Le Démon des Armes (1950) de Joseph H. Lewis

Le romancier MacKinlay Kantor a le vent en poupe après la guerre notamment grâce au succès de l'adaptation oscarisée de son roman "Les Plus Belles Années de notre Vie" (1946) de Wylliam Wyller. Cette fois le romancier se fait scénariste et s'associe avec un certain Dalton Trumbo pour adapter sa nouvelle éponyme (1940) "Gun Crazy" en V.O. Mais à noter que Trumbo n'est pas crédité en son nom mais sous le pseudo de Millard Kaufman car il était blacklisté depuis 1947 sur la tristement célèbre Liste Noire des artiste de Hollywood ayant été dénoncé comme communiste. Trumbo/Kaufman Pour la réalisation la production à fait appel à un réalisateur spécialiste des séries B dans le western et le polar, Joseph H. Lewis dont on peut citer "Le Maître du Gang" (1949) et "Ville sans Loi" (1955) même si "Gun Crazy" reste bel et bien son chef d'oeuvre...

Le Démon des Armes (1950) de Joseph H. Lewis

Bart Tare a toujours été fasciné par les armes, à tel point qu'à 14 ans il est envoyé en maison de correction pour un vol et après l'armée il revient dans sa ville natale où il a encore des amis. Il fait la connaissance Annie Laurie Starr, une tireuse de cirque dont il tombe amoureux. Ils partent en semble sur les routes jusqu'à le manque de moyen les poussent au crime, mais si elle est prête à tuer Bart se refuse à aller à cette extrémité... Au casting deux vedettes assez peu connues, aujourd'hui comme à l'époque du tournages. Mais les deux rôles principaux ont tout de même été révélé peu de temps avant, ainsi John Dall a été vu dans l'excellent (1948) de Alfred Hitchcock, et Peggy Cummins a été vu dans "Un Mariage à Boston" (1947) de J.L. Mankiewicz. A noter que Bart à 14 ans est incarné par Russ Tamblyn qui connaîtra son instant de gloire avec le succès de "West Side Story" (1961) de Robert Wise... Le film est évidemment inspiré par les célèbres Bonnie and Clyde, qui verra dans quelques années un film "officiel" tiré de l'affaire mais aussi nettement inspiré par "Gun Crazy" avec "Bonnie and Clyde" (1967) de Arthur Penn. Joseph H. Lewis choisit une mise en scène qui place son film entre la fatalité et la mélancolie de "Les Amants de la Nuit" (1948) de Nicholas Ray et le réalisme froid et calculateur de "L'Ultime Razzia" (1955) de Stanley Kubrick. On peut trouver le prologue un peu long sur l'adolescence et les prémices de la passion des armes de Bart mais ce n'est ni pompeux ni superflu. Niveau caractère et psychologie des personnages le film est plain d'acuité, judicieux dans son traitement, plaçant pour une fois l'homme sous la domination d'une femme qui mène de A à Z. Elle mène tellement qu'on se demande si elle n'est pas simplement une manipulatrice.

Le Démon des Armes (1950) de Joseph H. Lewis

Et pourtant on sent une tension sexuelle assez forte qui renvoie également au film de Arthur Penn. En effet, ici Bart désire Annie plus que tout mais semble toujours frustré tant c'est elle qui dirige, et elle le mène par le bout de sa b*** ; d'ailleurs pour l'anecdote le cinéaste a réellement voulu ce rapport ambigu sur le sexe dans le couple, dans un interview il aurait dit directement à John Dall : "Ta bite n'a jamais été aussi dure", et à Peggy Cummins : "Tu es une chienne en chaleur et tu le veux, mais ne le laisse pas t'avoir trop vite, fais-le attendre"... Outre ce couple fatale merveilleusement incarné par John Dall et Peggy Cummins, le réalisateur a également signé une mise en scène inspirée avec quelques séquences mythiques comme le braquage de la banque tournée en situation réelle sans avoir prévenu les clients et badauds (!), la course poursuite, la rafle aux suspects qui sera reprise dans les films "Chasse au Gang" (1954) de André De Toth et "Association Criminelle" (1955) de Joseph H. Lewis lui-même, et puis cette scène finale dans les marais embrumés qui impose une sorte de mystère au destin. Joseph H. Lewis signe un Film Noir cohérent, réaliste et prenant avec une tension désenchantée omniprésente qui atteint son paroxysme dans une brume signe d'un cauchemar éveillé. Un grand film injustement trop méconnu. A voir à revoir et à conseiller... Attention, à ne pas confondre avec son remake "Le Démon des Armes" (1992) de Tamra Davis avec Drew Barrymore.

Note :

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