La cité de l'indicible peur

Un grand merci à ESC Editions pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le DVD du film « La cité de l’indicible peur » de Jean-Pierre Mocky.

La_cité_de_l_indicible_peur

« On ne peut quand même pas guillotiner cet homme à cause de moi, je ne le veux pas ! »

Suite à l’évasion rocambolesque d’un dangereux faussaire le jour de son exécution, le candide inspecteur Triquet est envoyé pour les besoins de son enquête dans une sinistre ville d’Auvergne où tout n’est que mensonge, hypocrisie et dissimulation. Les habitants, terrorisés par une bête mystérieuse, ont tous un comportement étrange alors que les meurtres se multiplient…

« Le docteur conduit peut-être de travers, mais c’est à vous de marcher droit ! »

La_cité_de_l'indicible_peur_Jean_Poiret

Ex-jeune premier du cinéma français des années 50, Jean-Pierre Mocky change de casquette et devient au début des années 60 l'un des jeunes réalisateurs à suivre. Avec à son crédit, notamment, deux importants succès publics que sont « Les dragueurs » en 1959 et « Un drôle de paroissien » en 1963. Fort de ce dernier succès, il se lance alors l'année suivante dans une ambitieuse adaptation du roman éponyme de Jean Ray, spécialiste de la littérature fantastique dont l’œuvre est pourtant réputée difficilement adaptable au cinéma. L'occasion pour le cinéaste de retrouver - une nouvelle fois - sa bande de comédiens habituelle (Bourvil, Francis Blanche, Jean Poiret).

« Je vous souhaite bonne chance ! Et bonne chasse ! »

La_cité_de_l_indicible_peur_Bourvil

Sorti initialement sous le titre de « La grande frousse », le film navigue ainsi entre le polar et le fantastique, s'appuyant sur un récit qui mêle des influences aussi diverses que le whodunit façon Agatha Christie et la légende de la Bête du Gévaudan. Mais surtout, il surprend par son ambiance sombre, à la limite du gothique, qui tranche littéralement avec la légèreté burlesque à laquelle le cinéaste nous avait jusqu'ici plutôt habitué. En effet, le village auvergnat qui sert de décor au film prend ici des allures inquiétantes marquée par une campagne inhospitalière sous la pluie battante, des habitants bien peu affables (le chef de gare qui reconduit le voyageur dehors, le gendarme inquisiteur, le voyeur qui espionne ses voisins aux jumelles) et une mairie aux faux airs de forteresse, remplie d'huissiers menaçants et d'un maire despote auprès duquel tout visiteur étranger doit signaler sa présence. Mais comme toujours chez Mocky, le second degré reste de mise, notamment à travers ce personnage de policier naïf et maladroit qui résout bien malgré lui les énigmes successives qui viennent se mettre en travers de son chemin. En creux, avec sa verve gentiment anar’,  il dessine aussi un portrait croquignolesque de la France profonde de l’époque, marquée par ses croyances ancestrales et un comportement guidé par une certaine forme d’opportunisme (lâcheté devant la menace de la bête puis vindicte populaire quand le coupable est arrêté). Et force est de constater qu’on s’amuse plutôt bien devant cette horde de personnages hauts en couleurs, et notamment de ceux interprétés par des vieilles gloires du cinéma français (Victor Francen, Jean-Louis Barrault, Raymond Rouleau) admirablement utilisés ici à contre-emploi.

La_cité_de_l_indicible_peur_Jean_Louis_Barrault

**

Le DVD : Le film est présenté dans un nouveau Master Haute-Définition, en version originale française (2.0).

Côté bonus, le film est accompagné d’un entretien avec Jean-Pierre Mocky qui revient sur la genèse et le tournage du film.

Edité par ESC Editions, « La cité de l’indicible peur » est disponible en DVD ainsi qu’en blu-ray depuis le 7 mai 2019.

Le site Internet de ESC Editions est ici. Sa page Facebook est ici.