[CRITIQUE] : Nightmare Alley

[CRITIQUE] : Nightmare Alley

Réalisateur : Guillermo Del Toro
Acteurs : Bradley Cooper, Cate Blanchett, Rooney Mara, Toni Colette, Willem Dafoe, Ron Perlman,...
Distributeur : The Walt Disney Company France
Budget : -
Genre : Drame, Thriller.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h31min
Synopsis :
Alors qu’il traverse une mauvaise passe, le charismatique Stanton Carlisle débarque dans une foire itinérante et parvient à s’attirer les bonnes grâces d’une voyante, Zeena et de son mari Pete, une ancienne gloire du mentalisme. S’initiant auprès d’eux, il voit là un moyen de décrocher son ticket pour le succès et décide d’utiliser ses nouveaux talents pour arnaquer l’élite de la bonne société new-yorkaise des années 40. Avec la vertueuse et fidèle Molly à ses côtés, Stanton se met à échafauder un plan pour escroquer un homme aussi puissant que dangereux. Il va recevoir l’aide d’une mystérieuse psychiatre qui pourrait bien se révéler la plus redoutable de ses adversaires...



Critique :

Embaumé dans un chaos volontairement grotesque, #NightmareAlley est un bijou de film noir, une vision infernale et pessimiste de l'humanité vissée sur des spectres malveillants, des âmes omnivores aussi férocement nihilistes qu'elles sont pathétiques. Superbe duo Cooper/Blanchett pic.twitter.com/aeKr9DmWTG

