[CRITIQUE] : Drunk

[CRITIQUE] : Drunk
Réalisateur : Thomas Vinterberg
Avec : Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Lars Renthe, Magnus Millang,...
Distributeur : Haut et Court
Budget : -
Genre : Drame, Comédie.
Nationalité : Danois.
Durée : 1h55min
Synopsis :
Quatre amis décident de mettre en pratique la théorie d’un psychologue norvégien selon laquelle l’homme aurait dès la naissance un déficit d’alcool dans le sang. Avec une rigueur scientifique, chacun relève le défi en espérant tous que leur vie n’en sera que meilleure ! Si dans un premier temps les résultats sont encourageants, la situation devient rapidement hors de contrôle.

Critique :

#Drunk ne fait pas l’apologie de l’alcool et cristallise une question complexe dans l'aventure touchante de profs en pleine crise existentielle. Le final du film prend même le chemin d’un magnifique message, qui vibre d’une fureur de vivre éphémère et puissante. (@CookieTime_LE) pic.twitter.com/2QUw52aEBH

— FuckingCinephiles (@FuckCinephiles) October 14, 2020

Thomas Vinterberg est de retour, deux ans après Kursk, et met de nouveau en scène Mads Mikkelsen dans un film enivrant d’alcool et de liberté retrouvée.
Nous avions presque perdu Thomas Vinterberg. Après l’immense La Chasse, le réalisateur était parti en Angleterre adapter un livre de Thomas Hardy Loin de la foule déchaînée, puis a retrouvé son Danemark natal pour La Communauté (où il collabore de nouveau avec le scénariste Tobias Lindholm) qui n’a pas eu le succès escompté et enfin le mitigé Kursk en 2018, plongée dans l’effroi de sous-mariniers coincés en mer. Drunk, label Cannes 2020, signe la troisième collaboration entre Lindholm et le cinéaste, un retour dévastateur de Vinterberg qui reprend du poil de la bête, à l’instar de ses quatre protagonistes.

[CRITIQUE] : Drunk

Copyright Henrik Ohsten


Drunk, comme son titre l’indique, parle d’alcool, mais il n’en fait pas un sujet social comme on pourrait s’y attendre. La grande force du film est l’élévation de ce thème, pour explorer d’autres facettes, comme la dépression et la fameuse crise de la quarantaine masculine. Cet aspect peut faire écho à un film français sorti en 2018 réalisé par Gilles Lellouche, Le Grand Bain. Il est d’ailleurs intéressant de faire ce parallèle car les deux films ont presque la même approche, un ton comique cachant l’iceberg d’un message plus profond : donner un sens à sa vie à un moment où celle-ci devient insipide aux yeux de ces hommes qui se sont laissés aller à un quotidien de vie de famille monotone. D’un côté la natation synchronisée, de l’autre l’alcool, plus facile d’accès car il est partout. En faisant de son personnage principal Martin (Mads Mikkelsen au sommet) un professeur d’histoire au lycée, Thomas Vinterberg nous montre l’étendu de son pouvoir parmi ceux qui le détenaient. Churchill revient souvent, ainsi que Hemingway, ou même Tchaïkovski. L’alcool désinhibe, l’alcool libère les carcans, l’alcool donne un coup de fouet. C’est exactement ce qu’il faut à ces quatre professeurs, fatigués d’une vie sans saveur. Espoir déchu, confiance envolée, ils se retrouvent sur un chemin de crête, à deux doigts de tomber dans l’autre sens, dans le monde de la vieillesse, où plus rien n’est possible.

