Antebellum (2020) de Gerard Bush et Christopher Renz

Le film qui fait un peu de bruit aux Etats-Unis au vu des actualités récentes outre-Atlantique. "Antebellum" qui veut dire en latin "avant la guerre" se veut, selon ses deux réalisateurs-scénaristes, "une métaphore du climat actuel de racisme aux USA". Les deux cinéastes, Gerard Bush et Christopher Renz avaient jusqu'ici signés une dizaine de courts métrages depuis 2016. Pour leur premier long métrage les deux hommes ne manquent donc pas d'ambition et d'audace : "Lorsque nous avons conçu Antebellum nous ne pouvions envisager la manière dont le racisme systémique ferait une percée pour forcer la conversation dont les USA a besoin. Ce que nous voulions, c'était que le film force le public à regarder l'horreur réelle du racisme à travers la lentille de l'horreur cinématographique. En tant qu'artistes, nous sommes reconnaissants d'avoir la possibilité d'ajouter nos voix dans cet important moment culturel."

Antebellum (2020) de Gerard Bush et Christopher Renz

L'idée originelle derrière cette histoire vient de Gerard Bush qui faisait de nombreux cauchemars après une série de deuils personnels : "J'avais l'impression que mes ancêtres étaient venus pour me raconter l'histoire."... Auteure à succès et miliante pour les droits civiques des noirs, l'afro-américaine Veronica Henley se retrouve prise au piège, comme dans un cauchemar, dans un retour en pleine période esclavagiste du sud des Etats-Unis... Cette héroïne est incarnée par la sublime artiste Janelle Monae vue dans (2016) de Barry Jenkins, "Les Figures de l'Ombre" (2016) de Theodore Melfi, "Bienvenue à Marwen" (2018) de Robert Zemeckis et récemment dans (2019) de Kasi Lemmons, elle retrouve donc l'époque esclavagiste après ce dernier biopic. On reconnaîtra Gabourey Sidibe révélation du film "Precious" (2009) de Lee Daniels et surtout vue dernièrement dans la série TV "Empire" (2015-2020). Les acteurs Robert Aramayo et Jena Malone se retrouvent après "Nocturnal Animals" (2016) de Tom Ford, puis citons Jack Huston petit-fils de John Huston vu déjà dans "American Bluff" (2013) de David O. Russell et "Orgueil et Préjugés et Zombies" (2016) de Burr Steers... Dès les premières minutes le film nous plonge dans l'enfer d'une plantation du sudiste qui glace le sang. Un prologue qui annonce la couleur semble-t-il. Mais la construction narrative, s'il est reste prenante et intriguante une large partie du film va s'avérer laborieuse pour ne pas dire peu cohérente voir incompréhensive. Alors cauchemar ou réalité ?! Puis réalité ou fantastique en filigrane ?! Le film interpelle et interroge d'abord sur sa forme presque à l'insu de son plein gré ! Le film se scinde en trois parties distinctes, la première qui décrit le quotidien tragique d'une plantation où Eden/Monaé est une esclave, sur la seconde on est avec Veronica/Monaé auteur à succès et activiste qui vit néanmoins dans un certain luxe, et enfin l'épilogue où l'héroïne va se libérer de son cauchemar.

Antebellum (2020) de Gerard Bush et Christopher Renz

Le premier soucis c'est que la première partie est complètement déconnectée du reste, chronologiquement elle semble sortie de nulle part aussi bien sur le fond que sur la forme. Elle n'en demeure pas moins que l'immersion dans cette plantation est aussi réussie que terrible. Ensuite la seconde partie soumet d'autres sous-textes quasi hors sujets (féminisme pure, toutes les femmes sont belles... etc...) qui repose sur une démagogie bien-pensante d'un féminisme hypocrite, le tout saupoudré d'un luxe qui permet à Janelle Monaé de rendre invisible ses partenaires grâce à son charme et une garde-robe démente. Mais cette partie permet aussi d'entrer dans le vif du sujet et nous préparer à cet épiloque qui nous est normalement promise comme un film d'horreur. Autant le dire de suite, ce film n'est certainement pas un film d'horreur, un thriller psychologique plus assurément. D'ailleurs Janelle Monaé le dit bien : "L'idée de faire taire les Noirs est une pure horreur. (...) Chris et Gérard ont choisi le cadre d'un thriller psychologique pour dépeindre ces horreurs". Mais on se surprend surtout à chercher le lien (de temps, cause à effet... etc...) entre cette conclusion et toute la première partie plutôt que de s'attacher au drame effectif. Gerard Bush et Christopher Renz ont assurément une vraie audace, avec des réelles idées de mise en scène, de construction narrative mais finalement un peu bancale et surtout, dans le propos, doté d'un manicheïsme qui fait froid dans le dos. Un propos sans nuance dangereux qui s'apparente plus à une propagande qu'à une remise à plat ou qu'à un quelconque dialogue soit disant recherché par ces auteurs. Quel dommage ! Décidément l'Amérique est loin de pouvoir cicatriser avec de tels films qui usent de moyens tout aussi dangereux que les racistes qu'ils dénoncent. Quel dommage tant cette histoire avait un potentiel dément, on pense à une version gore de la comédie française "Case Départ" (2011) des humoristes Thomas Ngijol et Fabrice Eboué à la sauce "Le Village" (2004) de M. Night Shyamalan. Mais surtout, il est évident que les deux cnéastes se sont inspirés du très bon (2017) de Jordan Peele. Avec en prime une artiste aussi belle que talentueuse, habitée et inspirée comme peut l'être Janelle Monaé. Un film à la reconstitution historique prometteuse mais trop démonstrative malgré plusieurs séquences remarquables. La grande déception de l'année au vu de son potentiel.

Note :

Antebellum (2020) Gerard Bush Christopher RenzAntebellum (2020) Gerard Bush Christopher Renz