Le Souper (1992) de Edouard Molinaro

Adapté de la pièce de théâtre éponyme (1989) de Jean-Claude Brisville qui a connu un grand succès primé aux Molières en 1989, Edouard Molinaro réalise et co-écrit le scénario avec l'auteur et Yves Rousset-Rouard, d'abord producteur prolifique (de "Emmanuelle" en 1974 à "Le Souper" en passant par "Le Père Noël est une Ordure" en 1982) qui signe son premier et dernier scénario avec ce film historique. Les deux acteurs, Claude Rich et Claude Brasseur reprennent leurs rôles respectifs. A leurs côtés les serviteurs sont joués par les "gueules" de Ticky Holgado et Yann Collette, l'atout charme par Alexandra Vandernoot qui ne dit pas un mot de tout le film n'apparaissant que 2mn mais dans un rôle pourtant pas si anodin, tandis qu'en prime la voix Off de François-René de Châteaubriand est dévolu à Michel Piccoli. Molinaro connait déjà ses acteurs, il tourne ainsi son 5ème et dernier film avec Claude Rich, son 4ème et dernier film avec Claude Brasseur, tandis que les deux acteurs ont déjà tournés ensemble dans 5 films, "Le Caporal Epinglé" (1962) de Jean Renoir, le plus connu est sans doute "La Guerre des Polices" (1979) de Robin Davis et le dernier sera "Les Acteurs" (2000) de Bertrand Blier tandis qu'ils se sont connus dans "Les 7 Péchés Capitaux" (1962), film collectif à sketchs où ils ont tournés pour... Edouard Molinaro !... La boucle est bouclée...

Le Souper (1992) de Edouard Molinaro

Le cinéaste, souvent plus enclin à la comédie, signe là une adaptation savoureuse et passionnante sur un dîner où les deux hommes politiques français de l'époque les plus vicieux, secrets, puissants de l'ombre, intrigants et opportunistes se préparent un avenir, le leur bien sûr mais aussi celui de la France. Ainsi, après la défaite de Waterloo et l'abdication de Napoléon Ier, Joseph Fouché, duc d'Otrante, chef du Gouvernement provisoire et ministre de la Police est invité par Charles Maurice de Talleyrand Prince de Bénévent et ministre des affaires extérieures pour discuter de l'avenir. Le premier est maitre du pouvoir "qui se voit" et reste le bras armé, le second est le maitre de la diplomatie qui a fait sensation au Congrès de Vienne en défendant la France devant la coalition européenne. Nous sommes la nuit du 6 juillet 1815 et deux hommes vont tenter de convaincre l'autre qu'il a raison devant un festin signé d'un certain Antonin Carême. Cette précision n'est pas non plus anodine. En effet, Talleyrand est un maitre de la manipulation et le luxe nouveau est que son cuisinier (Carême) est le premier à porter le titre de "Chef", à avoir une reconnaissance internationale, qu'il a révolutionné la cuisine notamment en faisant que Talleyrand eut la réputation d'avoir la meilleur table du Congrès de Vienne... Si le rendez-vous est en soit politique, la description des mets par Talleyrand reste des entermèdes succulents aux discussions très précis entre les deux hommes. Et donc entre deux plats, les deux hommes s'affrontent en sachant pertinemment que l'un de peut pas se passer de l'autre, Fouché désirant un retour à la République, Talleyrand préférant la Restauration de la Monarchie. Cherchant l'un et l'autre à se convaincre les deux hommes se rappellent également leurs méfaits passés (trahisons, intrigues...) plus ou moins à demi-mots, nous restons entre hommes "courtois et civilisés". Malgré la précision historique des infos malheureusement il y a pourtant quelques erreurs, certes qui tiennent plus de la maladresses et ou d'une omission un peu bêtes mais elles restent fâcheuses tant elles se voient.

Le Souper (1992) de Edouard Molinaro

Fouché nomme Napoléon II "L'Aiglon" alors que ce surnom est signé de Victor Hugo en 1852, Fouché dit que Napoléon a eu deux soeurs alors qu'il en a eu trois, et surtout, Talleyrand avait un pied bot côté droit et non du gauche. Il y a aussi le fait que le Duc d'Enghien n'est pas le petit-fils du Grand Condé mais son arrière-arrière-arrière-arrière-petit-fils mais vous conviendrez ici que ça fait un peu long et que le raccourci peut-être voulu. Il est certain que les passionnés d'Histoire seront comblés (votre serviteur l'est !), les deux acteurs sont fabuleux (César mérité pour Claude Rich !), les décors de la pièce sont somptueux et colle parfaitement même si, pour l'anecdote, le film n'a pu se tenir dans les lieux même des faits puisque l'ambassade des Etats-Unis (ancien hôtel particulier de Talleyrand) a refusé, avant de trouver un autre endroit à l'ambassade de Pologne situé au 1 rue de Talleyrand, ça ne s'invente pas ! Un film fascinant, merveilleusement interprété, jamais ennuyeux ou ennuyant pour une immersion certe fictive mais diablement réaliste et intéressante même si les nombreuses références historiques risquent d'en perdre beaucoup. Le film se termine sur la voix de Châteaubiand d'après "Mémoires d'Outre-Tombe" dont voici un extrait : "Tout d'un coup une porte s'ouvre : entre silencieusement le Vice appuyé sur le Bras du Crime, M. de Talleyrand marchant soutenu par M. Fouché ;"...

Note :

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