Les Raisins de la Colère (1940) de John Ford

Film monument adapté du roman tout aussi fameux "Les Raisins de la Colère" (1939) de John Steinbeck lauréat du Prix Pulitzer. Un succès littéraire qui a donc forcément séduit la Twentieth Century Fox et le nabab Darryl F. Zanuck et le réalisateur phare qui y a reconnu bien des thèmes dont il a fait le lit de son oeuvre dont des chefs d'oeuvres comme "Le Mouchard" (1935), "Qu'elle était Verte ma Vallée" (1941), "La Prisonnière du Désert" (1956) ou encore "Les Cheyennes" (1964). Le scénario est confié à un auteur expérimenté, Nunnaly Johnson (également co-producteur) qui retrouvre entre autre John Ford après "Je n'ai pas Tué" (1936) et "La Route du Tabac" (1941). Le film sera un succès public et critique avec en prime deux Oscars, celui du meilleur Réalisateur et du meilleur second rôle féminin pour Jane Darwell. Malgré cela, le film (et donc le livre) qui retrace l'exode d'une famille pauvre suite à la crise de 1929 à travers les Etats-Unis jusqu'à cet eldorado nommé Californie aborde la question syndicale à une époque où la "Peur Rouge" commence à émerger, à tel point que John Steinbeck et John Ford seront convoqués par le Congrès Américain pendant le maccarthysme (en savoir plus ICI !)... Début des années 30, Tom Joad revient chez les siens après avoir purgé 4 années de prison mais il retrouve sa famille encore plus pauvre qu'avant et expropriée suite au Krach économique. La famille décide de partir pour la Californie où il serait plus facile de trouver du travail mais la Grande Dépression touche tout le monde et si la solidarité existe il semble que les nantis en tirent pourtant profit et la "Peur Rouge" crée de nouvelles tensions durant le long voyage...

Les Raisins de la Colère (1940) de John Ford

Le personnage principal est incarné par la Henry Fonda, jeune acteur qui venait de tourner coup sur coup "Vers sa Destinée" (1939) et "Sur la Piste des Mohawks" (1939) du même John Ford, réalisateur qui va faire de l'acteur une star avec encore cinq films majeurs ensemble. On constate que quasi tous les acteurs sont des fidèles au réalisateur, outre Henry Fonda et ses 8 films avec Ford, tous auront tourné plusieurs films avant et/ou après ce film-ci. La mère Joad est interprétée par Jane Darwell (oscarisée pour son rôle) qui avait débutée au cinéma en 1913 avec un certain Francis Ford, soit le frère de John qu'elle retrouvera encore mais qu'on a vu aussi dans "L'Impératrice Rouge" (1934) de Josef Von Sternberg et "Autant en Emporte le Vent" (1939) de Victor Fleming. Un ami de Tom/Fonda est joué par John Carradine (père de David, Robert et Keith tous futurs acteurs) homme aux 250 films de 1930 à 1990 notamment vu dans plusieurs Ford et dans "Capitaines Courageux" (1937) de Victor Fleming, "Les Dix Commandements" (1956) de Cecil B. De Mille, "Bertha Boxcar" (1972) de Martin Scorcese ou encore "Hurlements" (1981) de Joe Dante. La petite soeur de Tom est jouée par Dorris Bowdon, Madame Nunnaly Johnson à la ville, qui retrouve Ford et Fonda après "Vers sa Destinée" et "Sur la Piste des Mohawks". Le père Joad est joué par Russell Simpson, acteur aux plus de 200 films de "The Virginian" (1914) de Cecil B. De Mille à "Les Cavaliers" (1959) de John Ford. Il retrouvera sur ce dernier film son partenaire A.Z. Whitehead qui tournera aussi pour Ford dans "La Dernière Fanfare" (1958) et le chef d'oeuvre "L'Homme qui tua Liberty Valance" (1962). Citons encore John Qualen présent pour Ford dans "Les Hommes de la Mer" (1940) et "Les Deux Cavaliers" (1961), puis Eddie Quillan vu dans "Les Révoltés du Bounty" (1935) de Frank Lloyd et "Vers sa Destinée" de Ford. Puis enfin, n'oublions pas un quasi caméo de Ward Bond, ami et acteur fétiche de Ford dans pas moins de 19 films (un record !) qui incarné là un policier à Needles... Steinbeck écrit un roman dont les ingrédients ne pouvaient que parler à John Ford, les sujets qui intéressent Ford sont tous dans le roman : soif de justice, préférence aux gens simples, respect des pionniers, jusqu'aux réminiscences religieuses. Ainsi le film débute avec le retour de l'enfant prodigue et l'aventure/exode renvoie logiquement à la marche vers la terre promise. Steinbeck ne dira pas le contraire, dès le titre d'ailleurs, trouvé par son épouse en référence au chant patriotique et religieux "The Battle Hymn of the Republic" (1862) de Julia Ward Howe qui renvoie lui-meême au vers 14:19-20 du livre l'Apocalypse (dernier livre du Dernier Testament).

Les Raisins de la Colère (1940) de John Ford

Durant cet exode c'est d'abord le "petit peuple" qui tente de survivre face aux affres capitalistes, ils vont faire face à la misère, être témoin de la faim, subir l'injustice... etc... Mais aussi avoir espoir grâce à la solidarité, voir l'amitié, le film reprend donc le "mutualisme" cher à Steinbeck même si le romancier a trouvé que le scénariste Nunnaly Johnson n'a pas assez insisté sur ce point. Mais clairement Ford reste fidèle au roman et à l'esprit en abordant des thèmes aussi différents que le deuil, la perte de repère, l'espoir et surtout le courage. Le réalisateur insista sur le réalisme pour un récit encore si brûlant en 1939, par exemple il a interdit tout maquillage ou parfum sur le tournage, et le camion utilisé par la famille Joad est bien un Hudson Super Six 1926, le modèle indiqué dans le roman. Tout n'est pas parfait, on pourrait chipoter sur une première partie un peu longue qui empiète sur l'exode lui-même, sur le deuil plutôt expédié et donc sans émotion, et surtout certains membres de la famille sont sans doute trop peu exploités. Notons que la fin est différente, et si la puissance de la version littéraire est sans égal (la soeur Rose donnele sein à un vieillard mourant) on comprend que en 1940 cette scène est impossible à montrer en image, Ford préférant opter alors pour un soupçon d'optimisme. Pour l'anecdote, le film fut diffuser en U.R.S.S. car cela pouvait être un bon moyen de fustiger le capitalisme, mais le public soviétique n'a pas réagi comme cela était escompter, puisqu'il s'émerveilla notamment sur le fait que même pauvre les américains avient une voiture ! Résultat le film fut retiré des écrans. Tout aussi intéressant, on peut déceler un parallèle plein d'ironie entre le rôle de Tom alias Henry Fonda et son fils Peter Fonda incarnant Wyatt dans "Easy Rider" (1969), le premier en exode vers l'eldoradonommé Californie alors que le second fuit justement ce Rêve Américain trente ans après, soit dans la direction opposée... En conclusion, John Ford signe là un film juste et touchant, au propos qui fait encore écho aujourd'hui (malheureusement) et fidèle au roman (malgré quelques détails et une fin impossible à tourner en 40). Un grand film entré à la postérité, dont un certain Steven Spielberg a dans ses cartons à remake depuis 2013 mais qui semble laisser dormir le projet depuis la restauration du film orignel en 2016. Un film marquant, intelligemment mis en scène au service du récit. A voir et à conseiller.

Note :

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