Joseph campbell – sur la mort

Pour Joseph Campbell, les mythes s’originent dans l’image de la mort. Mais auparavant, précisons le contexte. Joseph Campbell mentionne un unseen power, c’est-à-dire une entité non seulement invisible mais aussi ineffable. Mais l’esprit humain est ainsi fait qu’il lui faut nommer les choses afin, croit-il, de les posséder.

Ce pouvoir qu’on ne voit pas ou qui ne peut être vu (c’est-à-dire que nous ne le percevons pas alors qu’il est censé exister ou bien qu’il existe mais ne nous permet pas de l’apercevoir), on le nomme Dieu, ou bien la chance (ce qui évacue l’idée de providence), ou bien encore la destinée ou encore simplement une force, une énergie.

De ce pouvoir insaisissable par nos sens, nous acceptons l’idée qu’il y a un mystère au-delà de notre compréhension.

Joseph Campbell note que dans nos anciens mythes, les animaux étaient des envoyés de ce pouvoir insaisissable et qu’il servait alors, en ces temps primitifs, à enseigner et à guider l’humanité. Mais les ours, les lions, les éléphants et les gazelles sont en cage dans nos zoos.
L’homme n’est plus le nouveau venu dans un monde de plaines et de forêts inexplorées, et nos voisins immédiats ne sont pas des bêtes sauvages, mais d’autres êtres humains qui se disputent les biens et l’espace sur une planète qui tourne sans fin autour de la boule de feu d’une étoile.

Ni physiquement, ni spirituellement, nous n’habitons dorénavant le monde de ces races de chasseurs du paléolithique, dont nous sommes pourtant les héritiers, à qui nous devons les formes mêmes de notre corps et les structures de notre esprit.

Étranges réminiscences

Le souvenir de ces animaux émissaires d’une force (telle qu’était perçue en ces temps lointains la nature) n’est pas tout à fait perdu. Pour Campbell, il doit en subsister quelque chose en nous car ces animaux se réveillent un peu et s’agitent lorsque nous nous aventurons dans la nature sauvage. Ils se réveillent dans la terreur du tonnerre. Et une fois encore, ils s’éveillent avec un sentiment de reconnaissance lorsque nous pénétrons dans l’une de ces grandes grottes aux magnifiques peintures pariétales (Campbell nous rapporte ici sa propre expérience).

Quelle que soit l’obscurité que ces chamans des temps préhistoriques ont dû affronter en pénétrant en transe dans ces grottes, pour Joseph Campbell, la même obscurité réside en nous et nous en faisons l’expérience toutes les nuits endormis.

Quand on regarde les magnifiques peintures rupestres laissées par nos ancêtres primitifs, on se rend compte à quel point les chasseurs de ces premières tribus étaient influencés par leur environnement naturel, et par leurs sentiments religieux envers les animaux dont ils dépendaient pour se nourrir.

Ils se racontaient des histoires sur les animaux, et sur le monde surnaturel dans lequel les animaux semblaient aller lorsqu’ils mouraient. Et les chasseurs accomplissaient des rituels d’expiation pour les esprits défunts des animaux, dans l’espoir de les persuader de se sacrifier à nouveau.

Joseph Campbell a parlé de notre relation avec les premiers récits et avec les êtres qui les ont racontés. Comme eux, nous effectuons nous aussi des rituels (il faut comprendre que les premiers récits portaient en eux ces rituels) pour nous ouvrir ce que nous croyons être le monde au-delà de celui-ci, et nous essayons de mettre notre esprit en harmonie avec les questions d’immortalité et notre corps avec sa finitude.

Une harmonie

Joseph Campbell nous dit que les anciens mythes ont été conçus pour mettre l’esprit en accord avec le corps. Ce qui présuppose la primauté de l’esprit qui aurait ainsi hérité du corps. L’esprit peut s’égarer de façon étrange, et vouloir des choses que le corps ne veut pas.

Et les mythes et les rites étaient des moyens de mettre l’esprit en accord avec le corps, et le mode de vie en accord avec la façon dont la nature le dicte. Ils étaient une recherche d’harmonie. Ces anciens mythes ont encore une vérité très actuelle. Les étapes du développement humain sont les mêmes aujourd’hui que dans les temps anciens. Et le problème d’un enfant élevé dans un monde de discipline, d’obéissance et de dépendance vis-à-vis des autres doit être transcendé à l’âge de la maturité, de façon à vivre non pas dans la dépendance mais autonome et responsable.

Et le problème du passage de l’enfance à la maturité, puis de la maturité et de la pleine capacité à la sénescence et la perte de ces pouvoirs et à l’acceptation du cours naturel, on pourrait dire, de l’automne de la vie et de la mort, les mythes sont là pour nous aider à faire avec, à accepter le chemin de la nature et à ne pas s’accrocher à autre chose.

Les mythes nous content comment d’autres ont suivi ce même chemin que nous nous apprêtons tous à prendre et nous préparent à cet événement. Ils nous montrent aussi les beautés le long du chemin. Des beautés auxquelles nous sommes de plus en plus sensibles, qui nous sont encore plus évidentes, lorsque nous parcourons les derniers mètres.

