[CRITIQUE] : Top Gun : Maverick

[CRITIQUE] : Top Gun : Maverick

Réalisateur : Joseph Kosinski
Acteurs : Tom Cruise, Miles Teller, Jennifer Connelly, Glen Powell, Jon Hamm, Ed Harris,...
Distributeur : Paramount Pictures France
Budget : -
Genre : Action.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h11min.
Synopsis :
Le film est présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2022.
Après avoir été l’un des meilleurs pilotes de chasse de la Marine américaine pendant plus de trente ans, Pete “Maverick" Mitchell continue à repousser ses limites en tant que pilote d'essai. Il refuse de monter en grade, car cela l’obligerait à renoncer à voler. Il est chargé de former un détachement de jeunes diplômés de l’école Top Gun pour une mission spéciale qu’aucun pilote n'aurait jamais imaginée. Lors de cette mission, Maverick rencontre le lieutenant Bradley “Rooster” Bradshaw, le fils de son défunt ami, le navigateur Nick “Goose” Bradshaw. Face à un avenir incertain, hanté par ses fantômes, Maverick va devoir affronter ses pires cauchemars au cours d’une mission qui exigera les plus grands des sacrifices.


Critique :

36 ans après, #TopGunMaverick nous ramène dans la Danger Zone avec une suite miraculée qui surclasse sans peine son ainé, un blockbuster total et spectaculaire où Cruise est Maverick et Maverick Cruise, les deux se confondant pour mieux immortaliser leur légende sur la pellicule. pic.twitter.com/bVoLrajKmB

— Fucking Cinephiles (@FuckCinephiles) May 20, 2022

Plus les années passent et plus il est difficile de ne pas admettre que dans une industrie Hollywoodienne de plus en plus impersonnelle et capable de dégainer de vrais héros du réel, expurgé de tout collant super-héroïque où d'innombrables fonds verts boursouflés, que l'increvable Tom Cruise est le dernier héros de son espèce, la dernière vraie star Hollywoodienne dans le pur et noble sens du terme.
Un put*** de dinosaure en voie d'extinction mais qui résiste, obstinément, à défier le temps et le business lui-même en focalisant ses efforts sur ce que le public veut intimement voir : du divertissement populaire spectaculaire et prenant, qui lui en donne pleinement pour son argent sans qu'il est le sentiment qu'on se moque cyniquement de sa tronche.

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Copyright Paramount Pictures


Et cette vérité, Tom Cruise en a pleinement conscience et il l'affirme même presque sans tabou, concrétisant des productions bigger than life quasiment toutes ou presque à sa gloire, comme pouvait le faire Stallone où Schwarzenegger par le passé (et ce qu'ils ont longtemps considérés comme une malédiction après coup, à une époque où l'on catégorisait plus aisément les talents), mais toujours dans l'optique de ne pas tant tomber dans une certaine forme d'égo-trip (même s'il est vrai qu'il en est quand-même un peu question), que de toujours correspondre aux désirs et attendes profondes de son public.
Une manière noble (oui) de perdurer dans une jungle Hollywoodienne qui ne pardonne pas où peu, et qui n'est pas une maigre prouesse pour un comédien qui fédère toujours autant même après quatre décennies dans le business.
En ce sens, Top Gun : Maverick, suite autant attendue que redoutée du cultissime film culte de feu Tony Scott, est peut-être, plus encore que la saga Mission : Impossible, l'oeuvre la plus consciente et méta de sa filmographie - (tout est dans le titre, Top Gun = Maverick), tant il est difficile de ne pas voir Tom Cruise en Maverick, et Maverick en Tom Cruise, cette idole qui défit le temps et la raison, cette figure à part que tout le monde considère - devant comme derrière l'écran - autant comme une relique vivante d'un temps révolu qu'une sorte de Dieu vivant, dont l'aura est toujours aussi imposante.
Cruise n'a finalement jamais autant été lui-même qu'en Maverick, " l'élite de l'élite ", aussi narcissique qu'il est vulnérable, aussi talentueux qu'il est adulé par tous, et qui cherche constamment à repousser les limites pour démontrer qu'il est loin d'être obsolète, mais avant tout et surtout qu'il est le meilleur.

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Le voir piloter lui-même un avion de chasse, subir de plein fouet les G quitte à le voir grimacer et pâlir en temps réel, renforce considérablement sa légende, cette idée folle qu'il met un point d'honneur à rendre palpable la moindre promesse de divertissement à son auditoire, comme si sa vie en dépendait, comme si ne pas réussir l'amènerait à trahir sa promesse et, au fond, à se perdre lui-même.
Beaucoup pourrait refuter l'authenticité de cette démarche mais les vrais héros du septième art, ces légendes tels qu'Eastwood qui défit l'âge pour tourner avec une productivité défiant toute concurrence malgré ses neuf décennies au compteur, tels que Stallone qui n'hésite pas à perdurer dans le giron de l'action à plus de soixante-dix ans : ces âmes sont animés par un indiscutable amour du cinéma, et une féroce envie de toujours plaire et faire plaisir aux spectateurs.
Et il est grandement question de cela avec Top Gun : Maverick, le plaisir de créer autant que le plaisir d'offrir par un comédien qui partage sa conscience profonde avec ce qui a été l'élément déclencheur de sa foisonnante carrière, le missile sol-air qui en a fait LA next big thing de la seconde moitié des 80s, même si les années n'ont pas fondamentalement fait du bien au film de Scott, pur divertissement de l'Amérique Reaganienne romantico-kitsch, entre le spot publicitaire de recrutement pour l'armée de l'air (ce qu'est en partie aussi, sa suite, l'hyper-patriotisme en moins) et la comédie parodique à l'homoérotisme involontaire, mais dont les jets d'adrénaline ont durablement marqués les rétines de ceux ayant grandis avec (tout comme le tube Take my breath away de Berlin, faut l'assumer).

