Drunk (2020) de Thomas Vinterberg

Après (2018), le réalisateur danois revient à la maison avec un film plus personnel, dans le style propre et plus dogmatique qui a fait sa réputation depuis "Festen" (1998). Pour ce nouveau projet le cinéaste a voulu approfondir la théorie du psychiatre norvégien Finn Skarderud selon laquelle il existerait un déficit de 0,5 g/l de sang à chaque être humain pour être au maximum de son potentiel ! (psy et sa théorie existe réellement !). Le cinéaste précise : ""Je ne bois jamais avant le petit-déjeuner." La citation est de Churchill, qui a largement contribué à la victoire contre l'Allemagne nazie lors de la Deuxième Guerre Mondiale, tout en étant dans un état d'ébriété aussi important que permanent. De grands intellectuels, artistes et écrivains, comme Tchaïkovsky ou Hemingway, ont également trouvé le courage et l'inspiration au fond d'un verre. Nous connaissons tous les sentiments de l'espace qui s'agrandit, de la conversation qui prend de l'ampleur, et dse problèmes qui disparaissent à mesure que l'on boit de l'alcool." Vinterberg co-signe le scénario avec Tobias Lindholm qu'il retrouve après les films "Submarino" (2010), (2012) et "La Communauté" (2016).

Drunk (2020) de Thomas Vinterberg

Précisons que Lindholm est lui-même réalisateur avec les très bons "R" (2010), (2012) et "A War" (2015)... Quatre amis, profs dans le même lycée, décide de mettre en pratique la théorie d'une psychiatre, soit maintenir un taux de 0,5 g/l de sang afin d'être au plus fort de leur potentiel dans tous les domaines. Si les débuts de l'expérience sont salutaires les soucis des uns et la fragilités psychologiques des autres sont des paramètres hors contrôle... Trois des quatre amis sont des fidèles de Vinterberg qui retrouve donc Thomas Bo Larsen vu dans pas moins de 8 films du réalisateur depuis "Festen" (1996), Lars Ranthe vu dans "La Chasse" et "La Communauté", puis Magnus Millang vu dans "La Communauté" et "Kursk". La quatrième ami est joué par la star Mads Mikkelsen qui retrouve ainsi une partie de l'équipe après "La Chasse". Outre "La Chasse" Mikkelsen retrouve Bo Larsen après ses débuts dans le culte "Pusher" (1996) de Nicolas Winding Refn, et Lars Ranthe après "Les Bouchers Verts" (2005) de Anders Thomas Jensen. Chez les femmes, citons Helene Reingaard Neumann vue chez Vinterberg également dans "Submarino" et "La Communauté", puis la belle Maria Bonnevie remarquée à l'époque dans "Insomnia" (1997) de Erik Skoldbjaerg (remake américain éponyme plus connu signé d'un certain Christopher Nolan) et dans "Le 13ème Guerrier" (1999) de John McTiernan, dernièrement on peut citer "Le Bannissement" (2006) de Andreï Zviaguintsev et "A Second Chance" (2014) de Susanne Bier... L'alcoolisme est un sujet tendancieux, une maladie souvent occultée tant l'alcool fait partie de nos vies et reste, il faut bien l'avouer, un facteur festif essentiel malgré sa dangerosité. Thomas Vinterberg prend des risques avec son film car il assume le côté joyeux de l'alcool : "Drunk est pensé comme un hommage à la vie. Comme une reconquête de la sagesse irrationnelle libérée de toute logique anxieuse, qui recherche le désir même de vivre... Avec des conséquences parfois tragiques." idées qu'il tempère de façon démagogique mais nécessaire : "Si le film est une forme de célébration de l'ivresse, il est évidemment aussi un portrait lucide de ses effets dévastateurs. L'excès d'alcool tue, et détruit des vies"...

Drunk (2020) de Thomas Vinterberg

D'emblée le cinéaste pose une question, où la nuance entre ivresse festive et alcoolisme primaire. Et pour appuyer son propos il place son histoire au sein de l'école, faisant un parallèle entre les jeunes (à priori alcool festif) et leurs parents (soucis du quotidien, dépression,...). Et pour ajouter un peu de poils à gratter les quatre amis sont professeurs, soit les garants d'une certaine morale, à l'imaginaire forcément sérieux, des exemples pour nos têtes blondes. Les quatre amis s'imposent donc un taux de 0,5 g/l de sang pendant les heures de travail, donc sans alcool les soirs et les week-ends démontrant ainsi que l'alcool peut-être un outil de performance plutôt qu'un ingrédient festif. Le plus intéressant, est que les profs décident de rédiger en parallèle une sorte de mémoire, une thèse sur leur expérience. Premier bémol, ce travail expérimental est tout à fait secondaire et n'est pas du tout exploité et/ou approfondi ce qui est dommageable car il devient un paramètre superflu au niveau narratif, et se trouve être une excuse pour une justification fumeuse. Dommage... Quatre amis qui ont une vie personnelle différente, un rapport au travail tout aussi différent. Ainsi, il y a la célibat sans doute mal vécu, un burn-out professionnel, un lien conjugal fissuré... etc... un panel qui crée forcément le lit idéal pour une expérience éthylique pour soigner (ou pas !) les petits désagréments du quotidien ; car n'oublions pas que l'alcool n'est souvent pas une cause première aux problèmes, souvent il y a un déclencheur préalable. Sur ce point Vinterberg croque parfaitement les causes et conséquences qui peuvent mener à l'alcool et avec la judicieuse volonté de ne pas être moralisateur, voir même en étant un chouïa impertinent mais jamais cynique. Jouant sans doute les funambules, le réalisateur-scénariste s'oblige à montrer la tragédie autour de l'alcoolisme mais on décèle avant tout la volonté de montrer que l'ivresse est aussi une joie, une énergie communicative. Sur ce point, même si il tempère son propos, le film ne manquera pas de faire réagir les ayatollah anti-alcool. Faut bien l'avouer, Vinterberg signe un film certe ambigu mais juste, réaliste, tout juste ce qu'il faut d'amoral (ça change des moralisateurs habituels !) pour un film qui est aussi un beau film sur l'amitié. Par contre, on peut être déçu par le manque de présence des femmes ramenées trop facilement à leur rôle d'épouse et mère, et/ou de professionnelle plus ou moins sérieuse ; quatre amis, pourquoi ne pas avoir pensé par exemple à une femme dans le lot ?! Néanmoins, les acteurs sont tous impeccables, malgré que si trois ne déméritent pas ils font pâle figure aux côtés de Mads Mikkelsen, une fois de plus magistral. Un film divertissant tout en questionnant notre rapport à l'alcool, un film parfois drôle, parfois touchant, avec une certaine mélancolie et un gros message de liberté et de joie de vivre. Un très bon moment et ce même si certains passages ou propos de fond peuvent paraître maladroit. A conseiller.

Note :

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