La Grande Vadrouille (1966) de Gérard Oury

Après le succès énorme du film "Le Corniaud" (1964), Gérard Oury souhaite réunir de nouveau le tandem désormais mythique -Louis De Funès pour une nouvelle aventure. Oury ressort alors des tiroirs un vieux scénario co-signé avec Jean-Charles Tacchella dans lequel deux soeurs jumelles, une dévôte et une prostituée tentaient de faire passer des parachutistes anglais en zone libre. Le film devait se faire avec les soeurs italiennes Pier Angeli et Marisa Pavan et le réalisateur Leo Joannon aux commandes. Le passé collaborationniste de ce dernier semble avoir été un blocage pour les deux scénaristes, puis faute de financement à l'époque le projet fût abandonné. Gérard Oury retravaille donc le scénario avec sa fille Danièle Thompson, qui fera ses gammes avec le paternel sur les prochains films, puis avec Marcel Jullian qui était déjà sur "Le Corniaud" (1964), le trio se retrouvant plus tard sur les prochains succès (1968) et "La Folie des Grandeurs" (1971). Vu le succès précédent cette fois le financement est aisé au point d'obtenir un budget faramineux de 14 millions de francs (1,3 milliards d'anciens francs !) soit le film français le plus cher à l'époque... En 1942, trois soldats britanniques sautent en parachute au-dessus de Paris. Un est fait prisonnier, un autre fuit avec l'aide à l'insu de son plein gré d'un peintre en bâtiment (Bourvil) et un autre qui fuit plus ou moins avec l'aide d'un chef d'orchestre (De Funès). Les deux français issus de deux monde différents vont bon an mal an tout faire pour faire passer ses alliés en zone libre malgré l'occupant allemand...

La Grande Vadrouille (1966) de Gérard Oury

Evidemment on retrouve donc les deux compères Louis De Funès et Bourvil, eux qui s'amusaient lors du tournage en évoquant le fait que ce soit leur dernier film ensemble ; ce qui sera le cas malheureusement, Bourvil jouera encore sous la houlette de Oury dans "Le Cerveau" (1968) sans De Funès pris par d'autres engagements, et s'ils devaient se retrouver sur "La Folie des Grandeurs" (1971) la mort prématurée de Bourvil fera que c'est Yves Montand qui le remplacera. De Funès et Oury signeront un autre succès ensuite avec "Les Aventures de Rabbi Jacob" (1973). On reconnaitra aussi Guy Grosso et Michel Modo vu également dans "Le Corniaud" et acolytes de De Funès sur la saga démarré avec "Le Gendarme de Saint-Tropez" (1964) de Jean Girault. En caméo on voit un certain Paul Préboist, troisième couteau culte du cinéma franchouillard qui débuta avec Louis De Funès dans les cabarets. L'atout charme revient à la jolie Marie Dubois qui avait débuté avec la Nouvelle Vague dans "Tirez sur le Pianiste" (1960) de François Truffaut et "Une Femme est une Femme" (1961) de jean-Luc Godard. Et enfin, les anglais sont incarnés par Claudio Brook acteur fétiche de Luis Bunel qui venait de jouer dans "Viva Maria !" (1965) de Louis Malle, Mike Marshall fils de Michèle Morgan conjointe de Gérard Oury apparu aussi dans "Paris brûle-t-il ?" (1966) de René Clément, puis Terry-Thomas "Le Mur de l'Atlantique" (1970) de Marcel Camus ultime tournage de Bourvil si on excepte son caméo sur "Le Clodo" (1971) de Georges Clair... Gérard Oury a les moyens de ses ambitions sur ce monument du cinéma français. La reconstitution est digne des "vrais" films de guerre, et il a pu tourner à l'opéra où de Funès a poussé le perfectionnisme jusqu'à apprendre les gestes réels d'un chef d'orchestre dirigeant la Marche Hongroise de la Damnation de Faust de Hector Berlioz ! (qui sera saluer par une standing ovation des musiciens lors de la prise !). Le début du film va vite et entre dans le vif du sujet à une vitesse de croisière qui ne faiblira jamais. Les deux acteurs, Bourvil et De Funès, sont en grande forme et se renvoient la balle comme du papier à musique ; c'est parfait, c'est millimétré, c'est rythmé mais sans jamais bridé le génie des deux acteurs.

La Grande Vadrouille (1966) de Gérard Oury

Par exemple, la séquence culte de De Funès sur les épaules de Bourvil est une improvisation des deux acteurs. Plusieurs passages restent logiquement dans la mémoire collective comme l'échange des chaussures, les bains turcs et l'entêtante comptine "Tea for Two", les chaises musicales ou plutôt les lits musicaux... etc... Sur cette dernière partie, le concept sera repris de façon amplifiée dans le film "Gonflés à Bloc" (1969) de Ken Annakin où on y retrouve Bourvil, Marie Dubois et Terry-Thomas ! Oury a le génie de placer un gag de façon régulière sans jamais se répéter, mêlant les styles divers du genre (visuels, burlesque, situation, répliques...) qui font avancer l'intrigue sans jamais faire du sur place. Résultat, le film a été avec ses 17 millions d'entrées France le plus gros succès du cinéma français durant des décennies, dépassé ensuite par "Titanic" (1998) de James Cameron et par "Bienvenue chez les Ch'tis" (2008) de et avec Dany Boon. Mais le film a été aussi un succès mondial et ce, même en Allemangne où il engrangera encore 3,3 millions d'entrées à une ressortie en 1974 ! Gérard Oury signe donc une nouvelle fois un succès dantesque mérité, l''exemple parfait de la comédie franchouillarde de haute qualité, qui après "le Corniaud" nous fait encore plus regretté les projets avortés du duo Bourvil-De Funès. Une comédie à voir, à revoir, à conseiller puis à revoir...

Note :

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