— Fucking Cinephiles (@FuckCinephiles) January 18, 2022

Tout comme West Side Story de Steven Spielberg, l'échec cuisant au box-office du Nightmare Alley de Guillermo Del Toro (qui lui aussi n'est pas tant un remake qu'une relecture avisée, l'adaptation du roman éponyme de William Lindsay Gresham, déjà adapté en 1947 par Edmund Goulding avec le merveilleux Le Charlatan) pose sérieusement la question sur ce qui est en train de se passer au cœur des salles obscures, et la relation du public de masse avec des divertissements plus exigeants que les blockbusters racoleurs.
Est-ce que les plus grands auteurs tels que Spielby et Del Toro ne sont plus attractifs ?
Est-ce que le spectateur moyen est-il toujours effrayé/dissuadé par la situation sanitaire, et ne s'engage qu'à se déplacer pour des superproductions populaires plus que pour des œuvres tentaculaires, prêt à attendre de les découvrir simplement sur son petit écran (d'autant qu'outre-Atlantique, il n'a plus qu'à attendre une quarantaine de jours pour le faire) ? 
Ou est-ce, peut-être, que ces dits films ne font plus rêver personne à part les cinéphiles purs et durs... les paris sont lancés.
Reste que flop ou non en salles, Nightmare Alley est sans l'ombre d'un doute l'un des meilleurs efforts de son auteur, une vision infernale et pessimiste de l'humanité vissée sur des spectres malveillants, des âmes omnivores aussi furieusement nihilistes qu'elles sont pathétiques.
[CRITIQUE] : Nightmare Alley
Dès la première bobine, le cinéaste embaume son film d'un chaos volontairement grotesque avec les conséquences apparentes d'un meurtre, mettant en action son anti-héros Stanton Carlisle qui, en pleine nuit, enterre un corps dans une fosse creusée sous le plancher d'une vieille maison, l'aspergeant d'essence et l'incendiant avant de s'éloigner avec les flammes rugissant derrière lui.
Il met le feu à son ancienne vie, tout simplement.
L'imagerie du feu des enfers (celui qui détruit tout, qui punit autant qu'il purifie) reviendra d'ailleurs à intermèdes réguliers à l'écran, tout comme cette obsession intense et morbide pour la cruauté et le péché qui se manifeste partout, que ce soit esthétiquement (dans l'éclairage discret et sombre, le jeu de couleurs sinistre à dominante écarlate-vert-jaune) ou physiquement, dans la brutalité grossière et le sadisme élégant de Stan, ainsi que presque tous les personnages qui croiseront sa route.
Dans la vision de Del Toro, Stan est un anti-héros tellement aliéné qu'il reste mutique pendant un long moment, s'incrustant fortuitement dans la dure vie du monde du spectacle carnavalesque (un carnaval douteux dirigé par un forain notoire et infâme nommé Clem), au milieu d'autres escrocs comme lui (mais qui ont encore des limites éthiques et morales qu'ils savent qu'il ne vaut mieux pas franchir), et il passera du statut de vagabond fauché/main-d'œuvre bon marché à " Stanton le Grand ", un mentaliste star œuvrant dans les cabarets et assistée dans l'acte psychique par sa jeune compagne douce et intimidable.
Mais toujours encore plus avide de reconnaissance et de grandeur, il va s'unir avec une psychothérapeute, le Dr Lilith, qui traite l'élite névrosée riche et socialement en vue de New York, pour arnaquer les riches dans une escroquerie en apparence parfaite...
[CRITIQUE] : Nightmare Alley
Captant dans un écrin plus réaliste que fantastique, l'horreur ordinaire et minable de la vie qui pousse ses protagonistes à vouloir y échapper par tous les moyens, le cinéaste scrute la lente spirale infernale qui poursuit, de sa naissance à sa tombe, la destinée inéluctable et imbibée de péchés d'un arriviste uniquement motivé par la cupidité et l'ego, et qui ne fait pas un pas sans emmener tous ses démons avec lui, partout où il va.
En ce sens, et plus encore que Leonardo DiCaprio qui était un temps le lead du projet, le casting de Bradley Cooper - aisément dans l'une des meilleures performances de toute sa carrière - est d'une intelligence rare, son charme carnassier et son sourire doux et diabolique, qui tranche avec ses yeux bleus pures et cristallins, suggèrent constamment qu'il est une arme de séduction massive autant qu'une pourriture indigne de confiance.
C'est une boule de nerfs et d'insécurités sous couvert de contrôle et de maîtrise de soi, dont la soif de pouvoir montre toujours l'apparence de quelqu'un qui sait qu'il devrait s'arrêter et de ne pas franchir les limites, mais sait aussi qu'il ne peut pas s'empêcher de le faire.
Son tandem avec la merveilleuse Cate Blanchett, qui n'a pas son pareil pour distiller une complexité dangereuse mais fascinante derrière sa beauté mystérieuse et vénéneuse, digne héritière qu'elle est des femmes fatales du film noir des 40s.
Peut-être plus sombre encore que ses incursions au cœur du fascisme, Nightmare Alley, qui incarne une étourdissante lettre d'amour enivrante à une époque révolue (les films noirs des 40s/50s, aussi bien Hollywoodiens que mexicains), marque un virage à 180 degrés dans la filmographie de Del Toro.
Si ses œuvres existaient toujours dans des mondes pollués par la cruauté et la violence, ses personnages principaux se révélaient toujours être des phares d'espoir et de gentillesse.
[CRITIQUE] : Nightmare Alley
Ici, même si son univers est toujours emprunt d'humanité et d'atours fantasmagoriques (et qu'il aime toujours passionnément tous ses personnages, même les plus mineurs), il fait de l'illusion un art de l'escroquerie et non de l'émerveillement, et suit les exactions d'un homme que le monde a transformé à la fois en victime et en auteur pleinement conscient de sa propre cruauté; un monstre qui n'est finalement qu'un être humain comme les autres, aussi séduisant soit-il.
Avec ses deux heures et demi au compteur (qui passe en un clin d'oeil), Nightmare Alley se fait un Rise and Fall captivant et visuellement immersif, un canevas un poil prévisible mais grandiose scrutant les deux versants de la Grande Dépression, et jouissant autant des décors faramineux et imposants de Tamara Deverell (on passerait des heures à décortiquer la minutie de son travail, du cadre fantastique du carnaval à ceux qui retranscrivent à merveille l'état mental et physique des personnages, au moment même où nous les découvrons) que de la photographie magistrale de Dan Laustsen.
Plus que jamais, Del Toro démontre qu'il est autant un maître du storytelling que de la narration visuelle, un môme amoureux du cinéma qui n'a de cesse de décortiquer sa magie pour mieux la sublimer à l'écran.
Et sa dernière horlogerie suisse est un bonheur de chaque instant.
Jonathan Chevrier

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