[CRITIQUE] : Don't Worry Darling

[CRITIQUE] : Don't Worry Darling

Réalisatrice : Olivia Wilde
Avec : Florence Pugh, Harry Stiles, Chris Pine, Gemma Chan, Olivia Wilde, KiKi Layne, Nick Kroll,...
Distributeur : Warner Bros. France
Genre : Thriller.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h03min
Synopsis :
La chronique d'une communauté isolée dans le désert californien en plein coeur des années 1950, au sein de laquelle une femme au foyer voit sa vie être chamboulée.


Critique :

Plus que de patiner dans ses omissions/incohérences,#DontWorryDarling démontre avec fracas qu'il n'est pas si aisé d'user des codes du thriller psychologique d'une manière subversive et socialement consciente pour asséner adroitement ses uppercuts. Reste une superbe Florence Pugh pic.twitter.com/K56NqMpGY9

— Fucking Cinephiles (@FuckCinephiles) September 21, 2022

À l'heure actuelle de sa sortie en salles, la question n'est presque plus de savoir si l'on a entendu parler du Don't Worry Darling d'Olivia Wilde, mais bien qu'est-ce que l'on a bien pu entendre à son sujet, fruit d'une campagne promotionnelle calamiteuse qui ont fait les choux gras des tabloïds autant que des réseaux sociaux.
Et au fond, difficile de totalement blâmer un spectateur qui ne se laisserait pas tenté par sa vision à la suite de cette campagne délirante et soigneusement dysfonctionnelle, quand bien même il fut été séduit par le premier effort de sa cinéaste - l'excellent Booksmart.
Mais il est une évidence que le film en lui-même est aussi malade et chaotique que fut sa manière de le promouvoir, qui tout comme celle-ci tente de nous persuader que ses bonnes intentions sont sensiblement plus significatives que son exécution - tout dû moins narrative.
Car si c'est par la fragilité de son écriture que ce second long-métrage de Wilde fonce gaiement dans le mur, en revanche, il est indéniable qu'il démontre son incroyable talent de metteur en scène.

[CRITIQUE] : Don't Worry Darling

Copyright 2022 Warner Bros. Entertainment Inc. All Rights Reserved


Visuellement éblouissant dans sa manière de croquer un monde onirique furieusement vissé dans l'Amérique des 50s (mention au travail titanesque de Matthew Libatique à la photographie, Katie Byron aux décors et Arianne Phillips aux costumes), le film retranscrit au papier peint jaune moutarde près la symétrie inquiétante de l'Eden so Américain vendu par l'ère Eisenhower, tellement parfait que l'on y voit presque le vernis répressif et anxiogène qui se nappe sous les - fausses - apparences de cette utopie impeccablement polie.
Une utopie prenant ici les traits de la communauté pittoresque et vintage de Victory, dont le projet en son coeur, qui occupe des heures entières les hommes, reste un mystère et encore plus pour des femmes qui ne doivent pas s'en inquiéter.
Après tout, elles n'en ont pas réellement le temps, entre les nombreuses tâches ménagères et les nombreuses activités qui sont le lot de la vie glamour du stand-by-your-man de l'époque, où la femme se doit d'être aimante et féconde pour satisfaire un mari qui, si elle a de la chance, la culbutera vigoureusement comme un lapin avant même d'en avoir fini avec son dîner - le bonheur.
Cette vie, c'est celle d'Alice (métaphore facile), qui commence lentement mais sûrement à sentir que ce pays des merveilles moderniste - comprendre secte - à la botte du gourou Frank, ne tourne pas rond, et qu'elle n'y a pas sa place.

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Petit à petit, elle voit les mailles de ce canevas s'effilocher (de flash-backs troublants - et même loufoques - à une musique entêtante sur laquelle elle ne peut pas mettre de titre) et commence à étouffer (ce que le long-métrage montre à coups de métaphores parfois ridicules, comme cette scène où elle se couvre le visage, jusqu'à l'étouffement, avec du film alimentaire), un peu comme son amie Margaret, dont le suicide va être un vrai catalyseur pour elle (un rôle par ailleurs complètement sacrificiel tant le fait que dans une Amérique furieusement raciste et violente des 50s, un personnage afro-américain réalise avant tout le monde que rien ne va dans un canton quasiment totalement blanc, était symboliquement fort)...
Il ne fait guère de mystère que les intentions de Wilde et de son trio de scénaristes (Katie Silverman, Carey Van Dyke et Shane Van Dyke), sont de faire tranquillement naviguer Don't Worry Darling dans les mêmes eaux complexes du thriller social et engagé actuel, mâtiné d'une horreur réaliste et viscérale - coucou Jordan Peele -, le problème est que rien ne semble jamais vraiment aller dans cette plongée au coeur d'un Americana anxiogène qui se veut comme une parabole moderne à une critique féroce du patriarcat et une célébration de l'autonomisation de la femme.

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Si la rage et la paranoïa sont palpables dans cette reprise en main d'un destin passif et sous contrôle, impossible pourtant de ne pas ressentir à quel point l'écriture se complait dans sa manière de s'auto-enivrer au coeur de l'univers qu'elle a créé (tout en alarmant tout du long son auditoire sur l'importance de ne pas se laisser séduire par l'ivresse de ce piège doré...), usant les contours d'un pastiche de moins en moins intéressant au fil des bobines, dont les grandes révélations finales longtemps gardées tombent sensiblement à plat parce qu'elles... sont longtemps gardées.
Plus que de patiner dans ses omissions et ses incohérences, Don't Worry Darling démontre avec justesse et contre son gré qu'il n'est pas si aisé d'user des codes du thriller psychologique - voire horrifique - d'une manière subversive et socialement consciente pour asséner adroitement ses uppercuts, encore faut-il ne pas baigner dans une écriture simpliste et floue, qui ne s'inscrit jamais vraiment sur les notes de ses glorieuses références (The Stepford Wives, The Truman Show, Pleasantville, Matrix,...).
Dommage, tant Wilde impose à sa mise en scène un rythme presque organique (avec quelques emprunts Lynchiens pour le coup), lancinant et au plus près des corps, peut-être trop consciente qu'elle est que la narration ne donnera jamais le frisson qu'impose ses questionnements cruciaux et anti-Orwelliens sur la place de la femme dans la société contemporaine.

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Même la prestation globale du casting semble pâtir de cette ambivalence déstabilisante et de ses intentions balbutiantes.
Si Chris Pine en impose en gourou diabolique dont le mal coule tranquillement dans les veines, Harry Styles lui n'a pas grand chose à moudre (ce qui aura le mérite de relancer le débat sur ses talents d'acteur), même si la caméra semble définitivement plus l'aimer qu'une Florence Pugh stellaire, aussi vulnérable que déterminée qui semble autant décidée à porter par elle-même le film que son personnage veut s'extirper du conformisme de son cauchemar éveillé.
Elle est le phare de ce thriller formellement grandiose mais qui sonne un peu trop creux à l'intérieur...
Jonathan Chevrier
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