Okja

Okja
Pendant dix années idylliques, la jeune Mija s'est occupée sans relâche d'Okja, un énorme animal au grand cœur, auquel elle a tenu compagnie au beau milieu des montagnes de Corée du Sud. Mais la situation évolue quand une multinationale familiale capture Okja et transporte l'animal jusqu'à New York où Lucy Mirando, la directrice narcissique et égocentrique de l'entreprise, a de grands projets pour le cher ami de la jeune fille. Sans tactique particulière, mais fixée sur son objectif, Mija se lance dans une véritable mission de sauvetage. Son périple éreintant se complique lorsqu'elle croise la route de différents groupes de capitalistes, démonstrateurs et consommateurs déterminés à s'emparer du destin d'Okja, tandis que la jeune Mija tente de ramener son ami en Corée.

Okja – 28 Juin 2017 – Réalisé par Bong Joon-Ho
Aux vues des derniers mois, du festival de cannes et des nombreux appels au boycott d'Okja, j'en déduis donc que « Netflix » est la kryptonite de notre sacro-sainte exception culturelle française ! Mais bon avec encore à ce jour le plus grand parc de salles de cinéma d'Europe et un nombre toujours plus grand de spectateurs qui se déplacent en salle, j'ai bel et bien l'impression que cela ne marche pas. Alors il est vrai que le spectacle que procure une salle de cinéma est parfois indescriptible, voire inoubliable, permettre à tous et surtout au plus modeste de voir un film à un moindre coût, ça n'a pas de prix et surtout cela ne change pas la qualité de ce que l'on voit, que cela soit Okja ou non !
Lucy Mirando est la nouvelle PDG des entreprises Mirando, une firme spécialisée dans l'élevage et l’abatage de porc. Elle qui jouit d'une plus grande réputation que sa sœur, s’apprête à révolutionner le monde de l'agro-alimentaire, en dévoilant une nouvelle espèce de porc. Plus savoureux, plus génèreux, il doit résoudre les problèmes de famines dans le monde, mais avant ça, Lucy lance un immense concours ou ce porc doit être confié à différents éleveurs à travers le monde. Et ce n'est qu'au bout de 10 ans qu'ils éliront le meilleur de ces nouveaux cochons. Dix années ont passés et nous découvrons Mija, une jeune fille coréenne qui joue avec Okja, l'un des cochons de la firme Mirando. Cette jeune fille est très attachée à Okja, qui n'est pas qu'un simple cochon, mais un confident avec qui elle a noué une amitié très forte. Sauf que tous ça, va être remis en cause, car la firme vient récupérer son cochon, une chose que Mija ne va pas accepter, surtout quand son amis est promis à une mort certaine …
Au final c'est un film fort sympathique qui se révèle être un conte d'une rare et cruelle efficacité ! Car oui avec son cochon géant « Okja », ses vétérinaires extravertis, sa dirigeante de multinationale impitoyable, ses organisations de défenses pour les animaux maladroites et son héroïne courageuse, Bong Joon-Ho utilise la forme du conte et ses allégories pour parler au plus grand nombre. Une façon simple, mais efficace d'aborder la famine dans le monde, la surconsommation, le partage des richesses et la souffrance animale .
Bong Joon-Ho articule son intrigue autour de Mija, qui va devoir passer par une série d'épreuves pour retrouver son cochon « Okja ». Sortir ainsi de son confort du haut de son sommet coréen pour plonger dans l'enfer urbain de la ville. C'est prenant, sans temps mort, mais surtout c'est assez convenue, car on ne cherche pas à nous surprendre et c'est bien là le gros défaut du film. Il n'y a rien que l'on ne devine pas à l'avance. Ce qui est dommage, mais comme le but est tout autre, ce n'est pas très dérangeant. Mija ce personnage que nous présente le réalisateur, c'est un peu nous, le spectateur lambda qui se retrouve perdu dans un environnement ou l'on est sans cesse sur-solliciter et qui se pose des questions sur le monde dans lequel il vit !
Une réflexion qui trouve son apogée à la fin du film [SPOILER], Mija sauve Okja en le rachetant, en payant avec de l'or![SPOILER END] ! Un acte qui surprend aux vues de la philosophie du film, mais Mija fait ce qui lui semble juste, elle se sépare de ce qui représente pour elle, un modèle qu'elle ne veut pas, ou l'on monnaie les individus. Elle donne ainsi de l'espoir en montrant que c'est possible de sauver une « vie » et de gagner face aux géants ! Sauf que cela ne peut se faire seul, car d'un autre coté, c'est encore et toujours le système le plus fort qui gagne, le système capitaliste …
Un récit que Bong Joon-Ho mène avec beaucoup d'aisance, donnant vie à cet univers fantasmagorique à la fois si proche et si loin de nous ! Il crée une ambiance très poétique au début dans les montagnes, avec un soupçon de magie, pour mieux plonger par la suite dans les diverses villes que Mija traverses. C'est visuellement soignée, Darius Khondji rend les villes encore plus anxiogènes qu'elles peuvent l’être, la lumière est froide et les couleurs sont plus ternes ! Un travail qui accompagne merveilleusement bien l'ambiance que le réalisateur instille des le début, entrecoupées seulement par quelques poursuites au combien bien réussies ! Ou l'on peut admirer le chara-design si particulier du cochon « Okja ». Quant au casting, il est assez inégal, si Paul Dano ou encore Tilda Swinton sont à l'aise avec leurs personnages, d'autre comme Jake Gyllenhaall en font beaucoup trop que cela en devient écœurant. Petit coup cœur en passant pour Ahn Seo-hyeon, l'impeccable interprète de Mija sans qui le film n'aura pas eu la même saveur !
Clairement un film de cinéma, avec un coeur gros comme un "Okja"
Okja