La Dame de Shanghaï (1948) de Orson Welles

Alors que le couple Orson Welles-Rita Hayworth est en instance de divorce, le cinéaste décide d'offrir "un cadeau de rupture" ; plus tard, Rita Hayworth dira à des journalistes : "Je le devais à Orson"... Il s'agit de l'adaptation du roman "If I Die Before I Wake" (1938) de Sherwood King, un livre que l'actrice a lu et dont elle a tout de suite voulu jouer Elsa Bannister afin de démontrer qu'elle pouvait aussi être une actrice dramatique. Pour l'anecdote, Orson Welles aurait affirmer ne jamais avoir lu le livre... O'Hara accepte de piloter un yatch pour le couple Bannister. Tombant amoureux de madame, l'associé de monsieur Bannister lui propose un marché pour qu'il puisse disparaître sans laisser de trace...

La Dame de Shanghaï (1948) de Orson Welles

Orson Welles incarne O'Hara lui-même, et écrit le scénario assisté de plusieurs co-auteurs non crédités dont Charles Lederer qui venait d'officier sur le Film Noir "Le Carrefour de la Mort" (1947) de Henry Hathaway. Monsieur Bannister est joué par Everett Sloane, co-fondateur de la troupe de théâtre Mercury Theater avec Joseph Cotten, Agnes Moorehead et Orson Welles. Elsa Bannister est évidemment interprétée par Rita Hayworth en cheveux courts et blonde platine ! Au début du tournage, Welles fit venir plusieurs journalistes et devant eux il coupa les cheveux de son épouse et les fit teindre ! Cette façon de faire accentua le scandale, car si le cinéaste a toujours nié et que c'était avant tout pour les besoins du film beaucoup y ont vu une vengeance... Néanmoins ça reste un coup de génie, Rita Hayworth aura rarement été aussi sublime, et est ici une blonde platine aux cheveux courts aussi icônique qu'en rousse incendiaire dans (1946) de Charles Vidor. D'ailleurs niveau glamour elle retrouve également le créateur de costume Jean Louis, chef de ce département chez Columbia qui l'habille sur ces deux films. Si la star embellit le film, il ne faut pas oublier la magnifique photographie en Noir et Blanc signée Charles Lawton Jr qui se spécialisera surtout dans le western plus tard, et qui fut secondé par Rudolph Maté (non crédité) alors un des plus grands dan son domaine mais qui se lancera ensuite dans la réalisation avec notamment le magnifique "Mort à l'Arrivée" (1950)... On peut scinder le film en trois groupes qualitatifs, le premier reste la beauté icônique de Rita Hayworth, le second sont les nombreuses scènes d'anthologie, le troisième est que le film est plus un film qui dénonce les "requins" de Hollywood plutôt que d'être un film de vengeance conjugal. Elsa bannister en bikini noir étendue sur les rochers ou en robe immaculée courant dans la nuit reste en mémoire.

Dame Shanghaï (1948) Orson Welles

On est ébloui et intrigué à la fois par la symbolique omniprésente à chaque scène. Par exemple la séquence de l'entrevue secret à l'aquarium où le couple adultère s'embrasse devant des poissons hideux, la fuite et la perte de repère dans le parc d'attraction et, surtout, la scène mythique du règlement de compte final dans le labyrinthe des glaces ; cette dernière scène sera souvent copiée ou source d'inspiration. Et enfin, on comprend que Welles est d'une intelligence remarquable quand il fait croire à une simple vengeance envers son épouse à la ville alors qu'elle sera jamais aussi uniquement belle, et que on comprend que l'entourage crapuleux de l'avocat Bannister renvoie en fait aux "requins" que sont les producteurs alors tout puissant de Hollywood (qui ne lui pardonneront pas !)... Malgré les qualités évidentes du film le film est un désastre financier avec un budget allègrement dépassé de 2 millions de dollars, ajouté au financement hasardeux du prochain "Macbeth" (1948) le réalisateur-acteur va s'exiler plusieurs années en Europe... La postérité rendra pourtant une fois de plus honneur à l'oeuvre de Welles. "La Dame de Shanghaï" est un grand film, plus profond qu'il n'y parait, à la fois ultime hommage à son amour et attaque subtile et classieux contre le pouvoir des nababs hollywoodiens. La splendeur de la forme n'a d'égal que l'acuité de fond.

Note :

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