elle soit) ni même chercher à la comprendre, sauf peut-être Cass Chaplin, seul phare d'une vie tourmentée (trois mariages ratées, de douloureuses fausses-couches et une montagne de pillules) qui l'a vu s'éteindre dans le désespoir et la solitude la plus absolue.
D'un ton aussi sombre et brutal qu'il est furieusement envoûtant, Blonde joue les funambule entre l'adoration sincère (recréant même de manière habile et sélective des images et scènes glorifiées de Marilyn, entre scènes de films et apparitions publiques) et l'inquiétude inconfortable qui se cache sous son élégant vernis, comme si chaque fois que le film - tout comme Dominik et le spectateur - se laissait trop longtemps hypnotiser par Marilyn, un léger électrochoc venait ramener tout le monde dans le tortueux chemin d'une femme se battant à chaque instant pour survivre.

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Détruire l'image de l'icône Monroe pour mieux la sublimer, remodeler la réalité pour mieux s'en approcher : même si tout ne semble ici que fiction, le fait est que même si un dixième de ce qui est montré à l'écran est réellement arrivée à Norma Jeane Baker, c'est monstrueusement trop pour une seule et unique personne (c'est dire ce que serait la pleine et entière vérité des faits).
Fable mystique autant que cauchemar suffocant sous forte influence Lynchienne (appuyée par la photographie saturée de Chayse Irvin, dont la colorimétrie tout autant que la mise en scène aux cadres fluctuants, délimitent les séquences intimes de Norma Jeane et celle publiques de son personnage Marilyn), une évasion destructrice et autodestructrice sur une femme dévastée depuis sa plus tendre enfance et à qui aucune fin heureuse n'est accordée (excepté celle de voir la mort comme une manière de ne plus ressentir la moindre douleur où la moindre emprise du joug patriarcal), Blonde est un diamant noir morose qui implique tout du long l'empathie de son auditoire autant qu'il le remue, totalement envoûté par la performance tourmentée et incroyablement nuancée d'Ana de Armas, dont le visage brisé ne souffre d'aucun artifice putassier ni d'aucune malhonnêté : elle est complètement et viscéralement Norma Jean Mortenson, épousant sans concession ses peurs conflictuelles aussi bien que la moindre parcelle de ses failles, de ses zones d'ombres et de son rapport schizophrénique à elle-même.

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Profondément féministe, véritable plongée anxiogène, désillusionnés et pleine de dégoût dans les abysses destructeurs et sexiste du star-système, où l'on se demande quand s'arrête le rêve (définitivement très tôt) et où commence la folie, Blonde s'autorise tout - parfois même à la limite du ridicule - dans son chaos sensoriel et fantasmagorique où il entremêle les peurs enfantines aux larmes et aux douleurs de la vie d'adulte, le tout embaumé dans une partition hallucinante, entre sonorités nostalgiques et glaçantes, de Nick Cave et Warren Ellis - de loin l'un des meilleurs scores de l'année.
Une tragédie macabre et onirique faîte de douleur, de solitude et de désespoir, un miroir déformant brutal et déglamourisé entre Verhoeven et Lynch, parfois difficile à regarder mais réellement impossible à oublier.
Jonathan Chevrier[CRITIQUE] : Blonde

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