La Barbe à Papa (1973) de Peter Bogdanovitch

Peter Bogdanovitch est alors un cinéaste particulièrement prometteur, qui avait été fortement remarqué avec ses premiers films "La Cible" (1968), "La Dernière Séance" (1971), ainsi qu'un documentaire "Directed by John Ford" (1971) qui plaçait ainsi en avant la cinéphilie de l'artiste et sa passion pour le maitre John Ford ce qui est n'est pas anodin. Et pourtant cette histoire adaptée du roman "Addie Pray" (1971) de Joe David Brown était dévolu au départ à John Huston qui avait choisi Paul Newman (avec qui il venait de tourner "Juge et Hors-la-loi" en 1972) et sa fille Nell Potts mais quand Huston laisse tomber les producteurs choisirent Bogdanovich. Des producteurs issu d'ailleurs de ce qu'on allait bientôt appeler le Nouvel Hollywood puisque dans les producteurs on constate les noms de William Friedkin et Francis Ford Coppola qui venaient tous deux de conquérir Hollywood respectivement avec "French Connection" (1971) et "Le Parrain" (1972).

La Barbe à Papa (1973) de Peter Bogdanovitch

Bogdanovitch décide de choisir un autre duo, Ryan O'Neal avec qui il venait de tourner "On s'fait la valise docteur ?" (1972) et qui était devenue une star avec le mélo "Love Story" (1970) de Arthur Hiller. Le réalisateur a choisit O'Neal après avoir remarqué la forte complicité qui unissait le père Ryan avec sa fille de 8 ans Tatum. Malgré tout, vu l'âge de la fillette, il a fallu effectuer quelques modifications vis à vis du livre et notamment dans sa dernière partie. Addie a par exemple 12 ans dans le roman et le récit se déroule dans le sud alors qu'ici on est plutôt dans le Middle West. Aux côtés de papa et sa fille on reconnait le méconnu Randy Quaid qui tournait là son 4ème et dernier film pour Bogdanovich et John Hillerman (futur Higgins dans la série TV "Magnum" (1980-1988). Le titre français est comme souvent plutôt inepte et stupide, le titre en V.O. est "Paper Moon", qui sera par ailleurs le titre du livre dans ses éditions futures en hommage au film. En tant que cinéphile avéré Bogdanovich va offrir avec ce film un condensé du cinéma qu'il aime et il est donc pas étonnant qu'on pense à deux films en particulier, "The Kid" (1922) de Charles Chaplin et "Les Raisins de la Colère" (1940) de John Ford.

La Barbe à Papa (1973) de Peter Bogdanovitch

La relation entre Moses et Addie est effectivement pas sans rappeler Charlot et le Kid, du lien qui sa noue (on ne sait jamais vraiement si Addie est la fille de Moses) comme du côté arnaque pour s'en sortir. Ensuite, la période de la prohibition et de la Crise de 1929 est un terreau riche pour une histoire dont l'exode dramatique dans le film de Ford est repris ici avec évidemment plus de légèreté. Peter Bogdanovich allie donc deux maestro du 7ème Art pour signe un film hommage mais sans jamais réellement copié. Non, il n'en demeure pas moins que le cinéaste signe un film personnel qui est en droite ligne après "La Dernière Séance" et "On s'fait la Valise docteur ?", un style rétro-nostalgique qui permet à Bogdanovich de reprendre le Noir et Blanc. Un Noir et Blanc justement dans le ton des années de l'Âge d'Or, signé du Directeur Làszlo Kovàcz, fidèle du réalisateur et en pleine ascension depuis "Easy Rider" (1969) de Peter Fonda. Ryan O'Neal est un arnaqueur looser qui erre d'état en état, vivant de petites magouilles, et qui se retrouve avec une fillette dans les pattes qui serait peut-être sa fille. Au fil du temps des liens se tissent, la fillette ayant son petit tempérament... L'osmose entre père-fille est magique, la petite Tatum est mignonne et le road-movie qui en découle offre une chronique mélancolique mais optimiste malgré tout. Bogdanovich réussit l'exploit de prendre le meilleur de "The Kid" et "Les Raisins de la Colère" pour un faire un film surtout touchant. L'humour reste très léger (trop ?!) et le côté social (crise de 1929) reste bien discret mais l'aventure filial est d'une finesse et d'une subtilité qu'on voit rarement. A voir et à Revoir. Le succès est tel, que Tatum O'Neal obtient l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle à seulement 10 ans ! Le réalisateur refera appel aux O'Neal pour "Nickelodeon" (1976)...

Note :

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