INCASSABLE (Critique)

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SYNOPSIS: Elijah Price souffre depuis sa naissance d'une forme d'ostéogenèse imparfaite. S'il reçoit le moindre choc, ses os cassent comme des brindilles. Depuis son enfance, il n'a de cesse d'admirer les superhéros, des personnages qui sont tout l'opposé de lui-même. Propriétaire d'un magasin spécialisé dans les bandes-dessinées, il épluche pendant son temps libre les vieux articles de journaux à la recherche des plus grands désastres qui ont frappé les Etats-Unis. Il se met alors en quête d'éventuels survivants, mais y parvient rarement. Au même moment, un terrible accident ferroviaire fait 131 morts. Un seul des passagers en sort indemne...

Il apparaît incongru aujourd'hui en ces temps de films de super-héros triomphants que Disney ait voulu à l'époque de sa sortie, cacher au public la véritable nature du nouveau film de M.Night Shyamalan choisissant de le présenter comme un thriller surnaturel autour des relations entre Bruce Willis et son fils plutôt que l'histoire de la naissance d'une figure super-héroïque. Le film faisant suite au triomphe phénoménal de Sixième Sens (293 millions de dollars de recette aux USA pour un budget de 40), il y avait un intérêt bien compris à laisser penser que le nouveau film du tandem Shyamalan / Willis était un cousin du précédent mais aussi une réticence de l'associer à un genre jugé moins respectable et rentable (à l'époque évidemment). La situation est doublement ironique puisque ce mépris du super-héros est évoqué en partie dans la thèse esthétique que développe le personnage incarné par Samuel L. Jackson (valeur ajoutée au film puisque renouant leur association gagnante de Pulp Fiction et Die Hard with a vengeance) mais aussi parce que Disney finira par racheter Marvel et en faire la pierre angulaire de sa domination planétaire sur le box-office. Incassable exploite une idée qui a toujours fasciné les fans et les auteurs de Comics : que se passerait il si les super-héros et leurs pouvoirs existaient dans le monde réel. Ce traitement " réaliste " du super-héros est une des bases du Watchmen d' Alan Moore et constitue la base du succès de la série Marvels qui présentaient les grands événements des titres de la compagnie du point de vue de l'homme de la rue au travers de peinture hyper-réalistes d' Alex Ross. Ce travail eut une influence importante sur la naissance de Incassable, Ross signant d'ailleurs des illustrations du film et des concepts arts.

