Une affaire de famille

Une affaire de familleFamily life
Enfin, Kore Eda repart de Cannes avec la Palme d’or après avoir remporté Prix du Jury, Grand Prix ou le Prix du scénario « Un certain regard » avec certains de ses précédents films. Ce film est l’agrégation de tous les thèmes chers au nippon dont le principal : sa perpétuelle interrogation sur les éléments qui forment une famille. ADN ou amour ou envie de vivre ensemble ? Liens du sang ou liens du cœur ? Cette question est posée avec une force décuplée ici par rapport à ses précédents films. Durant 90 minutes, immersion complète dans le quotidien d’une famille de marginaux : une grand-mère vivant de sa petite pension et d’un chantage récurrent, un « fils » vivant de vols à l’étalage et y formant son fils pré ado, une « belle fille » ouvrière au salaire faible, une autre fille ramenant un peu d’argent de ses gains d’hôtesse dans un peep-show ; et puis la petite dernière de 5 ans dont on nous montre l’arrivée dans la famille. Une fillette maltraitée récupérée dans la rue et qui trouve de l’amour dans ce cocon si particulier ; un enlèvement, non pour cette famille, ils ne demandent pas de rançon. Et voilà un portrait, et c’est peut-être le seul bémol, un peu long d’une famille aux accents d’ « Affreux sales et méchants » de Scola. Cette petite tribu modeste vit une forme de bonheur loin des conventions sociales ; et le dernier tiers du film montrera au combien ces conventions ne sont pas la préoccupation de cette communauté de vie. Et là, Kore Eda se révèle politiquement incorrect vis-à-vis de son pays ; en montrant déjà la faillite d’un modèle familiale nippon (et plus largement occidental). Défaillant par opposition à d’autres formes de relations filiales plus harmonieuses ; mais aussi en montrant ce que l’on cache souvent au Japon, les exclus du système qui font tâches dans le tableau de la réussite nippone assénée aux yeux du monde. Kore Eda finit par choisir de faire triompher l’ordre social des choses sur de nouvelles formes de famille ; mais pour le pire. Il interroge dans cette dernière demi-heure, avec une puissance encore plus importante que dans ses derniers films, la cellule familiale basé sur la génétique commune de ses membres. Au final la vision proposée par Kore Eda de l’humanité n’est pas du tout désespérée, car elle est sauvée au final par l’affection et la transmission que l’on peut trouver partout et aussi en dehors des siens. Et comme dans ses précédents films, Kore Eda démontre tout son talent pour filmer au plus juste le monde de l’enfance : la relation entre les deux enfants et les interactions avec les adultes sont joliment senties. Et donc ce Kore Eda, belle synthèse de son œuvre, est une chronique douce-amère, drôle et attachante d’une finesse et d’une intelligence assez exceptionnelle. L’écriture est brillamment ciselée, tout est gentiment nuancé ; même si le message porté par Kore Eda est toujours identique, il est porté de manière habile, avec minutie et dans toute sa complexité. A voir absolument.

Sorti en 2018
Ma note: 19/20