[CRITIQUE] : Les Amours d’Anaïs

[CRITIQUE] : Les Amours d’Anaïs

Réalisatrice : Charline Bourgeois-Tacquet
Acteurs :  Anaïs Demoustier, Valeria Bruni Tedeschi, Denis Podalydès,...
Distributeur : Haut et Court
Budget : -
Genre : Comédie, Romance.
Nationalité : Français.
Durée : 1h38min.
Synopsis :
Le film est présenté à la Semaine Internationale de la Critique au Festival de Cannes 2021
Anaïs a trente ans et pas assez d’argent. Elle a un amoureux qu’elle n’est plus sûre d’aimer. Elle rencontre Daniel, à qui tout de suite elle plaît. Mais Daniel vit avec Émilie… qui plaît aussi à Anaïs. C’est l’histoire d’une jeune femme qui s'agite. Et c’est aussi l’histoire d’un grand désir.


Critique :

Malgré toute l'énergie de la mise en scène et la légèreté de l'écriture, #LesAmoursdAnaïs est un film inoffensif, qui se démarque davantage pour ses performances que pour les images du désirs. (@Teddy_Devisme) pic.twitter.com/z5UNhCb5mA

— Fucking Cinephiles (@FuckCinephiles) September 13, 2021

Deux ans après le court-métrage Pauline Asservie, la cinéaste Charline Bourgeois-Tacquet revient dans un long-métrage qui poursuit les motifs créés. Pauline attend des nouvelles de Bruce, l'homme avec qui elle a une relation. Elle passe tout son séjour à la campagne à attendre. Incarnée aussi par Anaïs Demoustier, Anaïs attend que quelque chose de concret se passe dans sa vie. Elle a trente ans, trop peu d'argent, un appartement où elle vit seule. Elle attend que sa vie s'agite, que quelque chose vienne tout bousculer. C'est alors qu'elle rencontre Daniel, grâce à qui elle rencontre Emilie. Elle n'hésite jamais à déclarer son amour, à dévoiler franchement ses ressentis et ses pensées. Mais elle attend que le désir soit réciproque, que sa liberté émotionnelle se concrétise pour comprendre qui elle est vraiment. Pourtant, malgré l'attente du désir réciproque, Anaïs vit pour le moment présent, sans se soucier des lendemains et de planifier quoi que ce soit. Ainsi, l'écriture de Les Amours d'Anaïs est composée de moments davantage frivoles que réfléchis, tels des surgissements qui finissent par s'effacer par la suite (aussi pour en saisir d'autres). Chaque moment de vie retranscrit par le film est une liberté qui prend la forme d'une tempête : ça apparaît, ça s'agite, puis ça disparaît.

[CRITIQUE] : Les Amours d’Anaïs

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Dans ce film très vivant et plein d'énergie grâce à sa protagoniste, ce sont donc les mots qui comptent. Mais jamais d'une manière philosophique ou existentielle. Alors que tous les personnages font partie d'un univers intellectuel (Anaïs cherche à finir sa thèse, Emilie est écrivaine, Daniel est éditeur, même le bricoleur de la maison de campagne est un dramaturge), leurs mots se font l'expression de désirs non assouvis, plutôt que chercher à amener des pensées profondes. Parce que les relations entre les personnages ne s'expliquent pas, et Charline Bourgeois-Tacquet ne cherche pas à les expliquer ou les comprendre. Ce sont des désirs qui naissent comme une petite flamme, dans une lente effervescence, avant de prendre pleinement feu. Grâce à cette énergie et cette construction du désir, la mise en scène ne sert pas qu'à la protagoniste Anaïs pour révéler sa personnalité. Elle sert également à révéler des sensations cachées chez les personnages secondaires, à leur transmettre une frivolité en pleine confusion intime. Si cela est possible, c'est parce que Anaïs est tout aussi curieuse qu'une caméra de cinéma peut l'être. Le cadre de Charline Bourgeois-Tacquet montre aimer passionnément les échanges parlés, tout en restant très curieux des désirs qui se révèlent. Comme si les indiscrétions et l'engagement infini de la protagoniste permettent de faire ressortir des émotions enfouies.

