Bluebird (2018) de Jérémie Guez

Premier long métrage en tant que réalisateur de Jérémie Guez, romancier devenu scénariste on lui doit notamment les scripts de "La Nuit a Dévoré le Monde" (2018) de Benjamin Rocher et, après son film, ceux de (2018) et "La Terre et le Sang" (2020) tous deux de Julien Leclecq, ce dernier étant également son co-producteur. Le film a eu une production un peu longue, il n'est pas donc étonnant de voir que le film soit indiqué avec une année différente vis à vis des sources et un titre qui fluctue également. Ainsi ce film peut être connu sous "Tu ne Tueras Point" (délaissé logiquement à cause du film homonyme de 2016 signé Mel Gibson) ou "A Bluebird in my Heart", tandis qu'on retiendra l'année 2018 où le film a été présenté au festival de South by Southwest.

Bluebird (2018) de Jérémie Guez

Le réalisateur-scénariste adapte le roman "L'Homme de Plonge" (1999) de Dannie M. Martin, premier roman d'un ancien braqueur devenu journaliste puis romancier... Danny vient de sortir de prison et porte un bracelet électronique. Petit à petit, Clara la fille de sa logeuse s'attache à lui, sans doute lui rappelle-t-il son père qui est lui-même en prison ? Danny tente de se réinsérer jusqu'à ce que Clara soit victime d'une agression... Ce repris de justice est incarné par l'excellent et trop méconnu acteur danois Roland Moller vu dans les non moins excellents (2012) de Tobias Lindholm, "Les Oubliés" (2015) de Martin Zandlivet et "Atomic Blonde" (2017) de David Leitch. Sa logeuse est jouée par Veerle Baetens remarquée dans le déchirant "Alabama Monroe" (2012) de Felix Van Groeningen et "Les Ardennes" (2015) de Robon Pront, sa fille est interprétée par Lola De Lann révélée dans "Un Moment d'Egarement" (2015) de Jean-François Richet et qu'on a étonnament pas revue depuis. Et enfin, celle qui a donné du travail à Danny jouée par Lubna Azabal dont on peut citer "Exils" (2004) de Tony Gatlif et "Incendies" (2010) de Denis Villeneuve... Un film noir qui reprend la trame du dur à cuir, mutique et anti-social qui se fait justicier après qu'une jeune fille à laquelle il s'est attaché soit agressée. On pense forcément à d'autres films dont les excellents "Gran Torino" (2009) de Clint Eastwood et "A Beautiful Day" (2017) de Lynne Ramsay. D'emblée on reconnaît l'esthétique très sombre des thrillers de Julien Leclercq, ou du style de "Les Ardennes" cité plus haut. Un visuel gris et pluvieux, une lumière terne mais dans un style naturaliste, jusque dans l'approche quasi documentaire de la réinsertion d'un ex-taulard. Contrairement à un Julien Leclercq qui pêche souvent par trop d'excitation, Jérémie Guez se pose et pose son récit. Il prend le temps en se positionnant au rythme de son personnage principal. Danny réapprend à vivre "normalement", on le sent pensif et sur la retenue : il n'a pas le droit à une seconde chance (un coup de fil met les points sur les i).

Bluebird (2018) de Jérémie Guez

La première partie repose sur deux axes, le quotidien routinier d'un gars qui tente de revenir à un mode de vie "classique" et cette gamine (17 ans environ incarnée par une actrice de 24 ans qui fait incroyablement jeune) qui cherche une sorte de père de remplacement en attendant le retour éventuel du sien. Le rapport entre eux est délicat, touchant même sans pour autant être trop bavard (n'en déplaise à Danny !) ou explicatif. Jérémie Guez instaure un tension soudaine juste quelques secondes avant cette césure tragique qui va faire basculer leur destin. Pas franchement un film d'action, le réalisateur-scénariste joue l'économie sur ce point, plaçant judicieusement un climat de thriller psychologique et un suspens solide. Justicier à l'insu de son plein gré, Danny sait qu'il est au point de non retour alors que Clara ne peut qu'aller plus vite vers le monde adulte. Il n'y a qu'une scène un peu gratuite, ou du moins, pas franchement opportune ou compréhensible, celle d'une douche en duo. Mais sinon, Jérémie Guez prouve avec ce premier film qu'il n'est pas seulement un excellent scénariste et qu'il peut écrire aussi pour lui et ses propres projets. En tous cas un premier film prometteur, à la violence brute et directe, sans chichis, sans oublier la dimension humaine inhérent à chaque drame. Un bon moment.

Note :

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