L’INCIDENT (Critique)

L’INCIDENT (Critique)L’INCIDENT (Critique)SYNOPSIS: Vers deux heures du matin dans le métro de New York, deux voyous terrorisent les passagers du wagon où ils se trouvent...

Les années 60 sont souvent perçues comme une décennie dans laquelle le cinéma américain ne s'était pas encore teinté de la noirceur et ne portait pas encore le discours politique qui ont imprégné tant de grands films des années 70. Une décennie dans laquelle le code Hays, plusieurs fois amendés suite à la production de plusieurs films y contrevenant (mais puissamment soutenus), faisait sentir ses derniers effets avant d'être remplacé en 1966, par un nouveau code beaucoup moins restrictif qui fut à son tour aboli en 1968. En vérité, la plupart des grands spécialistes de ce que l'on désigne comme le cinéma américain des années 70 s'accordent à dire que ce mouvement de transformation a vu le jour à la fin des années 60, certainement en 1969, avec Easy Rider ( Denis Hopper, 1969). Plus rarement citée, l'année 1967 marque pourtant, à nos yeux, un premier changement majeur du paysage cinématographique américain, en témoigne par exemple la liste des films produits cette année qui furent nommés ou récompensés aux Oscars ( Le lauréat, Devine qui vient dîner ce soir, Dans la Chaleur de la nuit, Bonnie et Clyde, Luke la Main Froide ...) Tous ces films ont en commun de gratter le vernis de la société américaine, de pointer ses injustices, son hypocrisie, ses dysfonctionnements et sa violence. Si ces films sont entrés dans l'histoire du cinéma américain et sont encore aujourd'hui vus et analysés, à la fois pour leur qualité cinématographique et leur propos, il y avait cette année un autre grand choc, un autre grand uppercut encore plus violent qui est tombé dans l'oubli, tout du moins jusqu'à sa redécouverte il y a quelques années seulement : L'incident de Larry Peerce.

L’INCIDENT (Critique)

Dans sa première partie, en introduisant les différents protagonistes de ce qui sera un terrifiant huis clos dans le métro new-yorkais, Larry Peerce dresse en creux un portrait extrêmement lucide et même très sombre de l'Amérique de cette époque, de ses divisions, ses injustices et ses égoïsmes. L'irruption dans cette rame de métro, de ces deux voyous éméchés, deux droogies agissant sans mobile et la menace qu'ils représentent pour chacun de ces passagers, n'agira pas seulement comme l'élément dramatique qui fait basculer le récit dans un thriller à la tension étouffante mais aussi comme le révélateur des maux de la société américaine et ses lignes de fracture (interraciales, intergénérationnelles, sociales). La violence de Jo ( Tony Musante) et Artie ( Martin Sheen) va agir comme un révélateur de la lâcheté et de l'égoïsme de passagers pour lesquels l'empathie se fissure au fur et à mesure, le film creusant un sillon bien plus profond que celui du petit thriller urbain, dans lequel les victimes et les bourreaux sont clairement identifiés. Peerce n'est pas dans la simple dichotomie habituelle des voyous contre les honnêtes citoyens, dans la représentation d'une Amérique menacée par quelques misfits qui ont vocation à peupler ses prisons mais bien dans le portrait d'une Amérique fracturée socialement, le ciment du rêve américain ne suffisant plus à unir ses différentes classes sociales.

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Les différents passagers de cette rame de métro " prise en otage " par deux voyous éméchés composent un véritable portrait de l'Amérique de la fin des années 60, de ses inégalités, de la rupture du lien entre la nouvelle génération et ses aînés, de ses tensions raciales, de la fin des années d'insouciance et du mirage économique. Les 15 passagers de cette rame représentent ainsi tous une facette de la société américaine que Peerce entend mettre en lumière. On y retrouve ainsi notamment deux soldats revenus du front, un couple d'une cinquantaine d'années dont le mari est tancé et humilié par sa femme pour ne pas être capable de subvenir suffisamment à ses besoins, un couple et leur petite fille, un couple de personnes âgées portant un discours sur la rupture avec la nouvelle génération, une jeune femme innocente éprise d'un faux dur, un couple d'afro-américains dont le mari est à fleur de peau sur la question raciale, un gay, un sans domicile fixe...Cet inventaire pourrait faire craindre que ce récit ne soit écrasé par le poids de son discours, que les personnages ne soient que des artifices narratifs mais il n'en est rien. Ils sont tous brillamment introduits en une poignée de scènes durant la première partie du récit qui pose le cadre la confrontation à venir.

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Ce que Peerce arrive à faire est absolument remarquable, tant il arrive à nous attacher au sort de chacun des passagers de ce métro, nous faire comprendre déjà leurs failles qui seront encore creusées par les provocations et la menace représentée par Joe et Artie. Le rapport de force se crée non seulement entre les passagers et ces voyous mais aussi entre les passagers qui s'observent sans agir, indifférents à ce qui arrive à leur voisin, soit qu'ils soient lâches, soit qu'ils soient même dans une forme de complicité passive avec l'agresseur de celui pour lequel ils n'ont aucune sympathie de par sa couleur de peau, sa classe sociale, son âge... Le tableau ainsi dressé est terrible et cette rame de métro de devenir une scène sur laquelle se joue bien plus qu'un thriller, le drame de la décomposition d'une société qui jusqu'au début de la décennie renvoyait une toute autre image. Ce tour de force narratif est rendu possible par la mise en scène de Larry Peerce qui parvient à ne jamais être répétitive ou mécanique malgré la structure de ce récit, le fait que Joe (formidable Tony Musante) va s'en prendre successivement à chaque passager et les pousser à bout, faire exploser leur vernis social. Peerce a beaucoup travaillé en amont du tournage avec son casting, demandant à Martin Sheen et Tony Musante d'improviser face à leurs collègues, de les pousser à bout pour que le climat de tension constante que l'on ressent ne soit pas artificiel. Le choix de tourner en noir et blanc répond à nos yeux à la même logique, la même volonté de travailler dans un style extrêmement réaliste. Jusqu'à sa conclusion très sombre, L'Incident ne desserre jamais son étreinte, mettant le spectateur dans une position d'observateur assis dans cette rame de métro dont il ne peut pas plus descendre que ses infortunés passagers.

L’INCIDENT (Critique)Titre Original: THE INCIDENT
Réalisé par: Larry Peerce
Casting : Martin Sheen, Tony Musante, Thelma Ritter, Beau Bridges ... Genre: Thriller Sortie le: 30 avril 1968

Ressortie le: 10 septembre 2014

Distribué par : Swashbuckler Films
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