L’essence du personnage

personnageDwight V. Swain pense qu’au cœur de chaque personnage, il y a cette capacité à sentir ou à ressentir que quelque chose est important. Et de s’en préoccuper.

Peu importe que ce quelque chose soit majeur ou mineur, cataclysmique ou trivial. Ce qui compte pour le personnage peut être l’argent ou sa famille, ou la paix dans le monde, ou l’écologie, ou ses prochaines vacances ou encore son désir de vivre à la campagne. Ce qui compte, c’est qu’il s’en soucie.

il n’est vraiment pas important que l’individu (incarnation d’un personnage) soit conscient qu’il ressent ce qu’il ressent, qu’il en ait conscience. Pour Dwight V. Swain, il faut que le sentiment existe et qu’il soit suffisamment puissant, dérangeant, perturbant… pour que le personnage s’en émeuve et agisse.

Construire l’essence du personnage

Considérons un mari pour qui l’ordre est d’une importance capitale, une véritable compulsion qu’il en ait ou non conscience. Il a épousé une femme pour qui le désordre est un mode de vie.
D’abord les renfrognements, puis de soudains emportements et le mari oublie toutes les raisons pour lesquelles il est tombé amoureux de cette femme.

Son charme, son intelligence, sa spontanéité, son sens de l’humour, son regard sur le monde… tout cela ne contrebalance plus les reproches du mari lorsque des questions d’ordre s’immisce dans la relation.

Pour Dwignt V. Swain, nous avons commencé par un personnage (ou plutôt une figure presque archétypale) que nous avons nommé un mari. Nous avons ensuite ajouté quelque chose qui est important pour lui, quelque chose qui lui tient à cœur de manière consciente ou non – dans cet exemple, nous avons mis l’accent sur l’obsession d’ordre – et il devient une personne.

Un personnage a commencé à prendre forme. Vous allez donc proposer une forme à votre lecteur/spectateur. Je doute qu’il trouve cet embryon satisfaisant.
Mais quelle que soit l’état de l’élaboration d’un personnage, le cœur de cet être fictif en devenir reste sa capacité à se soucier des autres ou sa capacité à sentir que quelque chose est important. Et c’est une faculté qui sera enracinée en ce personnage. Ce sera difficile pour lui de s’en défaire ou d’en prendre conscience.

Une fois que vous avez compris cela, vous avez franchi le plus grand obstacle dans le processus de création nous dit Dwight V. Swain. Cependant, tous les personnages n’ont pas le même potentiel. La fiction imite la réalité mais le personnage doit être plus vrai que nature afin de sortir le lecteur de sa banalité.

Vos meilleurs choix sont des personnages sympathiques – des personnages avec lesquels le lecteur est capable de partage et d’empathie, au moins en imagination. Et s’il s’agit de personnages maléfiques, ils devraient posséder le pouvoir de nous intriguer, même si nous ne pouvons pas accepter leurs objectifs.

Quelque chose d’important

Comment le personnage sait-il que quelque chose lui importe ? Sans aller jusqu’à la motivation ou l’enjeu qui sont davantage des éléments dramatiques qui appartiennent à l’histoire, il est peut-être bon de justifier l’attribut qui commence à qualifier un personnage, donc à le réduire.

Et là, le créateur intervient. Ainsi, face à la conception d’un personnage, vous imaginez ou pensez une idée ou une approche qui vous interpelle. En d’autres termes, vous vous demandez : « Comment faire pour que ce tas informe d’argile ou de boue vienne à la vie ? Comment pourrait-il devenir cet être d’apparence humaine et aux caractéristiques si humaines, raisonnable et crédible pour participer à mon histoire ? »

En fait, c’est relativement simple. On se complique la vie inutilement. Tout ce qu’il faut, c’est une lumière à l’horizon pour nous guider.

Lorsque vous attribuez une préoccupation à un personnage (comme par exemple une jeune fille qui n’a pas connu son père et qui est attiré par les hommes mûrs), vous l’engagez dans une position qui, implicitement ou explicitement, consciemment ou inconsciemment, sera son point de vue sur le monde.

Sachant que c’est la dynamique dominante du personnage, vous écrivez avec plus de confiance et d’assurance. Vous trouverez peu d’outils plus précieux nous confirme Dwight V. Swain. Vous l’adaptez à vos besoins, bien sûr ; choisissez le personnage qui vous semble le plus important en fonction de l’histoire que vous voulez raconter.

Puis vous rationalisez (donc vous vous livrez à une réflexion dramaturgique) le pourquoi de ce sentiment qui anime votre personnage. C’est un travail à faire a priori.

Lorsque le moment sera enfin venu d’écrire l’histoire, jetez-le dans une situation dont les circonstances mettront au défi la partie de lui qui le préoccupe, qui menace cette chose qu’il estime importante. Ce pourrait être votre incident déclencheur, d’ailleurs, dont la fonction dramatique est précisément de perturber le statu quo d’un personnage, sa vie telle qu’elle est avant que l’intrigue ne fasse de ce personnage quelqu’un d’autre, plus en accord avec lui-même ou bien définitivement damné.

Provocation et évitement

Vous rendez les choses qui blessent le personnage sur ce trait qui le caractérise au point qu’il ne peut tout simplement plus le supporter, et ensuite, vous décrivez ses pérégrinations et ses tribulations au cours de l’intrigue, en d’autres termes toutes ses tentatives pour contrer l’adversité que ce soit par l’initiative (après tout, s’il est le personnage principal et protagoniste, il est aussi proactif) soit par des stratégies d’évitements (la prudence n’est pas mauvaise).

Pour l’instant, cependant, Dwight V. Swain insiste que seul le personnage qui se soucie de quelque chose, qui trouve quelque chose d’important, mérite qu’on s’en préoccupe. Une préoccupation, quelle qu’elle soit, devrait être au centre du personnage. Ce n’est pas tant ce qui fait son être. C’est un point de départ et il faut bien commencer quelque part.

Travaillez à faire de chaque homme et de chaque femme de votre histoire un individu séparé et distinct – du moins, une imitation d’un individu. Je ne dirais pas comme Swain qu’il s’agisse d’une imitation, d’une copie d’un être. Autant la fiction peut être considérée comme une imitation du réel, le personnage n’en serait qu’une représentation.

Ce n’est pas négatif. Un être de fiction est un être plus vrai que nature. Une représentation est une interprétation de ce que nous percevons et de par quoi nous percevons. L’imagination ensuite travaille sur ces perceptions afin que le personnage de fiction opère sur le lecteur/spectateur une sorte d’effet de miroir dans lequel ce lecteur croit se reconnaître (du moins partiellement).

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