Cinéma | WEST SIDE STORY – 14/20

Cinéma | WEST SIDE STORY – 14/20

De Steven Spielberg
Avec Ansel Elgort, Rachel Zegler, Ariana DeBose

Chronique : Cette nouvelle adaptation cinématographique de West Side Story est annoncée comme plus fidèle à la pièce de Broadway qu’au film de Robert Wise. N’ayant qu’un lointain souvenir de ce dernier, je ne me risquerais à aucune comparaison.
En revanche, ce qui saute aux yeux lorsqu’on découvre la variation de Spielberg, c’est qu’il a su en faire le matériau de l’une de ses plus belles mises en scène. Sans aucun doute la plus flamboyante. Son bonheur d’enfin réaliser une comédie musicale transpire dans chacune des scènes que sa caméra capture avec une rare virtuosité.
Un sens aigu du détail, un agencement de plans millimétré, un jeu d’ombres et de lumières harmonieux, une photographie renversante, toutes ces qualités cumulées contribuent à donner à cette version sa personnalité et à renforcer sa capacité à émerveiller.
Surtout, par son mouvement perpétuel et ses chorégraphies étourdissantes pensées pour le grand écran, Spielberg ne tombe pas dans l’écueil des comédies musicales qui restent coincées entre les quatre murs d’un théâtre (poke l’horrible Les Mis’ de Hooper). S’il convoque l’imagerie de Broadway et l’esthétique des années 50, il les fait sortir du cadre et propose une authentique expérience cinématographique.
Spielberg reprend donc à son compte cette histoire d’amour tragique et universelle, relecture de Roméo & Juliette entre gangs ennemis d’un New York en mutation. Il choisit pour cela de conserver le livret original sans actualiser les dialogues ni les chansons.
C’est un choix assumé, qui débouche néanmoins sur un ensemble parfois répétitif, des mélodies un peu datées et une durée d’ensemble trop élevée.
Si certains y voit malgré tout une manière de parler de notre époque, il est assez difficile de rapprocher le New-York des années 50 à nos années 2020. Oui le racisme et la défiance entre communautés est un thème malheureusement intemporel et universel, mais l’affrontement des Jets et des Sharks est profondément ancré dans son époque. Et c’est très bien ainsi. S’il souhaitait parler de la période que nous traversons actuellement, il y a 1000 histoires à raconter pour créer une nouvelle comédie musicales.
Spielberg cherche cependant maladroitement à moderniser le récit à la marge.
Sa tentative d’inclusivité, aussi louable soit-elle, est contre-productive. L’ajout prétexte d’un personnage trans sans relief est presque insultant pour la communauté (l’acteur non binaire qui l’interprète semble d’ailleurs perdu sur ce qu’iel doit jouer et comment le jouer). On est aussi perplexe devant le choix du réalisateur de ne pas traduire l’espagnol (je n’en comprends pas un mot pour ma part). Si des scénaristes s’échinent à écrire des dialogues c’est pour qu’on les comprenne. Et je n’ai pas l’impression de manquer de respect aux iraniens quand je regarde Un Héros avec des sous-titres… Cette petite pointe de démagogie et de politiquement correct contraste pour le moins avec son choix de casting. Et là, il faut qu’on parle de Ansel Elgort qui a tout du miscast. Au-delà du fait que ses airs de premier communiant, sa démarche nonchalante et la fadeur de son interprétation en font un Tony transparent qu’on n’imagine jamais en chef de gang, sa présence a surtout été une épine dans le pied de la production pendant toute la promotion du film suite aux accusations d’agressions sexuelles sur mineure dont il est accusé. Compliqué de vendre un film quand il faut cacher l’acteur principal… Il faut sans doute chercher par là l’échec commerciale du film.
C’est un vrai gâchis, car artistiquement, c’est une réussite éclatante. Malgré ses quelques défauts, la mise en scène éblouissante de Steven Spielberg réussit haut la main à donner une nouvelle jeunesse à ce classique dont il conserve l’essence tout en évitant le crime de lèse-majesté.

Synopsis : WEST SIDE STORY raconte l’histoire légendaire d’un amour naissant sur fond de rixes entre bandes rivales dans le New York de 1957.


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