Pour étayer son propos, Joseph Campbell nous rappelle cette tradition en Inde lorsqu’on passe d’une étape de sa vie à une autre. Lorsqu’il a pris sa retraite de l’enseignement, il savait qu’il devait créer une nouvelle vie, un nouveau mode de vie, et il a changé sa façon de penser à sa vie juste en fonction de cette notion, sortant de la sphère d’un certain épanouissement (dans son cas, cela était intellectuel, pour d’autres, cela pourrait être matériel) et entrant dans un état de jouissance et d’appréciation et se laisser aller dans l’émerveillement de tout cela.

L’horizon de la mort

Le problème au milieu de la vie, lorsque le corps a atteint son point culminant de puissance et commence à le perdre, est de s’identifier, non pas au corps, qui se désagrège, mais à la conscience dont il est le véhicule. Et quand vous pouvez faire cela, et c’est une chose que l’on apprend des mythes, on se demande que suis-je ?

Suis-je ce bulbe qui permet la lumière, ou suis-je la lumière dont le bulbe est un véhicule ? Ce corps est un véhicule de la conscience, et si vous pouvez vous identifier à la conscience, vous pouvez regarder cette vie s’en aller. Mais c’est normal, nous rassure Joseph Campbell, et puis peu à peu, tout s’effondre et la conscience revient à la conscience. Mais ailleurs.

Notre conscience se fond dans une conscience qui nous transcende. C’est ce que nous apprennent les mythes. Et c’est là le problème qui peut alors être métaphoriquement compris comme l’identification au Christ en nous, et le Christ en nous ne meurt pas. Le Christ en nous survit à la mort et ressuscite. Ou bien il peut l’être avec Shiva. Et c’est la grande méditation des yogis dans l’Himalaya.

Et on n’a même pas besoin d’avoir une image métaphorique comme celle-là, si on a un esprit qui est prêt à s’ouvrir et à s’identifier à ce qui le meut vraiment.

Joseph Campbell ne nous demande pas de le croire sur parole lorsqu’il nous apprend que l’image de la mort se retrouve dans les tous premiers mythes. Bien qu’il soit une autorité digne de la confiance qu’on peut lui accorder, c’est sur l’étude de documents qu’il est arrivé à la constatation que les premières preuves que nous avons de la pensée mythologique sont associées aux enterrements.

En ces temps primitifs, voir un être en vie et soudain, ne plus le voir en vie devait être la source d’un profond étonnement. Devant vous, un être est vivant, animé et vous parle. Il est maintenant allongé là, froid et commence à pourrir.

Quelque chose était qui n’est plus. Et où est cette chose ? Les animaux ont certainement vécu, ont fait l’expérience de la mort de leurs compagnons, mais rien ne prouve qu’ils aient eu d’autres pensées à ce sujet. Avant l’homme de Neandertal, l’humain et l’animal étaient fort peu différents concernant leurs morts. Nous avons des preuves que les gens mouraient et qu’ils étaient simplement jetés, nous dit Joseph Campbell. Mais depuis, c’est une préoccupation et les premiers enterrements apparurent à l’époque de l’homme de Neandertal.

Croyance, certitude

Ces sépultures ont été retrouvées avec du matériel funéraire, c’est-à-dire des armes et des sacrifices, ce qui suggère certainement l’idée qu’une vie continue au-delà du visible. Maintenant, nous avons des preuves de sanctuaires consacrés à des animaux qui ont été tués. Ces sanctuaires se trouvent par exemple dans les Alpes, dans des grottes très hautes, et ils sont associés à des ossements d’ours.

Néanmoins, un débat entre chercheurs et historiens continue sur la possibilité d’un culte de l’ours. La présence d’ossements et de crânes d’ours placés aux côtés de ceux des hommes et dans certaines positions posent problème.
Gardons cependant à l’esprit la position de Joseph Campbell en tant que mythologue. En ces temps primitifs, l’être humain se disait que son ami est mort et qu’il survit. Les animaux qu’il a tués doivent aussi survivre.

Par quelle force cet être primitif s’est-il senti obligé d’établir avec eux une sorte de relation expiatoire ? Pour Campbell, c’est un signe de la notion d’un plan de l’être qui se trouve au-delà du plan visible, et qui apporte une sorte de soutien. La nature humaine s’est naturellement rapportée à cette autre réalité. Campbell pense que c’est le thème de base de toute la mythologie.

C’est une réalité invisible qui supporte la réalité visible. On peut la considérer comme un monde ou simplement comme une énergie selon la culture, l’époque ou le lieu. Ce que nous ne connaissons pas nous apporte cependant confort et protection.

J’insiste sur le fait que je ne fais que rapporter la pensée de Joseph Campbell. C’est mon interprétation. Personnellement, je préfère me considérer agnostique ce qui m’autorise à continuer à rechercher et à partager avec vous ma quête.

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