Monos (2020) de Alejandro Landes

Après deux prmeiers longs métrages "Cocalero" (2007) et "Porfirio" (2013), le réalisateur colombien Alejandro Landes aura eût bien des difficultés à financer son projet. Film d'auteur indépendant mais sans être hollywoodien ou européen, il aura fallu trouver des co-producteurs provenant de pas moins de 8 pays différents de 3 continents différents pour boucler le budget, qui ne sera finalisé qu'après avoir montré un premier montage avec les premières scènes filmées. Il semble que la sensation d'avoir un film qui se situerait entre "Sa Majesté des Mouches" (1963) de Peter Brook et "Apocalypse Now" (1979) de F.F. Coppola ait un peu effrayé les producteurs. Alejandro Landes, également co-producteur, co-signe le scénario avec Alexis Dos Santos qui a réalisé "London Nights" (2010) et co-écrit "Bends" (2015) de Flora Lau. Sur le titre, le réalisateur précise : "L'origine (grecque) du mot Monos signifie seul, solitaire, le chiffre 1. Je l'ai choisi parce que je pense qu'une grande part de la tension dans notre vie quotidienne provient de la confrontation de l'individu avec le collectif. Entre l'Un et le Tout"...

Monos (2020) de Alejandro Landes

Dans les montagnes colombiennes, un petit groupe d'enfants soldats, des adolescents soudés comme une fratrie, sont isolés pour surveiller une otage occidentale. Leur chef vient parfois pour remettre les pendules à l'heure. Mais un malheureux accident va fissurer leur cohésion tandis que leur faction révolutionnaire subissent une attaque à proximité de leur camp... Le casting mêle acteurs professionnels et amateurs. La co-production permet ainsi d'obtenir la participation d'une actrice américaine relativement connue pour jouer l'otage, Julianne Nicholson vue dans (2017) de Craig Gillepsie et dans "Togo" (2020) de Ericson Core. La plupart des jeunes soldats jouent là dans leur premier film à l'exception de Moise Arias qui débuta dans "Super Nacho" (2006) de Jared Hess et aperçu depuis dans "La Stratégie Ender" (2013) de Gavin Hood et (2016) de Timru Bekmanbetov. Ses compagnons sont joués par Julian Giraldo, Paul Cubides, Sofia Buenaventura, Deibi Rueda, Sneider Castro ainsi que les demoiselles Karen Quintero et Laura Castrillon. Leur chef adulte est incarné par Wilson Salazar qui a été réellement enfant soldat des FARCS à partir de 11 ans jusqu'à ce qu'il déserte à 24 ans. Engagé pour entrainer les jeunes acteurs le réalisateur finira par lui offrir le rôle du tuteur de ces adolescents... Une des affiches du film annonce : adolescents, sauvages, amoureux, soldats, révolutionnaires. Tout un programme qui ajoute du romantisme là où il n'y en a pas du tout. Quand le film débute on est en présence d'une bande de gamins qui jouent pour passer le temps, ils n'ont pas franchement l'air de soldat mais plutôt à des gosses à qui on a donné des armes comme le gage qu'ils sont adultes et près à se battre même si ils n'ont encore jamais tué. Sur ce point le film se situe à l'inverse de films comme "Johnny Mad Dog" (2007) de Jean-Stephane Sauvaire ou "Beasts of No Nation" (2015) de Cary Joji Fukunaga où même les enfants sont effrayants.

Monos (2020) de Alejandro Landes

Laissé seul en autarcie, ils sont entre eux et ainsi isolé leur innocence reprend le dessus entre chamailleries, jeux et premiers émois. Seul le retour de leur chef, leur "Messager", et le court moment qu'il passe avec eux leur rappelle qu'ils appartiennent à une "révolution". Mais une mission inhabituelle amène un accident bête qui va briser, mine de rien, leur harmonie. Alors que leur otage tente de fuir, les désaccords, les rancoeurs mais aussi la peur vont gangréner le groupe. Tourné essentiellement dans les paysages magnifiques et sauvages du Parc National naturel de Chingaza en Colombie, le réalisateur avoue s'être inspiré des films "Kids" (1995) de Larry Clark et "Gummo" (1997) de Harmony Korine pour retranscrire l'esprit adolescent. Mais le contexte est bien éloigné de la jeunesse américaine rebelle, ici ils sont avant tout prisonnier d'une guerre à laquelle ils ne comprennet pas grand chose et qui se résume pour eux à joue les matons. On constate surtout que malgré leur petite communauté ils sont relativement seul, ce qui les poussent d'abord à expérimenter leur sexualité entre eux, à choisir des jeux brutaux, puis ensuite à se dénoncer et à se trahir. Entre le nihilisme ambiant et la jungle la sensation de liberté est une illusion parfaite. Alejandro Landes signe un drame de l'enfance aussi tragique que fataliste, mais on ne tombe jamais dans le manichéïsme grâce à cette otage émouvante dont l'instinct de survie se mêle un temps à l'instinct maternelle. La photographie léchée est magnifique, une mise en scène inspirée qui n'abuse pas à l'appel du contemplatif et de jeunes acteurs d'un naturel bluffant amènent à un réalisme terrifiant mais stylé avec une fin surprenante qui ne manquera pas soit de faire réfléchir, soit de frustrer le spectateur. A voir.

Note :

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