Une Vie Secrète (2021) de Jon Garano, Aitor Arregi et José Mari Goenaga

Ce projet est un collaboration entre trois cinéastes qui se connaissent très bien, mais si ils ont déjà travaillé ensemble c'est la première fois qu'ils signent un film en trio. Jon Garano, Aitor Arregi et José Mari Goenaga sont associés depuis qu'ils ont fondé leur société de productions Moriarti il y a plus de 15 ans. Ainsi Arregi et Goenaga ont réalisé le documentaire "Lucio" (2007), Garano et Goenaga ont signé les films "80 Jours" (2010) et "Loreak" (2014), puis Arregi et Ganaro ont signé "Handia" (2018), tous des films multi-primés. Le trio s'est lancé dans ce projet suite à une idée de Goenaga : "Nous avons été inspirés par le film documentaire "30 ans d'Osbcurité" de Manuel H. Marin, projeté en 2012 au Festival de San Sebastian. Le film racontait l'histoire de plusieurs "taupes" pendant la Guerre Civile espagnole. Il se concentrait plus particulièrement sur Manuel Cortes, le Maire de Mijas, une ville de laprovince de Malaga. Avant de voir ce documentaire, je ne savais pas grand chose sur les "taupes" mais réaliser une fiction sur ce sujet s'est imposé à moi immédiatement. Dès le départ, nous ne voulions pas seulement raconter l'histoire d'un reclus mais montrer le confinement de l'intérieur. Ce, de manière à pouvoir jouer avec le hors champ mais aussi avec le son, le visible et l'invisible. En combinant ces éléments, on construisait une allégorie de la peur, tout en parlant du fardeau symbolique qui pesait sur les épaules des "taupes". À noter que sir les trois associés réalisent, seul Goenaga écrit le scénario avec un quatrième homme, Luiso Berdejo scénariste des films "REC 3 : Genesis" (2012) de Paco Plaza, "la Gardien Invisible" (2017) et "De Chair et d'Os" (2020) tous deux de Fernando Gonzales Molina. "Une Vie Secrète" a obtenu 13 nominations aux Goyas (Césars espagnols) avec comme lauréat un Goya du meilleur son et un Goya de la meilleure actrice pour Belén Cuesta...

Une Vie Secrète (2021) de Jon Garano, Aitor Arregi et José Mari Goenaga

Espagne en 1936, Higinio partisan républicain voit sa vie menacée par les troupes franquistes. Avec l'aide de sa femme il décide de rester cacher et cloîtrer dans leur maison. La menace étant trop importante, à cause notamment d'un voisin rancunier, ils s'organisent pour changer de maison dans laquelle une pièce cachée est aménagée. Par crainte des représailles et par amour, Higuini va ainsi vivre reclus comme un ermite, comme une taupe pendant plus de 30 ans... Higinio est incarné par Antonio de la Torre, acteur fétiche de Alex de la Iglesia vu entre autre dans (2006) de Pedro Almodovar, "Balada Triste" (2010) de Iglesia, "La Isla Minima" (2014) de Alberto Rodriguez, "La Colère d'un Homme Patient" (2016) de Raul Arevalo ou encore (2018) de Rodrigo Sorogoyen. Son épouse est interprétée par Belén Cuesta vue au cinéma dans "Hierro" (2009) de Gabe Ibanez et "Malgré Tout" (2019) de Gabriela Tagliavini, et plus récemment dans la série TV "La Casa de Papel" (2019-2020). Le voisin trop encombrant est joué par Vicente Vergara aperçu dans "Everybody Knows" (2018) de Asghar Farhadi, puis citons un Guardia Civil joué par José Manuel Poga qui retrouve son partenaire Antonio de la Torre après "Groupe d'Elite" (2013) de Alberto Rodriguez, puis vu aussi dans(2017) de Kike Maillo et "L'Homme aux Mille Visages" (2017) de Alberto Rodriguez... Le film entre dans le vif dès les premières minutes, avec des troupes qui pourchassent et cherchent Higinio ce qui crée une immersion directe avec cette tension et cette angoisse omniprésente bien mise en place avec une caméra à l'épaule qui colle au personnage pour nous placer au plus près du danger et donc de la peur qui ne va plus jamais quitter Higinio. Ca tombe bien car la peur est le thème central du film comme le précise Jon Garano : "La peur est universelle et sans fin et c'est précisément ce qui nous intéressait. Dans une scène de confrontation, le fils d'Higinio dit à son père qu'on se souviendra de lui avant tout pour sa peur mais qu'il n'en sera pas moins une victime. Est-ce que la résistance passive est une forme de combat ?"

Une Vie Secrète (2021) de Jon Garano, Aitor Arregi et José Mari Goenaga

Par là même le film va poser des questions, philosophiques comme plus terre à terre : vivre cacher est-ce une forme de courage ?! Vivre loin du monde est-ce une forme de révolte ?! Comment rester digne quand on vit comme un rat ?! Comment aimer sans se mettre en danger ?! Comment assumer une famille quand on ne peut sortir de chez soi ?!... etc... Mais la vraie force du récit réside dans toute sa dimension psychologique, où comment la peur viscérale d'un homme va l'enfoncer de plus en plus dans un enfermement sur soi sans même penser à réagir ou à exister même. À force de rester enfermer l'homme devient agoraphobe tandis qu'il voit son épouse vivre avec le monde extérieur, forcément, et surtout assumer le quotidien et assumer tous les mensonges qu'une telle vie cachée impose. Ainsi face à son homme pleutre l'épouse est d'un courage exceptionnel et pourtant le couple est uni d'un amour véritable et sincère ce qui crée pour le spectateur une confusion d'émotion et de sentiments qui pousse à s'interroger tout au long du film. Rare sont les films aussi riche d'introspection... L'évolution de l'homme influe sur celui du couple, à la passion amoureuse des débuts à l'espoir de la fin d'un conflit avec une caméra très mouvante au début du film on vire de plus en plus vers moins de mouvement, une peur devenue routinière comme le sexe qui se fait plus rare, bientôt finalement on s'accommode de ce qu'on a, on s'habitue presque à cette mise à l'écart du monde. Le trio de réalisateur ont su mettre en place une mise en scène en adéquation avec l'évolution de l'homme mais aussi vis à vis de la situation tout en distillant quelques informations géo-politiques sans pour autant être trop explicati f. Sans connaître l'histoire de l'Espagne (mais c'est un plus !) on peut comprendre la peur de l'enfermement, surtout à l'insu de son plein gré. Enfin, si Antonio de la Torre est impeccable (comme souvent) on est surtout marqué par la performance de Berén Cuesta, magnifique en épouse aimante mais tout aussi prisonnière de sa condition et pourtant bien plus digne que son époux qui n'est finalement jamais courageux ce qui pose encore plus de questions quant à ses actes de 1936. Le choix de ne pas trop en dire est tout aussi judicieux de la part des cinéastes. En conclusion, un drame historique fascinant, terrifiant aussi, mais avec plein d'amour et de dignité et surtout d'une humanité qui ne peut laisser personne indifférent. À conseiller.

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