[CRITIQUE] : Suis-moi je te fuis / Fuis-moi je te suis

[CRITIQUE] : Suis-moi je te fuis / Fuis-moi je te suis

Réalisateur : Koji Fukada
Avec : Win Morisaki, Kaho Tsuchimura, Shosei Uno, Kei Ishibashi,…
Distributeur : Art House
Budget : -
Genre : Romance, Drame
Nationalité : Japonais.
Durée : 1h49min / 2h04min.
Synopsis :
Suis-moi je te fuis : Entre ses deux collègues de bureau, le cœur de Tsuji balance. Jusqu’à cette nuit où il rencontre Ukiyo, à qui il sauve la vie sur un passage à niveau. Malgré les mises en garde de son entourage, il est irrémédiablement attiré par la jeune femme... qui n’a de cesse de disparaître.
Fuis-moi je te suis : Tsuji a décidé d’oublier définitivement Ukiyo et de se fiancer avec sa collègue de bureau. Ukiyo, quant à elle, ne se défait pas du souvenir de Tsuji... mais cette fois, c’est lui qui a disparu.
Critique :

En pensant transmettre un nouveau regard sur la figure de la femme fatale, sexualisée à outrance et victime de la concupiscence des hommes, le diptyque #SuisMoiJeTeFuis reprend tous les stéréotypes de genre et nous les offre tels quels sur un plateau d’argent. (@CookieTime_LE) pic.twitter.com/wp87hWiRrm

— Fucking Cinephiles (@FuckCinephiles) May 20, 2022

2022 l’année des diptyques ? Après celui de Joanna Hogg en février dernier, c’est le réalisateur japonais Koji Fukada qui nous propose un film en deux parties distinctes. Suis-moi je te fuis (sorti le 11 mai) et Fuis-moi je te suis (sorti le 18 mai) propose un va-et-vient amoureux afin de déconstruire le drame romantique ainsi que la figure de la femme fatale, d’après les propres dires du réalisateur. L'œuvre promettait un double regard sur une même histoire, un récit traversé par les notions de la fuite mais aussi par un jeu de miroir. Mais cette double séance ne nous offre aucunement la déconstruction promise et ne fait que prolonger les mêmes stéréotypes de genre, faute à une construction scénaristique beaucoup plus bancale que prévue.

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Ce déséquilibre s’explique peut-être par le format initial – une série de dix épisodes adaptée du manga The Real Thing de Mochiru Hoshisato – remontée pour obtenir deux films de deux heures. L’histoire suit Tsuji, jeune homme docile et naïf. Il ne veut pas s’attacher dans une relation amoureuse mais ne sait pas dire non pour autant. Il vit une aventure secrète avec une de ses collègues et sort de temps en temps avec une autre. Alors quand Ukiyo rentre dans sa vie, il ne sait lui dire non également. Femme mystérieuse et inconsistante, elle arrive toujours à se mettre dans le pétrin. Que ce soit une panne de voiture sur des rails, des problèmes d’argent avec des yakuzas ou des soucis familiaux, Tsuji se positionne comme le sauveur de cette demoiselle en détresse, une « femme à problèmes » comme la surnomme tous les hommes qu’elle croise. Suis-moi je te fuis est rythmé par leur rencontres impromptus, qui finissent généralement par une péripétie concernant de l’argent que doit Ukiyo à quelqu’un. Celle-ci disparaît toujours après, évidemment. Mais pour avoir son effet miroir, il faut attendre la dernière partie de Fuis-moi je te suis, après un bond dans le temps de quatre ans. Les trois-quart de ce deuxième film nous paraissent alors terriblement superflus et suivent des intrigues annexes (l’ancien amant de Ukiyo) qui n’amènent pas grand chose à part un énième prétexte pour séparer les deux amants.

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La volonté du réalisateur se positionne dans le mouvement #MeToo, en voulant transmettre un nouveau regard sur la figure de la femme fatale, sexualisée à outrance et victime de la concupiscence des hommes. Mais Ukiyo n’a rien de la femme fatale annoncée et ne fait que subir ces regards, même de la part de Tsuji. Un regard qui l’idéalise et la transforme en princesse à sauver, en éternelle victime. Ukiyo ne cesse de s’excuser : de causer du tort à ceux et celles qu’elle rencontre, peut-être même d’exister. Une ancienne tentative de suicide est d’ailleurs montrée comme un caprice de sa part et non pas comme un mal être. Même les femmes l’enferment dans un regard, un mélange de jalousie et d’envie, perpétuant ainsi les clichés des comédies romantiques où les amitiés féminines s’arrêtent du moment qu’un homme se place entre elles. La romance des deux films, fil conducteur du récit, peut se remettre en question d’elle-même quand on s’aperçoit que Ukiyo, et même les anciennes amantes de Tsuji, s’en sortent mieux sans lui. Débarrassée du poids des stéréotypes, Ukiyo mène une vie tranquille, enfin en paix. Mais le récit, désespéré de nous fournir un happy-end, ne lui laisse pas l’occasion de jouir de cette paix et nous dit que pour rattraper Tsuji, il faut qu’elle redevienne une « femme à problèmes », capable de mettre sa vie en danger par amour. Scénario déconstruit nous dit-on ? Dans la tête du réalisateur, sûrement. Dans les faits, le diptyque Suis-moi, Fuis-moi reprend tous les stéréotypes de genre et nous les offre tels quels sur un plateau d’argent.
Laura Enjolvy
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