L'Etat Sauvage (2020) de David Perrault

Encore peu connu, le réalisateur-scénariste français revient après "Nos Héros sont Morts ce Soir" (2013) avec un film ambitieux et audacieux. Ce nouveau projet n'est autre qu'un western féministe, ce qui est en soi une gageure pour une production française. Le western est un genre typiquement américain et seul les italiens ont pu un temps les concurrencer sur leur terrain, même si on peut penser un récent "Les Frères Sisters" (2018) de Jacques Audiard. Pour le féminisme on peut dire que le cinéaste tombe sur la bonne période démago pour offrir un joli point de vue. Mais au vu du récit on peut apprécier l'angle prit par David Perrault notamment sur le fait que les colons souhaitent repartir vers l'est plutôt que vers l'ouest : "Souvent le western raconte le passage de l'état sauvage à la civilisation. Là, c'est le mouvement inverse. Et ce n'est pas le rêve de l'Amérique mais le rêve du retour en Europe qui habite les personnages. Le film, par sa facture fantastique et gothique, est aussi très européen. Quand la diligence avance dans le brouillard au début, on est davantage du côté de Mario Bava que d'un western américain. Le cinéma italien d'ailleurs, de Visconti à Dario Argento, m'a beaucoup inspiré dans son rapport sensuel aux costumes, à la couleur, à la lumière. Le cinéma américain est plus sec, plus droit, plus strictement narratif. Ici, la démarche est plus sensorielle, le récit fait dse arabesques, on passe par différentes humeurs."...

L'Etat Sauvage (2020) de David Perrault

Durant la guerre de Sécession, en 1863, une famille de colons français se voit contraint de fuir pour repartir en France. Edmond le père engage un mercenaire avec qui il faisait des affaires peu recommandables, pour les escorter jusqu'à la Nouvelle-Orléans... A noter que David Perrault avait déjà abordé le western avec son court-métrage "No Hablo American" (2012)... Le père est joué par Bruno Todeschini qui, après "Camille" (2019) de Boris Lojkine, retrouve pour l'occasion Grégoire Colin dans une apparition qui tient plus du caméo. La maman est jouée par Constance Dollé vue aussi bien au cinéma qu'à la télévision mais surtout populaire pour les séries TV "Un Village Français" (2012-2018) et "Les Revenants" (2012-2015). Les filles sont incarnées par Maryne Bertieaux peu connue mais déjà aperçue dans diverses séries TV surtout, puis par Deborah François qui revient au western après "Never Grow Old" (2019) de Ivan Kavanagh et Alice Isaaz vue récemment dans (2019) de Anthony Marciano. Le mercenaire est interprété par Kevin Janssens surtout remarqué dans "Les Ardennes" (2015) de Robin Pront, et enfin la "méchante" est incarnée par Kate Moran vue dans "Un Couteau dans le Coeur" (2018) de Yann Gonzales... Si l'histoire met beaucoup trop de temps à réellement démarré la reconstitution soignée, la beauté des costumes, la très belle photographie nous immerge sans difficulté et impressionne même tant on s'imagine que le budget a dû être plus que limité. La première partie, très "bostonienne", serait presque une invitation à une fresque romanesque à la façon d'un "Autant en Emporte le Vent" (1939) de Victor Fleming mais ne nous emballons pas ! Si on s'aperçoit qu'il y avait matière à, et que l'ambition de David Perrault est bel et bien au rendez-vous on déchante très vite ! Quand le périple commence on se retrouve à être pollué par une collection d'erreurs et/ou de maladresses qui nous empêche d'y croire pleinement. La musique omniprésente mais surtout trop envahissante, appuyant sans cesse que l'ensemble est enveloppé de mystère(s). Les paysages, qui se succèdent sans cohérence entre neige et soleil, et surtout des zones désertiques peu compréhensibles alors que le périple part du Missouri vers la Louisiane. Des bandits semble-t-il muets et masqués constamment pour qui pourquoi ?! Sur ce dernier point on renvoie au côté "fantastique et gothique" dixit le cinéaste lui-même, entre ces bandits mystérieux et le vaudou on se dit que David Perrault voulait effectivement instiller du fantastique, mais si on sent le mysticisme ambiant ça reste à peine effleuré, voit sous-exploité jusqu'à être finalement un simple hors sujet ; d'ailleurs quel est le rapport entre le gang masqué et le vaudou ?!

L'Etat Sauvage (2020) de David Perrault

Plus ancré dans le réel, certains passages prêtent à rire, comme celui du précipice où la stupidité du groupe (les hommes comme les femmes, des personnages moins que le scénariste peut-être ?!) se matérialise en préférant longer le ravin plutôt que de passer par le chariot (dessous-dedans ou dessus !). Petite réflexion en prime : les femmes marchent à pied, les hommes à cheval, alors même que le patriarche semble largement avoir la fortune suffisante pour palier cette marche forcée ?! On s'agace de voir comment des femmes néophytes au tir (et encore plus pour tuer !) qui se démènent finalement assez facilement contre des tueurs chevronnés. Pour finir, le réalisateur-scénariste David Perrault explique son inspiration originelle : "Une façon de les voir fuir un modèle qui les corsète dans un ample mouvement d'émancipation. Mon imagination est avant tout musicale et visuelle. Quand je commence à travailler, j'accumule beaucoup de sons, d'images. Pour l'Etat Sauvage, je suis tombé sur une photo datant du XIXème siècle montrant une femme au bord du précipice dans le parc Yosemite, avec un horizon immense s'étendant devant elle. L'image exprime une sensation de grande liberté, on a l'impression que le monde appartient à cette femme. Et en même temps, il suffirait d'un pas de trop en avant pour qu'elle tombe... Tout le film s'est déployé autour de ce sentiment paradoxal."... Le paradoxe est surtout de ne jamais réussir à exprimer un temps soit peu cette liberté dans ce film, car jamais on ne sent ces femmes libres ou proches de l'être, même à la fin on se dit que la galère est loin d'être terminée... En conclusion une énorme déception que ce film, avec une telle ambition affichée, des moyens plutôt bien gérés, un joli casting David Perrault a surtout fait montre d'une prétention à l'esbroufe trop démonstrative dans la forme, et le fond inepte ne construit rien de bien solide. Le cinéaste a assurément très mal digéré ses références au genre. Malgré ses qualités cela reste très mineur comparé à tous ses défauts, on peut d'ores et déjà dire que ce western sera vite oublié. Dommage... Note indulgente !

Note :

L'Etat Sauvage (2020) David Perrault

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