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Shymalan , comme pour Sixième Sens utilise le bréviaire de Steven Spielberg faisant du quotidien le vecteur du fantastique qu'il montre à travers les yeux d'un enfant au sein d'une cellule familiale en crise. Quand le film commence on ressent chez David Dunn le personnage qu'incarne Bruce Willis, un sentiment de déconnexion, qui l'éloigne peu à peu de son épouse et de son fils ( Spencer Treat Clark), il est comme prisonnier d'une vie à laquelle il manquerait une pièce essentielle avec le sentiment diffus de ne pas connaitre sa vraie place dans le Monde. L'accident de train dont il ressort miraculeusement indemne va l'amener à découvrir sa vraie nature. David ne s'enthousiasme pas pour ses compétences comme un Peter Parker (on remarquera qu'il partage avec ce dernier la particularité d'avoir la même initiale à son nom et son prénom, la marque de nombreux héros Marvel des 60s) mais fait face à une terreur existentielle qui faire resurgir quelque chose qu'il a réprimé durant tant d'années. C'est le partage de cette expérience avec son jeune fils qui va lui donner la force d'assumer son nouveau rôle et va enfin les rapprocher. Cette double thématique donne lieu à la meilleure scène du film où ce dernier ne cesse d'ajouter des poids aux haltères que soulève son père jusqu'à atteindre des niveaux surhumains, les regards des deux acteurs, la musique de James Newton Howard en font une séquence comparable à l'envol de Superman dans le film de Donner. Le jeu atone de Willis qui va hélas devenir son mode de jeu par défaut est ici maîtrisé et permet de renforcer l'impact de l'irruption des éléments de fantastiques du film. Dans le rôle de l'épouse de David, Audrey, Robin Wright Penn est un peu sacrifiée, mais un bref échange au sujet de leur mariage chancelant, où les Dunn reconnaissent à quel point ils se connaissent mal et combien ils ont choisi d'oublier, constitue le moment le plus émouvant du film. Samuel L. Jackson interprète un personnage qui agit en miroir de celui de Willis , Elijah Price atteint d'une forme d'ostéogenèse imparfaite est aussi fragile que Dunn est fort et partage avec lui le sentiment qu'il manque quelque chose d'essentiel à son existence. La performance de Jackson dans Incassable est sans doute une de ses meilleures car il s'éloigne de son style grandiloquent habituel pour un jeu plus intérieur qui fait apparaître les souffrances de son personnage torturé physiquement par la maladie mais aussi intérieurement par la recherche éperdue (et meurtrière) de la validation de sa théorie selon laquelle il existe une lignée de gens " spéciaux " ayant inspirés les mythes mais aussi les héros indestructibles des comic-book, mis sur Terre pour vaincre le mal. Price est ainsi à la fois un mentor et un antagoniste pour Dunn (on sait désormais qu'il a endossé cette dernière fonction quand Shyamalan a retiré de son script le personnage de Kevin Crump que devait affronter Willis et qui deviendra le protagoniste de Split). Il est de notoriété publique que l'acteur de Pulp fiction est fan absolu de comics et Shyamalan en fait ici symboliquement l'ambassadeur de cette forme artistique auprès du grand public à travers la présentation qu'il en fait à Bruce Willis dans le film.

INCASSABLE (Critique)

Incassable donne l'occasion de développer un autre thème récurrent du cinéma de Shyamalan qu'il partage avec Stephen King autre grande signature spécialiste de l'émergence du fantastique dans le quotidien, la certitude de l'existence d'un mal bien réel, d'horreurs qui se cachent sous la façade de la vie ordinaire, des perversions " souterraines " loin des fantômes et des super-vilains. Il se manifeste dans les criminels que Willis dévoile quand il utilise son " sixième sens " des psychopathes plus effrayants que ne le seront jamais tous les Thanos ou les Magneto des comic-books. Alors que Sixième Sens surprenait son public mais de manière ludique, Incassable plus mature et ambitieux est d'un abord plus austère, son rythme lent laisse les arches narratives de ses protagonistes l'emporter sur les mécanismes de l'action ou du thriller. Shyamalan collabore ici avec le directeur de la photographie Eduardo Serra collaborateur de Patrice Leconte qui livre un travail somptueux. Malgré son marketing le film ne franchira pas la barre des 100 millions de dollars sur le sol américain même avec Willis et Jackson à son bord. Suivre le choc Sixième Sens était sans doute un défi impossible à relever pour Shyamalan dont la critique et le public attendaient un nouveau " twist " à l' image d'un prestidigitateur dont on attend le dernier tour. Avec Incassable, le Spielberg de Philadelphie refusera en quelque sorte l'obstacle en ne répondant pas aux attentes du public avec ce film sombre et contemplatif bercé par la mélancolie parcouru par des éclats de noirceur dont la conclusion n'est pas un twist mais l'aboutissement inévitable d'une narration précise. Depuis sa sortie le passage du temps a fait son œuvre, les codes du super-héros sont désormais familiers pour le grand public, donnant à Incassable le statut de film culte. Le succès de Split en 2017 a permis enfin la mise en œuvre d'une suite commune aux deux films : Glass (qui sort sur nos écrans le 16 janvier 2019). Malgré cette explosion inattendue d'un véritable univers partagé autour du film, Incassable reste à nos yeux le film le plus profond et le plus réussi de la carrière du prodige de Philadelphie.

INCASSABLE (Critique)

Titre Original: UNBREAKABLE

Réalisé par: M.Night Shyamalan

Sortie le: 27 décembre 2000

INCASSABLE (Critique)EXCELLENT


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