Les Evadés de Santiago (2021) de David Albala

"Vivez l'une des plus grandes évasions de tous les temps", rien que ça ! La tagline de l'affiche annonce la couleur pour ce film qui relate l'aventure autour de l'évasion de 49 prisonniers politiques (ou terroristes selon certains) sous la dictature de Pinochet au Chili. La trame tient en une ligne, des prisonniers creusent un tunnel pour recouvrer la liberté, et donc forcément on pense aux oeuvres majeurs sur ce sujet, "Le Trou" (1960) de Jacques Becker, "La Grande Evasion" (1962) de John Sturges et "L'Evadé d'Alcatraz" (1979) de . Cette histoire vraie, encore aujourd'hui très méconnue au Chili même, a été pour la première fois racontée dans le livre éponyme (2010) de Anne Proenza et Téo Saavedra mais à priori ce projet n'en est pas une adaptation officielle. Le réalisateur-scénariste David Albala signe là son premier long métrage après quelques courts. Il co-signent le scénario à plusieurs mains (pas moins de 7 scénaristes !) dont trois avec qui le réalisateur a déjà collaboré, Loreto Caro-Valdes sur le court "Soul Check Mate" (2010), Jose Cardova-Llanos et Susana Quiroz-Saavedra sur le court "Soy Chile, Soy Diverso" (2014)...

Les Evadés de Santiago (2021) de David Albala

1988, 120 prisonniers politiques, dont certains accusés pour l'attentat manqué contre le dictateur Pinochet, sont regroupés dans une prison désignée comme de "Haute Sécurité" pour l'occasion. Aussitôt quelques-uns s'organisent pour creuser un tunnel. Mais durant les travaux, un référendum (Tout savoir ICI !) offre une défaite électorale à Pinochet et ouvre la voix à une République. Finalement les prisonniers décident de fuir et de continuer leur plan jusqu'à ce soir du 29 janvier 1990... Les protagonistes sont incarnés par des acteurs qui ont pour la plupart déjà participé à des films sur la période de dictature et/ou sous la direction du réalisateur Pablo Larrain. Citons Benjamin Vicunas vu dans "Fuga" (2005) de Pablo Larrain et "À la Carte" (2009) de Nacho G. Velilla, l'acteur Roberto Farias vu dans "Violetta" (2012) de Andrès Wood, (2012) et "El Club" (2017) tous deux de Pablo Larrain et "Une Femme Fantastique" (2017) de Sebastian Lelio, Patricio Contreras vu dans "La Frontière" (1993) de Pablo Larrain et "Nowhere" (2002) de Luis Sepulveda, Eusebio Arenas vu dans "The Green Inferno" (2015) de Eli Roth, Mateo Iribarren qui retrouve Benjamin Vicunas après "Fuga" (2005) et après "Santiago 73 - Post Mortem" (2011) de Pablo Larrain il retrouve aussi sa partenaire Amparo Noguerra vue également dans "Tony Manero" (2009) de Pablo Larrain qui retrouve elle-même après "Neruda" (2017) de Pablo Larrain l'acteur Victor Montero vu récemment dans le remarqué "Les Oiseaux de Passage" (2019) de Ciro Guerra et Cristina Gallego, l'actrice retrouve aussi Roberto Farias après "Une Femme Fantastique", puis enfin Francisca Gavilan qui retrouve également Robert Farias après "Violetta", et vue depuis dans "Les Soeurs Quispe" (2014) et "Aurora" (2016) tous deux de Sebastian Sepulveda... Le contexte politique du Chili entre 1973-1990 est passionnant et est pourtant pas si traîté que ça au cinéma. On peut citer néanmoins les films "Missing" (1982) de Costa-Gravas, "Sweet Country" (1987) de Michael Cacoyannis, "Mon Ami Machuca" (2004) de Andrès Wood, "Santiago 73 - Post Mortem" (2011) et particulièrement "No" (2012) puisque contemporain de cette évasion. Le prologue du film débute assez mal avec une caméra portée quasi épileptique qui fait mal aux yeux et à la tête alors qu'il ne se passe rien de bien notable. Heureusement le réalisateur cesse l'esbroufe ensuite ce qui montre aussi l'incohérence avec ce prologue. Ensuite on a droit au cahier des charges inhérent au sous-genre carcéral mais surtout à celui du film d'évasion : plan, mise en place, organisation des corvées, surveillance, creuser et manutention, trouver un moyen pour se débarrasser de la terre, trouver un moyen de respirer dans un trou... etc...

Les Evadés de Santiago (2021) de David Albala

La partie "tunnel" est très vite un simple copié-collé de "La Grande Evasion" de Sturges en moins prestigieux. Le plus intéressant reste le contexte politique, car outre le dictature, c'est bien le fait que cette évasion soit concomitant avec le référendum qui est particulièrement intéressant. Rappelons que la plupart des prisonniers font partie du FPMR (Front Patriotique Manuel-Rodriguez) organisation dissidente au parti Communiste alors contre le parti Pinochet et qui appel à la lutte armée. Un partie Communiste donc qui voit d'un mauvais oeil cette évasion puisqu'elle pourrait mettre en péril un Référendum plein d'espoir. Enfin il a fallu plus de 18 mois à ces prisonniers pour réussir leur coup du printemps 1988 à janvier 1990, ce qui est assez ironique quand on compare avec le calendrier du Référendum qui est prévu depuis des mois pour octobre 1988, pour une République officielle déclarée le 11 mars 1990 ! Alors en effet, on pourrait se dire que ces prisonniers (pour la plupart qui vivent aujourd'hui dans la clandestinité ou exilé à l'étranger encore aujourd'hui !) se tirent peut-être une balle dans le pied ?! En fait c'est sur ce point que le film râte sa cible car le scénario crée des ellipses fâcheuses ou occulte des événements pourtant essentiels. Ainsi les prisonniers décident de continuer car ils sont considérer comme des terroristes, et ce même par les autres partis d'oppositions, et sont donc écartés des lois d'amnistie. Soucis, le film en parle jamais et les prisonniers agissent donc sans qu'on sache franchement pourquoi ! Logique (pourquoi pas !) dans les faits, mais illogique si on se réfère uniquement au film. D'autres détails interpellent, comme le fait qu'une peinture rouge remplace la couleur verte (dans les faits elle était verte), et pourquoi avoir occulté le fait qu'en creusant les prisonniers ont découvert des ossements et des pelles ?! (ce qui suggère que d'autres ont essayé avant eux)... Le film a le mérite de rappeler un événement qui n'est pas si anodin en ce crépuscule de dictature où plus de 35000 personnes ont été torturées, et dans un pays pour qui ces évadés sont toujours des fugitifs trois décennies après la fin de la dictature. En conclusion, l'histoire est passionnante, mais le scénario fait au plus simple en manquant grandement d'ambition avec une mise en scène académique et des acteurs pas tous très bons. A conseiller forcément, mais mieux vaut revoir les films cités plus haut sur les mêmes sujets.

Evadés Santiago (2021) David AlbalaEvadés Santiago (2021) David Albala


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