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Une curiosité bien bavarde, où l'amour du verbe règne dans chaque scène. Même si à partir de cette intention le récit a une forte tendance de passer du coq à l'âne très rapidement, de donner l'impression de sauter des étapes, l'écriture reste légère. Parce que dans sa narration Charline Bourgeois-Tacquet change peut-être d'espaces en un claquement d'œil, mais c'est pour mieux retranscrire une ambiance constamment chahutée. Avec ce rythme si particulier, Les Amours d'Anaïs brouille le temps sans aucun problème, pour se mettre à l'image de sa protagoniste toujours dans un état d'oscillation. Que ce soit à pied (surtout en courant) ou en vélo, Anaïs sillonne Paris comme elle explore ses désirs et ses doutes. Elle va, elle vient, comme si le temps ne pouvait s'arrêter dans ce paysage parisien. C'est un désir qui se construit par bribes spontanées, avant de se découvrir soudainement un amour passionné. Celui-ci se façonne grâce à des images, dont une de dos, qui devront se recoller petit à petit pour réussir à vivre concrètement cet amour. Après avoir poursuivi le temps dans Paris, Anaïs se lance dans une autre poursuite. Celle qui veut conquérir le cœur d'une autre personne. Une fois que la porte vers le paysage normand s'ouvre, Anaïs saisit l'opportunité. De l'oscillation au cœur de Paris, ce sont des sauts entre Paris et la Normandie qui se construisent.

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Que ce soit avec des espaces discrets (voire secrets) ou des paysages vastes et libres, la poursuite du désir et de la romance se fait grâce aux mots échangés, aux images passées (qui fondent un imaginaire futur pour Anaïs) et au temps qui presse. Ainsi, Paris et la Normandie n'ont pas de grande différence esthétique. Parce qu'elle se concentre sur la frivolité et l'énergie de sa protagoniste, Charline Bourgeois-Tacquet fait le portrait d'un univers solaire. Anaïs ne se laisse jamais désarmer par les difficultés de sa vie quotidienne, au contraire elle s'en sert pour faire ressortir toute une tendresse, une détermination et une honnêteté. Les Amours d'Anaïs est très solaire, toujours à chercher la chaleur qui se dégage des corps, la poésie romanesque qui se dégage de chaque paysage, et l'espoir dans chaque mot. Pourtant, cette course aux désirs qui se présente comme sans peur et complètement sincère, finit par s'épuiser et même se déformer. Elle laisse place à une romance qui ne fonctionne que pour elle-même, laissant tous les troubles constituant la frivolité de côté. Cette romance semble s'écarter toute seule, pour se suspendre dans le temps et l'espace, comme si le cadre finissait par confondre désir et obsession. Les mots deviennent sans fin, ne laissant pas vraiment de place pour qu'une fantaisie continue à se dévoiler. Toutes les étapes pour arriver à cette romance sont passionnantes par leur liberté d'écriture et de mouvements.

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Mais le chemin se termine par une impasse, comme si cette romance n'est autre que la fin du parcours. Alors qu'il y aurait tant de fantaisie à vivre en parallèle et ensuite. C'est un retour à la campagne pour Charline Bourgeois-Tacquet, après son court-métrage Pauline Asservie. Même si Paris est bien plus chaleureux et léger que dans la plupart d'autres films, le caractère solaire de l'esthétique se limite à une sensation de vivre des vacances. Il n'y a rien de plus qu'un petit marivaudage estival, qu'une étreinte fantasmée qui n'arrivent pas à faire de ces paysages de véritables lieux de fantaisies. Les images sont beaucoup trop tendres et gentilles pour un film qui se veut une réflexion existentielle sur les émois du cœur. Les couleurs se marient parfaitement à la tendresse et la profusion des mots. Cependant, les images ne semblent jamais vouloir aller plus loin que la transcription littérale du fantasme. Les cœurs battent, mais les espaces ne sont que des bulles évitant leur perdition et leur détresse. Malgré toute l'énergie de la mise en scène et la légèreté de l'écriture, Les Amours d'Anaïs est un film inoffensif, qui se démarque davantage pour ses performances que pour les images du désirs.
Teddy Devisme[CRITIQUE] : Les Amours d’Anaïs

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