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Le film prend alors une approche factuelle pour happer le spectateur, une approche philosophique sur une véritable théorie du psychologue norvégien Finn Skårderud. Il manquerait 0,5 g d’alcool dans le sang des Hommes pour vivre pleinement, dans la joie de vivre et la bonne humeur perpétuelle. Martin, Tommy, Peter et Nikolaj sautent alors sur ce prétexte, essayer cette théorie pour la science. Ils n’ont de toute façon rien à perdre. Avec des règles strictes, se maintenir à 0,5 g pendant la journée, ne pas boire après 20h, ni pendant le week-end, les quatre amis pensent contrôler l'incontrôlable. L’alcool serait une clef magique, brisant les chaînes du doute et de la routine. Mais ne serait-ce pas la clef de la boîte de Pandore ?
Les verres s'enchaînent, à l’image du film qui prend alors de l’ampleur, dévoilant un récit brillant, un ton entre humour et sérieux sur une ligne ténue, une sorte d’équilibre visuel qui peut à tout moment basculer d’un côté ou de l’autre. Il leur en faut toujours plus, comme une drogue qu’on ne veut jamais arrêter. Drunk s’apparente alors à une soirée interminable, qui avait bien commencé mais qui devient vite beaucoup trop enivrante, dans un élan alcoolique d’une limite à dépasser. Mais nous voilà aussi corrompu par le montage exaltant, pris dans le tourbillon de ferveur des protagonistes, jusqu’au moment de bascule enfin atteint, le verre de trop où l’équilibre, devenu instable, tombe du mauvais côté. Cette séquence, magistrale, dévoile la violence du métrage, assourdie par les effluves d’alcool. Nous avions presque oublié que nos quatre héros sont dépressifs, vivant dans le regret d’une jeunesse révolue. Un oubli qui prouve le travail conséquent de la mise en scène enivrante de Thomas Vinterberg, de celui  de Sturla Brandth Grøvlen à la lumière et surtout celui du son, qui accompagnent les personnages dans leur expérience et rendent aussi physique que possible ces verres omniprésents.

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Drunk ne fait pas l’apologie de l’alcool et cristallise une question complexe dans une aventure touchante de ces professeurs en pleine crise existentielle. La fin du film prend alors le chemin d’un magnifique message, qui vibre d’une fureur de vivre éphémère, rendant ce moment encore plus unique et puissant.


Laura Enjolvy
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Copyright Henrik Ohsten


Si l'on a une féroce tendance à laisser vampiriser notre image de la filmographie de Thomas Vinterberg, par le prisme de ses meilleurs films - Festen et La Chasse -, c'est sans doute parce que l'on a tous eu un peu l'impression que le cinéaste danois n'a jamais vraiment su transformer l'essai, à coups de péloches souvent trop illustratives et/ou manquant cruellement d'une vraie vision d'auteur pour pleinement marquer; comme si le bonhomme se complaisait un brin à faire le strict minimum et qu'il se réservait pour un projet hors norme... Et Drunk est clairement de ce bois.
Aussi drôle que désespérément triste, sorte de mise en abimes superficiellement amusante au coeur de la culture (excessive) de la boisson, résolument plus amer que sucré, le récit à la résonance universelle, se voit in fine bien plus comme un drame incisif et perspicace sur le brouillard de la crise de la quarantaine, qu'un sermon sur l'alcool démon.
Sublimant le scénario incisif et perspicace de son brillant binôme Tobias Lindholm, Vinterberg crée une sorte de bulle expérimentale présentant le meilleur et le pire de la nature humaine, comme des chemins à explorer pour mieux apprendre à se connaître et par définition, se retrouver.

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D'une manière étonnamment complice - et jamais inquisitrice -, la caméra se détend avec les personnages, éclatant parfois avec la liberté que l'alcool promet (comme le montre avec force, la photographie solaire de Sturla Brandth Grøvlen), sans pour autant oublier de s'appesantir - même légèrement - sur le coût croissant de ce jeu d'ivresse (basé sur une théorie véridique du psychiatre norvégien Finn Skårderud, qui argue que le taux d'alcoolémie de l'homme est en fait 0,5% trop bas, et qu'une consommation faible mais régulière d'alcool pendant les heures de travail, aiderait les gens à atteindre plus aisément leurs performances), pour son quatuor d'hommes jovial et tragiques impliqués, pour qui la rédemption est toujours possible.
Équilibrant parfaitement leur histoire entre une perspective clinique et une compréhension empathique - avec une jolie touche d'humour -, tout évitant subtilement les hystéries émotives (même dans son final, à la fois enthousiasmant et déchirant) et en laissant libre court à son casting d'exception, pour s'exprimer (Mads Mikkelsen, littéralement à la croisé des chemins dans la peau de Martin, est absolument inoubliable); Drunk est une merveille de drame désespérée, humain et calme à la moralité réfléchie, qui descend dans le fond de l'estomac non pas comme un shot de vodka musclé, mais bien comme un verre de whisky dégusté gorgée par gorgée, qui vous brûle lentement tout votre être.
Une merveille, rien de moins.
Jonathan Chevrier
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