Pieces of a Woman (2021) de Kornél Mundruczo

Nouveau film et premier long métrage en anglais pour le réalisateur hongrois Kornél Mundruczo qui a déjà été particulièrement remarqué pour ses précédents films, d'abord avec "Johanna" (2005) et "Delta" (2008), puis surtout avec les ambitieux (2014) et "La Lune de Jupiter" (2017), tous présentés et plutôt bien reçus au Festival de Cannes dont le Prix Un Certain Regard pour "White God". Ce nouveau projet est sortit dans quelques salles aux Etats-Unis mais a été acheté ensuite par Netflix, le cinéaste a reçu le soutien de deux co-producteurs de prestige, Martin Scorcese qui produit d'habitude ses films et rarement ceux des autres dont on peut citer par exemple (2013) de Luc Besson et (2016) de Ben Wheatley, puis Sam Levinson pour sa première production après avoir réalisé des films comme "Another Happy Day" (2011) et "Assassination Nation" (2018). Pour cette histoire qui touche à quelque chose de très intime (maternité, accouchement, mort d'un nourrisson, deuil) Kornél Mundruczo retrouve Kata Weber, sa co-scénariste sur ses deux précédents films. Notons qu'après le Festival de Cannes, ce nouveau film a été présenté à la Mostra de Venise où son actrice principale Vanessa Kirby a obtenu la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine...

Pieces of a Woman (2021) de Kornél Mundruczo

À Boston, chez eux le couple Martha et Sean s'apprêtent à accueillir leur premier bébé après avoir choisi un accouchement à domicile. L'angoisse grimpe un peu quand la sage-femme qu'ils avaient choisi ne peut venir à temps et qu'une remplaçante se présente pour assurer le travail. Alors que tout semble aller plus ou moins bien, le nourrisson ne survit malheureusement pas. Alors que le couple tente de faire son deuil, la douleur est telle que le couple se délite petit à petit tandis que se prépare le procès de la sage-femme... Le couple est incarné par le couple Vanessa Kirby et Shia Le Boeuf qui se retrouve après "Charlie Countryman" (2013) de Fredrik Bond. L'actrice était alors quasi inconnue mais a été depuis remarquée dans des films comme "Queen and Country" (2014) de John Boorman, "Mission Impossible : Fallout" (2018) de Christopher McQuarrie et "L'Ombre de Staline" (2019) de Agnieszka Holland. L'acteur a quant à lui prouvé une certaine audace dans le choix de ses films (2014) de David Ayer, "American Honey" (2016) de Andrea Arnold et "Borg/McEnroe" (2017) de Janus Metz Pedersen. La famille de madame est composée de la mère incarnée par Ellen Burstyn qui retrouve notamment les producteurs après "Alice n'est plus Ici" (1974) de Martin Scorce et "Another Happy Day" de Levinson, la soeur et son époux joués par Lliza Shelsinger aperçue dans "Apprentis Parents" (2019) de Sean Anders et "Spencer Confidential" (2019) de Peter Berg puis Benny Safdie dans un de ses rares rôles puisqu'il est avant tout co-réalisateur avec son frère de films comme "Lenny and the Kids" (2009) et (2017). Citons ensuite la cousine avocate jouée par Sarah Snook vue dans (2015) de Danny Boyle et "La Malédiction Winchester" (2018) des frères Spierig, puis citons la sage-femme interprétée par Molly Parker vue notamment dans "La Route" (2009) de John Hillcoat et "Small Crimes" (2017) de E.L. Katz... D'emblée le casting nous renseigne sur un point qui paraît anecdotique, monsieur Sean ne semble pas ou plus avoir de famille outre que celle de sa conjointe. Le film s'ouvre sur un prologue long de pas moins de 30mn, 30mn en plan-séquence où nous assistons à un accouchement à domicile avec la conséquence tragique attendue. Un prologue d'un réalisme tendue, à la tension palpable, à la force émotionnelle forcément pénible avant d'ouvrir "officiellement" le film. Une séquence filmée judicieusement en un plan séquence prenant, avec une performance de Vanessa Kirby marquante, surtout quand on sait qu'elle n'a pas encore été maman et qu'elle s'est inspirée de documentaires et d'un accouchement auquel elle a assisté.

Pieces of a Woman (2021) de Kornél Mundruczo

Le récit suit ensuite le couple qui se délite, où on constate que Martha/Kirby et Sean/Le Boeuf ne réagissent pas pareil face au deuil, qu'ils sont paumés, tristes, psychologiquement brisés mais qui ne savent jamais comment se soutenir, comment assumer ce deuil jusqu'à se disputer pour des détails qui n'en sont peut-être pas (orthographe du prénom défunt, don d'organe ou pas...). Si cette partie est intéressante malheureusement la démonstration se résume à la collection éculée de clichés de la dépression avec l'équation alcool + drogue + sexe, forcément (!). Ensuite on remarque quelques détails, comme la soudaine passion pour la germination et le pont en construction dont on devine la métaphore bien appuyée par un Sean/Le Boeuf qui explique une catastrophe réelle mais dont le propos est en vérité erroné : le tableau représente en fait le pont des Martyrs à Istanbul, tandis que les faits parlent du pont de Tacoma à Detroit dont la cause dite "de résonance" est un fait qu'on sait aujourd'hui faux. Bref, un détail au vu de la thématique mais qui reste dommageable puisque Sean se doit d'être incollable sur le sujet des ponts et que le parallèle avec le deuil fait que ce détail n'est pas si anodin. Dommage... Etonnament, cette scène du pont est à peu près le point de rupture où le récit s'éparpille et devient de plus en plus maladroit. Ainsi le procès semble devenir de plus en plus important, passant d'une simple évocation à l'audience mais on se pose alors la question de la sage-femme prévue dont on n'entend plus jamais parlé, tandis que le procès est vide de toute substance ou débat pour se terminer d'un simple monologue très politiquement correct. Mais le plus bizarre est que le père, Sean, disparaît de l'histoire soudainement, pourquoi ?! Comment ?! Pour finir, on notera des dialogues convenus pour ne pas dire ineptes dont ce passage : "le temps guérit toutes les bessures" - "c'est puissant !" (?!)... Kornél Mundruczo signe un drame intime qui ne manque pas de force, notamment dans son prologue, et si il aborde bien des points nécessaires il tombe pourtant souvent dans les facilités (alcool-sexe-drogue) ou les maladresses (où est le père ? procès sans fond) tandis qu'on reste bluffé par les acteurs qui sont investis et inspirés, et qu'on apprécie la pudeur de l'ensemble. En conclusion un film assurément surestimé mais dont le sujet permet de faire illusion et de permettre une émotion qui fait passer la pilule jusqu'à cette fin aussi poétique que touchante.

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