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Trente-six ans plus tard, si sa suite partage sa même propension à jouer la carte d'une narration à faible enjeu, elle laisse en revanche toutes ses kitscheries iconico-risibles aux vestiaires, une régression salutaire d'un ludisme WTF-esque symbolique des 80s au profit d'un réalisme plus viscéral inhérent à une époque plus incertaine - à tous les niveaux, politique, économique, humain, écologique...
Comme si l'insouciance d'une jeunesse qui se croit invincible - même si elle est confrontée de plein fouet à la mort - laissait place à un âge de la raison moins étourdi et plus conscient, une maturité totalement consciente de l'inéluctabilité de la vie et qui redoute de faire inlassablement les mêmes erreurs.
" Time is your greatest adversary " comme le martèle souvent Maverick à ses élèves/pilotes, comme pourrait le marteler Cruise à de jeunes stars à peine plus établies que lui à l'époque de Top Gun (Miles Teller et Glen Powell commencent à peine à se faire leur place), mais aussi comme Cruise pourrait se le marteler à lui-même, en faisant de l'ultime mission de Maverick, son dernier vrai défi pour défier/arrêter le temps avant que celui-ci ne le rattrape, comme il a rattrapé les autres (Goose, dont le souvenir de la mort est toujours vivace, Iceman qui, comme Val Kilmer, est désormais l'ombre de lui-même).
Mais si Cruise a encore un sursis, Maverick lui doit l'affronter frontalement les conséquences de celui-ci - personnellement et professionnellement -, notamment au travers de sa relation avec le personnage de Goose Jr, Rooster, boule de ressentiment amer qui tout comme lui est hanté par le passé (leur relation tendu est d'ailleurs le coeur émotionnel du récit), même s'il n'y a aucun doute dès le départ, quant au fait qu'il enterrera la hache de guerre avec lui pour continuer à suivre l'héritage de son paternel.

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À une heure où Hollywood est furieusement engoncé à l'ère de l'héritage et de la franchisation à outrance, où " requel " terme estampillé par un Scream qui prétend se complaire dans méta-épanouissement total là où il est, ironiquement, délibérément conçu à la fois comme un redémarrage en douceur que comme un vrai cinquième volet opportuniste et sans réelle valeur ajoutée à la saga mère; Top Gun : Maverick est presque une - petite - anomalie tant, jamais altéré par son apparition tardive (trente-six ans dont trois de reports), il évoque aussi bien la nostalgie de son illustre aîné (et ceux dès l'ouverture, usant de la partition si familière d'Harold Faltermeyer puis du génial tube Danger Zone de Kenny Loggins) qu'il en offre une extension qui le surclasse à tous les niveaux (justement dans le même premier quart-d'heure, avec une scène de vol suicidaire littéralement à couper le souffle), même jusque dans le rôle artificiel du love interest campé par la merveilleuse Jennifer Connelly (un rôle assez souscrit conçu comme l'équivalent de celui de Kelly McGillis dans le premier opus, même si elle y donne définitivement plus de personnalité).
Facile et prévisible mais traitée avec plus d'authenticité (jusque dans l'apparition de Val Kilmer en Iceman, traitée avec justesse même si l'ensemble peut paraître comme un simple arc un brin malsain faisant avancer l'histoire), la narration n'est pas du genre à flatter votre intelligence mais elle est suffisamment dépouillée (un ennemi étranger sans nom, bafoue un traité de l'OTAN avec une usine illégale d'enrichissement d'uranium, et c'est aux meilleurs Marines de la faire exploser en miettes avant qu'il ne devienne opérationnel) pour ne jamais se substituer au plaisir jouissif d'une action constante et visuellement révolutionnaire.

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Tout comme Maverick qui prône la résilience de l'instinct humain face aux drones et de l'intelligence artificielle, le film prouve tout du long que rien ne vaut mieux que des effets réels pour impliquer et marquer la rétine de son auditoire.
Appuyé par la photographie stellaire et au coeur du cockpit de Claudio Miranda (sans oublier le montage affuté d'Eddie Hamilton), Joseph Kosinski emballe sans trembler les scènes de vols et d'actions les plus excitantes et lisibles de récentes mémoires (portées par les sonorités conjointes d'Harold Faltermayer, Hans Zimmer et Lorne Balfe), capturant la frénésie autant que la vitesse qui éprouvent les corps dans un ballet des sens qui fait sensiblement honte à toute bouillie numérique servant de modèle aux blockbusters modernes - excepté la saga Mission : Impossible.
Tout est fait pour clouer le spectateur sur son siège, et le résultat est bien au-delà des espérances.
Et c'est là, dans ces moments purement jubilatoires que le vrai message au coeur de cette suite audacieuse explose pleinement : la notion d'héritage n'est pas tant celle que Maverick - et par extension Cruise - transmet à la jeune garde, mais bien celle que Cruise se constitue lui-même avec sa pièce la plus essentielle; une immortalisation sanctifié dans une sorte de sourire assuré et même un poil narcissique, lancé au septième art et à toute l'industrie.
Personne n'est in fine digne de reprendre le flambeau, Maverick/Cruise reste le meilleur et tant qu'il sera capable de le prouver, que son corps pourra encaisser les limites démesurés de son égo autant qu'il intériorisera avec assurance le poids du temps, personne ne pourra discuter cette vérité.
Longue vie au roi.
Jonathan Chevrier
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