Mother!, une grotesque démesure.

Mother!, une grotesque démesure.

Darren Aronofsky fait sa rentrée avec , un film qui n'a manifestement laissé personne indifférent. Certains l'ont détesté, criant au scandale ; d'autres l'adorent, criant au chef-d'œuvre. Ici, on est mitigés. Il y a du bon et du mauvais dans ce hautement symbolique. Probablement trop symbolique. On connaît le penchant d'Aronofsky pour les thématiques complexes et les intrigues riches en sens, parfois difficilement transposables à l'écran. Pour exemple, The Fountain qui abordait moult thématiques existentialistes comme la mort, le deuil, l'amour ou la paix, le tout dans un patchwork de trois temporalités différentes. Jusqu'alors, Darren Aronofsky a toujours su aborder ces problématiques par le biais d'histoires singulières et personnelles qui savaient susciter l'adhésion du spectateur. Avec cependant il semble que la mayonnaise ait plus de mal à prendre. Aronofsky choisit de tisser son -trop- vaste propos par une gradation fantasque de péripéties toujours plus délirantes, faisant ainsi de un film conceptuel plus que véritablement narratif. Pour être tout à fait clair, disons que le dernier-né du réalisateur est une longue allégorie aux lectures multiples. Et malheureusement, la promotion du film n'a pas préparé les spectateurs les moins avertis à cette réalité, laissant planer la confusion sur sa nature. Ceux qui s'attendaient à découvrir un thriller en huis clos avec une pointe de fantastique se sont trouvés bien dépourvu après la première heure et demie. A titre personnel, le choc s'est bien fait sentir dans ma salle : rires à gorge déployée, ça grignote frénétiquement, ça illumine la salle de son portable sans aucun complexe ou ça discute carrément à voix haute, au calme. Pour les rares qui trouveraient ça normal : jetez un œil au manuel du Fossoyeur de Films... Ce petit détour pour expliciter les réactions qu'a suscitées le film fait, revenons-en au fond.

Mother!, une grotesque démesure.

nous plonge dans une petite maison de campagne isolée au sein du couple que forment Jennifer Lawrence et Javier Bardem. Lui est poète et essaie difficilement de combattre son syndrome de la page blanche. Quant à elle c'est une femme au foyer qui s'occupe de restaurer et préserver la maison qui fut autrefois dévastée par un incendie. Cette vie de couple paisible est bientôt bouleversée par l'intrusion d'Ed Harris et de sa femme, incarnée par Michelle Pfeiffer. Ce grain de sable va véritablement faire dérailler la machine et permettre l'intrusion de nombreux autres indésirables au sein de ce qui semblait être jusqu'ici un havre de paix. Si vous avez vu le film, vous savez déjà que les péripéties qui attendent notre belle protagoniste vont devenir de plus en plus fantasques. Vous savez donc que Darren Aronofsky cherche à étayer un propos trop dense et qui ne saurait se raconter dans une histoire réaliste et cohérente. ne révèle son intérêt que dans les différentes interprétations de son message. Tout d'abord, il y a la thèse que défend le réalisateur lui-même : le personnage de Jennifer Lawrence est l'allégorie de Gaïa, notre mère nature à tous, ravagée par l'égoïsme et la folie des hommes jusqu'à ce qu'elle y mette fin. On peut aussi y voir une réflexion sur l'acte de création artistique. Quitte à se demander si le réalisateur n'est pas parti dans un ego-trip démesuré, retraçant les turpitudes auxquelles sont soumis les créateurs au rang desquels il figure. Enfin, les deux dernières lectures ont trait à la religion. D'un côté, on pourrait voir dans une critique de la religion et de la folie des croyants ; de l'autre, on pourrait également deviner une pure relecture de la Bible (cherchez les symboles, il y en a dans chaque séquence). Dans toutes ces lectures, faites votre marché et choisissez celle que vous préférez. Malgré de bons acteurs et de bonnes intentions, Darren Aronofsky livre un film cryptique un peu lourd et finalement assez creux. Si l'on a de la sympathie pour le message et les intentions du cinéaste, on regrette que l'histoire laisse son spectateur sur le bas côté et choisisse de se perdre dans une suite de péripéties superficielles et tapageuses portées par des personnages réduits à leur seule fonction. On aime la profondeur thématique de ce , on n'apprécie guère sa narration alambiquée qui frôle par moment le grotesque.


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